Return   Facebook   Zip File

I

À Aqá Muḥammad Ḥasan.

Loué et glorifié sois-tu, ô Seigneur, mon Dieu ! Comment saurais-je parler de toi alors que, j’en suis convaincu, il n’est point de langue, aussi profonde qu’en soit la sagesse, capable de magnifier dignement ton nom, ni de cœur qui puisse espérer s’envoler jusqu’au ciel de ta science et de ta majesté, si ardente que soit son aspiration vers toi ?

Si je te représente, ô mon Dieu, comme celui qui perçoit toutes choses, je me trouve contraint d’admettre que ceux qui sont les plus hautes incarnations de la perception ont été créés par la vertu de ton ordre. Et si je t’exalte comme celui qui est le Très-Sage, je me vois aussi forcé de reconnaître que les sources mêmes de la sagesse furent engendrées par l’opération de ta volonté. Et si je proclame que tu es l’Incomparable, je découvre bientôt que ceux qui sont la plus pure essence de l’unité furent envoyés par toi et ne sont que les manifestations de ton œuvre. Et si je t’acclame comme l’Omniscient, je dois confesser que ceux qui sont la quintessence du savoir ne sont eux-mêmes que la création et les instruments de ta Providence.

Exalté es-tu, immensément exalté, au-dessus des efforts de l’homme pour pénétrer ton mystère, décrire ta gloire ou même faire allusion à la nature de ton essence ! Car ces efforts, produits de ton décret et fruits de ton œuvre, ne peuvent, quoiqu’ils puissent accomplir, donner des résultats dépassant les limites que tu as assignées à tes créatures.

Le sentiment le plus élevé que les plus saints parmi les saints peuvent exprimer pour te louer, la plus profonde sagesse que les plus savants des hommes exercent pour comprendre ta nature, gravitent tous deux autour de ce Centre entièrement soumis à ta souveraineté, qui adore ta beauté et que ta plume anime de son propre mouvement.

Et Dieu me garde d’avoir prononcé des mots qui impliqueraient nécessairement l’existence de quelque lien direct entre la Plume de ta révélation et l’essence des choses créées. Ceux qui te sont unis sont bien au-delà d’un tel concept ! Ni comparaison ni ressemblance ne rendent justice à l’arbre de ta révélation et toute voie est barrée à la compréhension de la Manifestation de toi-même et de l’Aurore de ta beauté.

Ce que l’homme peut affirmer de toi, ou t’attribuer, et ces louanges par lesquelles il te glorifie sont bien éloignées de ta gloire ! Le devoir prescrit à tes serviteurs d’exalter à l’infini ta gloire et ta majesté est une preuve de ta grâce à leur endroit afin de les rendre capables de s’élever à cet état de la connaissance de soi accordé à leur être intime.

Nul autre que toi ne sondera jamais ton mystère ni n’exaltera convenablement ta grandeur. Tu resteras à jamais impénétrable et très au-delà de la louange des hommes. Il n’est de Dieu que toi, l’Inaccessible, l’Omnipotent, l’Omniscient, le Saint des saints.

II

Aux amis bahá’ís.

Le commencement de toutes choses est la connaissance de Dieu, et la fin de toutes choses est la stricte observance de tout ce qui est envoyé de l’empyrée de la volonté divine animant tout ce qui est dans le ciel et tout ce qui est sur la terre.

III

À Ustád Muḥammad ‘Alíy-i-Salmání.

La révélation qui, de temps immémorial, a été acclamée comme le dessein et la promesse de tous les prophètes de Dieu ainsi que le plus cher désir de ses messagers, est maintenant donnée aux hommes par la vertu de la volonté omniprésente du Tout-Puissant et sur son commandement irrésistible. Toutes les Écritures saintes ont annoncé l’avènement de cette révélation. Et voyez comment, en dépit d’une telle annonce, l’humanité s’est écartée de son sentier et privée de sa gloire.

Dis : Ô vous, aimants du seul vrai Dieu, efforcez-vous de l’accepter, de le connaître et de garder ses préceptes. Telle est cette révélation que si un homme versait pour l’amour d’elle une goutte de son sang, des myriades d’océans seraient sa récompense ! Ô amis !

veillez à ne pas perdre un bienfait si précieux, et à n’en pas méconnaître le caractère sublime. Considérez la multitude de vies qui ont été sacrifiées et le sont encore dans un monde abusé par le spectre des vaines imaginations de ses peuples. Rendez grâces à Dieu d’avoir réalisé le désir de votre cœur et d’être unis à celui qui est la promesse de toutes les nations. Avec l’aide du seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire -, préservez l’intégrité de l’état où vous êtes parvenus et attachez-vous fermement à tout ce qui peut servir sa cause. Il vous prescrit, en vérité, ce qui est juste et propre à exalter le rang de l’homme. Glorifié soit le Miséricordieux, l’Auteur de cette merveilleuse tablette !

IV

À Ghulám-Ḥusayn.

Voici le jour où Dieu a prodigué aux hommes les plus précieuses faveurs, le jour où sa grâce puissante a imprégné toutes les choses créées. Il incombe à tous les peuples du monde de concilier leurs différends et de demeurer unis dans la paix la plus parfaite, à l’ombre de l’Arbre de sa providence et de sa tendre bonté. Il leur faut s’attacher à tout ce qui peut, en ce jour, exalter leur condition et servir leurs véritables intérêts. Heureux ceux dont la Plume glorieuse a rappelé le souvenir, et bénis ces hommes dont nous avons préféré taire les noms, en vertu de notre impénétrable décret !

Priez le seul vrai Dieu que sa grâce vous aide à accomplir ce qui est recevable à nos yeux. Bientôt le présent ordre des choses sera révolu et un nouveau le remplacera. Certes, ton Seigneur dit la vérité, il connaît les choses cachées.

V

À Jamál.

Voici le jour où l’océan de la miséricorde de Dieu est manifesté aux hommes, le jour où le Soleil de sa tendre bonté répand sur eux son éclat, le jour où les nuées de sa grâce abondante enveloppe l’humanité tout entière. L’heure est maintenant venue de réconforter les malheureux, de les ranimer au souffle de la brise vivifiante de l’amour et de la fraternité, et par les eaux vives de l’amitié et de la charité.

Où qu’ils se réunissent et quelles que soient les personnes présentes, les bien-aimés de Dieu doivent montrer dans leur attitude envers lui et dans leur façon de célébrer sa louange une humilité et une soumission telles que les atomes de la poussière foulée par leurs pieds attestent la profondeur de leur dévotion. Les propos de ces âmes saintes doivent être animés d’une telle force que ces mêmes atomes en viennent à vibrer sous leur influence. Elles doivent se conduire de telle sorte que la terre qu’elles piétinent ne puisse jamais leur dire : « Je dois vous être préférée. Car voyez avec quelle patience je supporte le fardeau que fait poser sur moi le laboureur. Je suis l’instrument qui sans cesse dispense à tous les êtres les bénédictions déposées en moi par celui qui est la source de toute grâce.

Malgré l’honneur qui m’a été ainsi conféré et les innombrables preuves de ma richesse qui pourvoit aux besoins de toute la création, voyez le degré de mon humilité, et avec quelle soumission je me laisse fouler par les pieds des hommes […] “

Soyez indulgents et bienveillants, aimez-vous les uns les autres. S’il s’en trouve parmi vous qui soient incapables de saisir quelque vérité ou qui doivent faire effort pour la comprendre, entretenez-vous avec eux dans un esprit d’extrême bonté et de parfaite bonne grâce. Aidez-les à voir et à reconnaître la vérité, sans vous estimer le moins du monde supérieurs ou plus doués.

En ce jour, le seul devoir de l’homme est d’obtenir la part du flot de grâce que Dieu lui destine. En conséquence, que personne ne s’attache à considérer la capacité du récipient.

La part des uns peut tenir dans le creux de la main, celle des autres remplir une coupe ou même un tonneau.

En ce jour, chacun doit chercher ce qui servira le mieux la cause de Dieu. Celui qui est l’éternelle vérité en répond pour moi ! Absolument rien, en ce jour, ne peut nuire davantage à cette cause que la discorde, les dissensions, les disputes, la désaffection et l’apathie chez les aimés de Dieu. Par son pouvoir et sa grâce souveraine, évitez tout cela et efforcez-vous d’unir les cœurs des hommes, en son nom, l’Unificateur, l’Omniscient, le Très-Sage.

Priez le seul vrai Dieu de vous permettre de goûter à la saveur des œuvres accomplies dans son chemin et de participer à la douceur de l’humilité et de la soumission consenties pour l’amour de lui. Oubliez-vous et tournez vos regards vers votre prochain. Tendez votre énergie vers ce qui sert l’éducation des hommes. Rien n’est et ne peut être caché à Dieu. Si vous suivez sa voie, ses bénédictions innombrables et impérissables pleuvront sur vous.

Telle est la tablette lumineuse dont les versets coulent de la plume de celui qui est le Seigneur de tous les mondes. Méditez-la en votre cœur et soyez de ceux qui en observent les préceptes.

VI

Voyez comme les divers peuples et phratries de la terre ont attendu la venue du Promis de Dieu. Et pourtant, celui qui est le Soleil de vérité ne s’était pas plutôt manifesté, que tous se sont détournés de lui, à l’exception de ceux qu’il plut à Dieu de guider. Nous n’osons, en ce jour, soulever le voile qui cache le rang sublime que tout vrai croyant peut atteindre, car la joie suscitée par cette révélation serait telle que quelques-uns en mourraient.

Celui qui est le cœur et le centre du Bayán a écrit : « Le germe où sont contenues les potentialités de la révélation à venir est doué d’une puissance supérieure aux forces combinées de tous ceux qui me suivent. » Et il a dit encore : « De tous les hommages que j’ai rendus à celui qui doit venir après moi, le plus grand est cette déclaration écrite : je ne trouve point de mots pour le décrire convenablement, et rien de ce que j’ai dit de lui dans mon livre le Bayán ne peut rendre justice à sa cause. “

Quiconque sonde les profondeurs des océans de sagesse cachés dans ces paroles exaltées et pénètre leur signification, perçoit une lueur de la gloire ineffable dont est dotée cette puissante, sublime et très sainte révélation. L’excellence d’une si grande révélation permet d’imaginer l’honneur qui ne manque pas de rejaillir sur ses fidèles disciples. Par la justice du seul vrai Dieu, le souffle même de ces âmes est à lui seul plus riche que tous les trésors de la terre. Heureux l’homme qui parvient à ce rang et malheur aux négligents.

VII

À Jináb-i-Mírzá Ṣádiq-i-Mushrif-i-Fawj.

En vérité, je vous le dis, voici le jour où l’humanité peut contempler le visage et entendre la voix du Promis. L’appel de Dieu se fait entendre et la lumière de son visage se lève sur les hommes. Il convient à chacun d’effacer de la tablette de son cœur toute trace de vaines paroles, et de considérer d’un esprit ouvert et exempt de préjugés les signes de sa révélation, les preuves de sa mission et les témoignages de sa gloire.

Grand, en vérité, est ce jour ! Les allusions qu’y font les saintes Écritures en tant que jour de Dieu attestent sa grandeur. L’âme de chaque prophète de Dieu, de chaque messager divin a eu soif de ce jour merveilleux. Et tous les peuples de la terre ont aspiré à le vivre. Le Soleil de sa révélation ne s’était pas plutôt manifesté dans le ciel de la volonté divine, que tous, à l’exception de ceux qu’il plut au Tout-Puissant de guider, sont restés interdits et indifférents.

Ô toi qui te souviens de moi, le plus épais des voiles prive de sa gloire les peuples de la terre et les empêche d’entendre son appel. Dieu veuille que la lumière de l’unité enveloppe la terre entière et que le sceau « le royaume est à Dieu » soit imprimé sur le front de ses habitants !

VIII

Súratu’l-Qamís, à Raḍa’r-Rúḥ et aux amis bahá’ís.

Par la justice de Dieu, voici les jours où Dieu met à l’épreuve les cœurs de l’ensemble de ses messagers et prophètes et, par-delà, ceux qui veillent sur son sanctuaire inviolable, les hôtes de la tente céleste et du tabernacle de gloire. Terrible sera donc le châtiment de ceux qui donnent des associés à Dieu!

IX

À Ḥusayn.

Considère, ô Ḥusayn, l’impatience avec laquelle certains peuples et nations ont attendu le retour de l’Imám Ḥusayn, dont la venue, après l’apparition du Qá’im, a été prophétisée par les élus de Dieu, exaltée soit sa gloire ! Ces âmes saintes ont annoncé de plus que tous les prophètes et messagers, y compris le Qá’im, s’assembleront à l’ombre de l’étendard sacré levé par le Promis, lorsque se manifestera celui qui est l’aube de la multitude des grâces divines. Cette heure est venue. Le monde est illuminé de la gloire resplendissante de son visage. Et cependant voyez comme les peuples se sont écartés de son chemin. Personne n’a cru en lui, à l’exception de ceux qui par la puissance du Seigneur des noms, ont brisé les idoles de leurs vaines imaginations et de leurs désirs corrompus, et sont entrés dans la cité de la certitude. En ce jour et en son nom, l’Indépendant, le sceau est rompu qui scellait le vin choisi de sa révélation. Les effusions de sa grâce se déversent à flots sur les hommes. Emplis ta coupe et bois en son nom, le Très-Saint, le Magnifié.

X

Aux bahá’ís du Khurásán Le temps fixé de toute éternité pour les peuples et familles de la terre est aujourd’hui venu. Les promesses divines mentionnées dans les saintes Écritures sont toutes accomplies. De Sion est sortie la loi de Dieu, et Jérusalem et ses collines, et la terre qui l’environne sont remplies de la gloire de sa révélation. Heureux l’homme qui pèse en son cœur ce qui a été révélé dans les livres de Dieu, le Secours, l’Absolu. Méditez cela, ô bienaimés de Dieu, et que votre oreille soit attentive à sa parole ; ainsi, par sa grâce et sa miséricorde, vous étancherez votre soif aux eaux cristallines de la fidélité et deviendrez aussi fermes et inébranlables en sa cause que la montagne.

Il est écrit dans le livre d’Isaïe : « Va dans les rochers, cache-toi dans la terre devant la terreur du Seigneur et l’éclat de sa majesté. » Aucun homme, méditant ce verset, ne peut manquer de reconnaître la grandeur de cette cause ni mettre en doute le caractère de ce jour qui est le jour de Dieu lui-même. Le dit verset est suivi de ces mots : « Et seul le Seigneur sera exalté en ce jour. » C’est, en effet, le jour glorifié par la Plume du Très-Haut dans toutes les Écritures saintes. Pas un verset ne s’y trouve qui ne proclame la gloire de son saint Nom, pas un livre qui ne témoigne de l’élévation de ce thème sublime. Si nous voulions mentionner tout ce qui est dit sur cette révélation dans les Livres sacrés et les Écritures saintes, cette tablette prendrait d’impossibles dimensions. En ce jour, il incombe à tout homme de mettre sa confiance dans la multitude des bienfaits de Dieu et de se lever pour diffuser les vérités de sa cause avec la plus grande sagesse. Alors, mais alors seulement, la terre entière sera enveloppée de la lumière matinale de sa révélation.

XI

Tablette du Carmel.

Gloire à ce jour, jour où les fragrances de la miséricorde sont répandues sur toute la création, jour béni et sans rival dans les âges et les siècles passés, jour où la face de l'Ancien des jours s'est tournée vers son siège sacré. Alors, les voix de toutes choses créées et, au-delà, celles de l'Assemblée céleste, lancent cet appel : « Hâte toi, ô Carmel, car voici que se lève sur toi la lumière de la face de Dieu, le Souverain du royaume des noms et le Façonneur des cieux. “

Sur quoi, transporté de joie et élevant la voix, il s'écrie : « Que ma vie te soit offerte en sacrifice car tu as fixé sur moi ton regard, tu m'as accordé tes bienfaits et tu as dirigé vers moi tes pas. Je me consumais d'être séparé de toi, ô Source de vie éternelle, et mon éloignement de ta présence avait réduit mon âme en cendres. Loué sois-tu pour m'avoir permis d'entendre ton appel, pour m'avoir honoré de tes pas et pour avoir ranimé mon âme du parfum vivifiant de ton jour et du son perçant de ta plume, son qui est, selon ta volonté, ton appel de trompette parmi ton peuple. Et lorsque sonna l'heure où devait être manifestée ta foi irrésistible, tu insufflas à ta Plume un souffle de ton Esprit et voici : la création tout entière, ébranlée jusqu'en ses fondements, dévoile à l'humanité des mystères recelés dans les trésors de celui qui possède toutes choses créées. “

Dès que sa voix atteignit ce lieu très exalté, nous répondîmes : « Rends grâce à ton Seigneur, ô Carmel. Le feu de notre séparation te consumait rapidement lorsque l'océan de ma présence s'enflant devant toi, vint réjouir tes yeux et ceux de toute la création, et remplir d'allégresse toutes choses visibles et invisibles. Réjouis-toi, car en ce jour Dieu a établi son trône sur toi, a fait de toi l'Orient de ses signes et l'aurore des preuves de sa révélation.

Heureux celui qui gravite autour de toi, proclame la révélation de ta gloire et relate ce que la générosité du Seigneur ton Dieu a fait pleuvoir sur toi. Saisis le Calice d'immortalité au nom de ton Seigneur, le Très-Glorieux, et rends-lui grâce d'avoir, en gage de sa miséricorde, changé ta peine en allégresse, ton chagrin en béatitude. En vérité, il chérit ce lieu devenu le siège de sa puissance, foulé de ses pas, honoré de sa présence, d'où il a lancé son appel et sur lequel il a versé des larmes.

« Interpelle Sion, ô Carmel, et annonce la joyeuse nouvelle : celui qui était caché aux yeux des mortels est venu ! Sa souveraineté conquérante est manifeste, son universelle splendeur est révélée. Prends garde d'hésiter ou de t'arrêter. Empresse-toi de circumambuler autour de la Cité de Dieu descendue du ciel, la céleste Kaaba, autour de laquelle gravitaient les élus de Dieu, les cœurs purs et l'assemblée des anges les plus glorieux. Oh ! comme j'ai hâte d'annoncer en chaque lieu de la terre et d'apporter à chacune de ses cités la bonne nouvelle de cette révélation qui charme le Sinaï et au nom de laquelle le Buisson ardent proclame : « C'est à Dieu, le Seigneur des seigneurs, qu'appartiennent les royaumes du ciel et de la terre ». En vérité, voici le jour où la terre et la mer se réjouissent de cette déclaration, jour pour lequel Dieu accumula ces choses destinées à être révélées, par un effet de sa générosité inconcevable au cœur et à l'esprit humain.

Avant peu, Dieu fera voguer son arche sur toi et manifestera le peuple de Bahá mentionné dans le Livre des Noms. “

Sanctifié soit le Seigneur de l'humanité. La mention de son nom fait vibrer tous les atomes de la terre et incite la Langue de grandeur à dévoiler ce qui est enfoui dans son savoir et dissimulé dans le trésor de sa puissance. Par la force de son nom, le ToutPuissant, le Très-Haut, il est, en vérité, le Souverain de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre.

XII

Riḍvánu’l-‘Adl, à Siyyid Muḥammad Riḍá Shahmírzádí.

Ô peuple, éveillez-vous en prévision des jours de la justice divine, car voici venue l’heure promise. Craignez d’en méconnaître l’importance et d’être comptés parmi les égarés.

XIII

Kitáb-i-Íqán.

Considérez le passé. Ils étaient nombreux ceux qui, de toutes conditions et en tous temps, souhaitaient ardemment l’avènement des Manifestations de Dieu en la personne sainte de ses Élus. Ils attendaient sans cesse la venue de la Beauté promise et priaient sans répit que le souffle de la miséricorde divine s’élève, que cette Beauté sorte de sa retraite et qu’elle se révèle au monde entier. Mais chaque fois que se sont ouvertes les portes de la grâce, que les nuages de la munificence divine ont déversé leur pluie sur l’humanité et que la lumière de l’invisible a brillé à l’horizon du pouvoir céleste, tous l’ont reniée et se sont détournés de sa face, la face de Dieu lui-même. […]

Réfléchissez à ce qui peut motiver de semblables actions et provoquer une telle attitude envers ceux qui révèlent la beauté du Très-Glorieux. Quelle que fût jadis la cause qui mena les gens au reniement et à l’opposition, elle induit aujourd’hui la perversité des gens de notre époque. Continuer à prétendre que le témoignage de la providence fut incomplet et fut la cause du rejet des hommes est un pur blasphème. Rien ne serait plus éloigné de la grâce du Très-Généreux, de son affectueuse providence et de sa tendre miséricorde que de choisir l’un d’entre les hommes pour guider ses créatures, puis, d’une part de lui refuser la pleine mesure de son divin témoignage et, d’autre part, d’infliger à son peuple un châtiment sévère pour s’être détourné de son élu ! Au contraire, les multiples bienfaits du Seigneur de tous les êtres n’ont cessé de se répandre sur la terre et sur tout ce qui y demeure grâce aux Manifestations de sa divine Essence. Pas un instant il ne retient sa grâce et les ondées de sa tendre bonté ne cessent de pleuvoir sur l’humanité. Une telle conduite ne peut être attribuée qu’à l’étroitesse d’esprit de ces âmes qui errent dans la vallée de l’arrogance et de l’orgueil, qui se perdent dans le désert de l’éloignement, suivent le chemin de leurs vaines imaginations et obéissent aux diktats de leurs chefs spirituels.

Leur unique souci est de faire opposition, leur seul désir d’ignorer la vérité. Il est évident à tout observateur éclairé que si les gens à chaque époque des manifestations du Soleil de vérité avaient purifié leurs yeux, leurs oreilles et leur cœur de ce qu’ils avaient vu, entendu et ressenti, ils n’auraient certes pas été privés de contempler la beauté de Dieu et ne se seraient pas égarés loin des demeures de gloire. Parce qu’ils ont pesé le témoignage de Dieu à l’aune de leur propre savoir, glané des enseignements des chefs religieux, et qu’ils l’ont trouvé en désaccord avec leur interprétation limitée, ils ont perpétré ces actes si répréhensibles. […]

Son temps révolu, vint celui de Moïse. Armé de la verge du pouvoir céleste, fort de la blanche main du savoir divin, descendant du Párán de l’amour de Dieu, et brandissant le serpent de puissance et d’éternelle majesté, il rayonna sur le monde depuis le Sinaï de lumière. Il appela au royaume de l’éternité tous les peuples et phratries de la terre, et les invita à partager les fruits de l’arbre de la fidélité. Vous savez combien Pharaon et son peuple s’opposèrent violemment à lui et combien de pierres de vaines imaginations les infidèles jetèrent sur cet Arbre béni. Ils allèrent jusqu’à se lever pour éteindre de toutes leurs forces le feu de cet Arbre sacré sous les eaux du mensonge et du reniement, oubliant qu’aucune eau terrestre ne saurait étouffer les flammes de la sagesse divine, ni aucun souffle mortel éteindre la lampe de l’éternelle souveraineté. Au contraire, une telle eau ne peut qu’attiser la flamme, de tels souffles ne peuvent qu’entretenir la lampe si vous regardiez avec discernement et si vous marchiez sur le chemin de la sainte volonté et du bon plaisir de Dieu.. ..

Et lorsque le temps de Moïse fut passé, et que la lumière de Jésus, de l’aurore de l’Esprit brilla sur le monde, tout le peuple d’Israël se dressa contre lui. Ils prétendirent que celui que la Bible annonçait devait venir pour promouvoir et accomplir les lois de Moïse, alors que ce jeune Nazaréen, qui revendiquait le rang de Messie divin, avait abrogé les lois du divorce et du sabbat, les plus importantes des lois de Moïse. De plus, qu’en est-il des signes de la Manifestation à venir ? Ces gens d’Israël attendent encore aujourd’hui la Manifestation prédite par la Bible. Combien de Manifestations de sainteté, combien de Révélateurs de la lumière éternelle sont apparus depuis le temps de Moïse, et cependant Israël, enveloppé des voiles les plus opaques de l’imagination satanique et des vaines chimères, attend toujours que l’idole créée de ses propres mains apparaisse avec les signes qu’il a lui-même conçus. Alors Dieu les a punis de leurs péchés, a éteint en eux l’esprit de la foi et les a tourmentés par les feux de l’enfer. Et cela pour la seule raison qu’Israël refusa de comprendre la signification des paroles de la Bible concernant les signes de la révélation à venir. Parce qu’il n’a jamais saisi leur véritable signification et qu’en apparence ces signes ne se sont pas produits, il s’est privé de reconnaître la beauté de Jésus et de contempler la face de Dieu. Et il attend toujours sa venue. Depuis les temps immémoriaux et jusqu’à ce jour, toutes les phratries et les peuples de la terre adhèrent à des pensées aussi vaines qu’inconvenantes et se privent ainsi des eaux claires jaillissant des sources de pureté et de sainteté. […]

Pour ceux qui sont doués de compréhension, il est clair et manifeste que, lorsque le feu de l’amour de Jésus eut consumé les voiles des limitations juives et que son autorité fut évidente et partiellement établie, lui, le révélateur de la Beauté invisible, s’adressa un jour à ses disciples et fit allusion à son trépas ; allumant dans leur cœur le feu de la séparation, il leur dit : « Je m’en vais et je reviendrai vers vous ». Puis ailleurs : « Je m’en vais et un autre viendra, qui vous dira ce que je ne vous ai pas dit et qui accomplira mes paroles. » Si, avec la clairvoyance divine, vous méditez sur les manifestations de l’unité de Dieu, ces deux phrases n’ont qu’une seule et même signification.

Tout observateur éclairé reconnaîtra que la révélation du Coran confirme et le Livre et la cause de Jésus. Pour ce qui est de la question des noms, Muḥammad lui-même déclara : « Je suis Jésus ». Il reconnut la véracité des signes, des prophéties et des paroles de Jésus, témoignant que tous venaient de Dieu. En ce sens, ni la personne de Jésus ni ses Écrits ne diffèrent de la personne de Muḥammad et de son Livre saint dans la mesure où l’un et l’autre soutiennent la cause de Dieu, exaltent sa louange et révèlent ses commandements.

C’est pourquoi Jésus lui-même déclara : « Je m’en vais et je vous reviendrai. » Daignez considérer le soleil. S’il disait aujourd’hui « Je suis le soleil d’hier », il dirait la vérité. Et si, tenant compte de l’écoulement du temps, il prétendait être un autre soleil, ce serait toujours la vérité. De même, il est correct de dire que tous les jours ne sont qu’un seul et même jour, et tout aussi correct de dire qu’ils diffèrent si l’on considère leur nom particulier. Car, bien qu’ils soient identiques, on reconnaît chacun par une désignation distincte, un attribut spécifique, un caractère propre. Conçois de la même manière les distinctions, les différences et l’unité qui caractérisent toutes les Manifestations de sainteté ; tu comprendras ainsi les allusions que fait aux mystères de la pluralité et de l’unité le créateur de tous les noms et attributs et, en réponse à ta question, tu comprendras pourquoi cette Beauté éternelle s’est donné des noms et des titres divers selon les époques. […]

Quand l’Invisible, l’Éternel, l’Essence divine, fit lever le soleil de Muḥammad à l’horizon de la connaissance, les religieux juifs objectèrent, parmi d’autres ergoteries, qu’après Moïse, Dieu n’enverrait aucun autre prophète. Il est bien fait mention dans les Écritures d’une âme qui doit se manifester pour propager la Foi et favoriser les intérêts du peuple et de Moïse, de telle sorte que la loi de la dispensation mosaïque embrasse le monde entier.

C’est ainsi que le Roi de gloire éternelle se réfère, dans son Livre, aux paroles prononcées par ceux qui errent dans les vallées de l’éloignement et de l’erreur : « Les juifs disent : “La main de Dieu est fermée.” Que leurs propres mains soient fermées et qu’ils soient maudits à cause de leurs paroles. Bien au contraire, les mains de Dieu sont largement ouvertes. » Et encore : « La main de Dieu est posée sur leurs mains. » Bien que les commentateurs du Coran aient diversement rapporté les circonstances accompagnant la révélation de ce verset, tâche cependant d’en saisir le sens. Il dit : c’est faux, ce que les juifs ont imaginé !

La main de celui qui est en vérité le Roi, qui a suscité la figure de Moïse et l’a revêtue de la tunique de prophétie, comment pourrait-elle être fermée et enchaînée ? Comment concevoir que Dieu soit impuissant à susciter après Moïse un autre messager ? Vois l’absurdité de leurs propos. Comme ils s’écartent du chemin de la connaissance et de l’entendement ! Et vois aussi comment, en ce jour, tous ces gens perdent leur temps avec de telles absurdités ridicules ! Depuis plus de mille ans, ils vont répétant ce verset, critiquant inconsciemment les juifs, sans se douter le moins du monde qu’ils professent, en public et en privé, les sentiments et les croyances du peuple juif ! Tu connais sans doute la thèse vaine qu’ils soutiennent : toute révélation est désormais close, les portes de la miséricorde divine se sont fermées, plus jamais aucun soleil ne se lèvera à l’orient d’éternelle sainteté, l’Océan de grâce éternelle est à jamais étale et du tabernacle de l’ancienne gloire, aucun messager de Dieu ne sera plus manifesté. Tel est le degré de compréhension de ces méprisables petits esprits. Ils ont imaginé que s’est tari le flot de la grâce universelle et de l’abondante miséricorde de Dieu, dont aucun esprit ne peut prévoir l’épuisement. Ils se sont levés de toutes parts, endossant le vêtement de la tyrannie, et s’efforcent d’étouffer la flamme du Buisson ardent de Dieu sous les eaux amères de leurs vaines imaginations, oubliant que dans sa puissante forteresse, le globe du pouvoir protège la lampe de Dieu. […]

Voyez comme aujourd’hui la souveraineté de Muḥammad, le messager de Dieu, est apparente et manifeste parmi les gens. Vous savez bien ? quel fut le sort de sa foi, aux premiers jours de sa dispensation. Terribles furent les souffrances infligées à cette Essence de l’esprit, à cet Être pur et saint, par les infidèles et les égarés, les religieux de son temps et leurs partisans ! Nombreuses furent les épines, les ronces semées sur son chemin ! De toute évidence, cette génération misérable, dans son imagination perfide et diabolique, tenait tout dommage infligé à cet Être immortel pour un moyen d’atteindre à la félicité éternelle. En effet, les religieux reconnus de l’époque, tels que ‘Abdu’lláh-i-Ubayy, l’ermite Abu-‘Amir, Ka’b-Ibn-i-Ashraf et Naḍr-Ibn-i-Hárith le traitèrent tous d’imposteur, le déclarèrent fou et calomniateur. Telles furent les accusations portées contre lui que Dieu, à leur récit, empêche l’encre de couler, notre plume de se mouvoir et la page de les recueillir.

Ces perfides accusations incitèrent le peuple à se lever pour le tourmenter. Et plus cruel encore est ce tourment quand le clergé de l’époque en est le principal instigateur, qu’il le dénonce à ses disciples, le rejette de son sein et le déclare mécréant. N’est-ce pas ce qui est advenu aussi à ce Serviteur, ce dont tous sont témoins ?

C’est ce qui explique ce cri de Muḥammad : « Aucun prophète de Dieu n’a souffert ce que nous avons enduré ! ». Et le Coran relate toutes les calomnies et tous les reproches dont il fut l’objet, toutes les afflictions qui l’accablèrent. Reportez-vous-y pour savoir ce qui advint de sa révélation. Si sévère fut son sort que, pour un temps, tous cessèrent d’entretenir des relations avec lui ou avec ses compagnons. Et quiconque le fréquentait fut victime de l’implacable cruauté de ses ennemis […]

Vois comme la situation a changé aujourd’hui ! Vois combien de souverains plient le genou devant son nom, et combien de nations, combien de royaumes recherchent l’abri de son ombre, proclament leur allégeance à sa foi et s’en font gloire ! Du haut des chaires s’élèvent aujourd’hui les paroles de louange qui, avec une humilité profonde, glorifient son nom béni, et du haut des minarets résonne l’appel invitant tout son peuple à l’adorer. Même les rois de la terre qui refusèrent d’embrasser sa foi et de se dépouiller du vêtement de l’incroyance, confessent et proclament néanmoins la grandeur et la majesté souveraines de ce Soleil de tendre bonté. Telle est Sa souveraineté terrestre ! tu peux en voir les signes en tous lieux. C’est cette souveraineté qui doit être révélée et établie, soit du vivant de chaque Manifestation de Dieu, soit après son ascension vers sa demeure véritable dans les royaumes célestes. […]

Il est évident que les changements apportés dans chaque dispensation forment les sombres nuages qui s’interposent entre l’œil de l’intelligence humaine et l’Astre divin qui brille à l’orient de l’Essence divine. Vois comme les hommes, depuis des générations, imitent aveuglément leurs pères et sont éduqués selon les usages et les comportements établis par les préceptes de leur foi. Quand donc ils découvrent tout à coup qu’un homme, vivant parmi eux, leur égal dans les limites de la condition humaine, se lève pour abolir chaque principe traditionnel que leur foi leur impose, leur aveuglement les empêche évidemment de reconnaître sa vérité, d’autant plus qu’ils ont été, durant des siècles, entraînés à suivre ces principes et en sont arrivés à tenir pour infidèle, dépravé et mauvais celui qui les rejette. Voilà ce que sont les « nuages » qui voilent les yeux de ceux dont l’être intérieur n’a pas goûté au Salsabíl du détachement ni bu les eaux du Kawthar de la connaissance de Dieu. Quand ils sont informés de ces faits, ces hommes sont si aveuglés que, sans la moindre hésitation, ils déclarent infidèle et condamnent à mort la Manifestation de Dieu. Comme tu le sais, pareille chose s’est produite à toute époque, et aujourd’hui encore tu en es témoin.

Il nous incombe donc de déployer tous nos efforts afin qu’avec l’invisible assistance de Dieu ces sombres voiles, ces nuages d’épreuves envoyées du ciel, ne nous empêchent de contempler la beauté de son visage resplendissant et que nous puissions le reconnaître uniquement par son Soi.

XIV

Tablette du Riḍván.

Voici venu le printemps divin, ô Plume sublime, car la fête du Miséricordieux approche à grands pas. Lève-toi donc pour magnifier le nom de Dieu devant la création tout entière et célébrer sa louange de telle sorte que toutes choses créées en soient régénérées et rénovées. Parle, et ne prends aucun repos. Le soleil de l’allégresse brille à l’horizon de notre nom, le Bienheureux, car le nom de ton Seigneur, Créateur des cieux, orne le royaume du nom de Dieu. Lève-toi face aux nations de la terre, arme-toi du pouvoir de ce Plus-GrandNom, et ne traîne pas.

Pourquoi t’arrêtes-tu, ô Plume, et cesses-tu de courir sur ma tablette ? L’éclat du visage divin t’aurait-il déconcertée, les vains discours des incroyants t’auraient-ils à ce point remplie de tristesse que tes mouvements en sont paralysés ? Que rien ne t’empêche d’exalter la grandeur de ce Jour où le doigt de majesté et de pouvoir rompt le sceau du vin de la réunion et appelle tous les habitants des cieux et de la terre. Tarderas-tu encore, alors que souffle déjà sur toi la brise qui annonce le jour de Dieu, ou bien seras-tu de ceux qu’un voile sépare de lui ?

Ô Seigneur de tous les noms et Créateur des cieux, jamais aucun voile ne m’a empêchée de reconnaître la gloire de ton Jour qui est le phare du monde entier, et qui, devant tous ses habitants, témoigne de l’Ancien des jours. Mon silence a pour cause les voiles qui te cachent aux yeux de tes créatures, et la raison de mon mutisme est dans les obstacles qui privent ton peuple de reconnaître ta vérité. Tu sais ce qui est en moi, mais j’ignore ce qui est en toi. Tu es l’Omniscient, l’Informé. Par ton nom qui surpasse tous les noms ! si ton ordre impérieux et irrésistible devait jamais m’atteindre, il me donnerait le pouvoir de revivifier toutes les âmes par ta parole sublime que prononce la Langue de puissance en ton royaume de gloire, comme je l’ai entendue. Il me permettrait d’annoncer la révélation de ton visage resplendissant qui a manifesté en ton nom, le Perspicace, le Protecteur souverain, l’Absolu, tout ce qui était caché aux yeux des hommes.

Ô Plume, peux-tu trouver autre que moi en ce jour ? Qu’est-il advenu de la création et de ses manifestations ? Et les noms et leur royaume, que sont-ils devenus ? Où sont passées toutes les choses créées, tant visibles qu’invisibles ? Et qu’en est-il des secrets cachés et des révélations de l’univers ? Vois, la création tout entière s’est éteinte ! Il ne reste que mon visage, l’Éternel, le Resplendissant, le Très-Glorieux.

Voici le jour où seules se voient les splendeurs de la lumière qui rayonne de la face de ton Seigneur, le Clément, le Généreux. En vérité, sur notre ordre irrésistible et souverain, toutes les âmes ont expiré. Puis, nous avons appelé à l’être une création nouvelle en signe de notre grâce envers les hommes. Je suis en vérité le Très-Généreux, l’Ancien des jours.

Voici le jour où le monde invisible s’écrie : « Ô Terre, grande est ta bénédiction car tu es devenue le marchepied de ton Dieu, et tu as été choisie pour être le siège de son trône puissant », et le royaume de gloire s’exclame : « Que ma vie te soit offerte en sacrifice, car le Bien-Aimé du Très-Miséricordieux a établi sur toi sa souveraineté par le pouvoir de son nom promis à toutes choses, passées et futures. » Voici le jour où mon vêtement répand sur toute la création son parfum qui imprègne toute chose embaumée. Voici le jour où les torrents de la vie éternelle jaillissent de la volonté du Très-Miséricordieux. De tout votre cœur et de toute votre âme, hâtez-vous d’y boire à satiété, ô Assemblée des royaumes célestes !

Dis : Il est la Manifestation de l’Inconnaissable, l’Invisible des invisibles, puissiez-vous le comprendre. Il est celui qui découvre à vos yeux le précieux Joyau caché, si vous êtes de ceux qui cherchent. Il est le Bien-Aimé de toutes choses passées et futures. Que votre amour et votre espoir soient placés en lui !

Ô Plume, ta supplique monte jusqu’à nous et nous excusons ton silence. Qu’est-ce qui a pu te troubler à ce point ?

Ô Bien-Aimé de tous les mondes, l’ivresse de ta présence s’est emparée de moi.

Lève-toi et proclame devant toute la création que le Très-Miséricordieux a dirigé ses pas vers le Rid∂ván et qu’il y est entré. Puis, guide le peuple jusqu’au jardin de délices dont Dieu a fait le trône de son paradis. Nous t’avons élu pour être notre très puissante Trompette dont la sonnerie doit annoncer la résurrection de toute l’humanité.

Dis : Voici le paradis dont les frondaisons portent ce témoignage, inscrit par le vin de la Parole : « Celui qui était caché aux yeux des hommes est révélé et il est investi du pouvoir et de la souveraineté ! » Voici le paradis dont le bruissement des feuilles proclame : « Ô vous, habitants du ciel et de la terre ! vient d’apparaître ce qui n’était jamais apparu. Celui qui, de toute éternité, avait caché sa face à la vue de la création est maintenant venu. » De la brise qui souffle dans ses branches, s’élève le cri : « Le souverain Seigneur de toutes choses est aujourd’hui manifeste. Le royaume est à Dieu », et de ses ruisseaux sourd le murmure : « Celui que personne n’a contemplé, dont nul n’a encore pénétré le secret, soulève le voile de gloire, découvre le visage de beauté, et tous les yeux sont réjouis. “

Des plus hauts séjours de ce paradis, les vierges célestes s’écrient : « Réjouissezvous, habitants des royaumes d’en-haut, car au cœur même des cieux, la voix de l’Ancien des jours lance le plus grand appel au nom du Très-Glorieux. La main de la munificence passe à la ronde les coupes de vie éternelle. Approchez-vous et buvez à satiété. Savourez ce breuvage vivifiant, ô vous qui incarnez l’attente ardente, ô vous qui personnifiez le désir passionné ! “

Voici le jour où le Révélateur des noms de Dieu sort du tabernacle de gloire et proclame pour tous ceux qui sont au ciel et sur la terre : « Ecartez les coupes du paradis avec les eaux vivifiantes qu’elles contiennent, car voici que le peuple de Bahá entre dans la demeure bénie de la Présence divine et boit le vin de la réunion au calice de la beauté de son Seigneur, l’Omnipossédant, le Très-Haut ».

Ô Plume, oublie le monde de la création et tourne-toi vers la face de ton Seigneur, le Seigneur de tous les noms. Puis, pare le monde des faveurs de ton Seigneur, le Roi des jours qui ne finissent point. Car nous respirons le parfum du jour où le Désir de toutes les nations répand sur les royaumes de l’invisible et du visible la lumière resplendissante de ses noms les plus excellents et les enveloppe de l’éclat des flambeaux de ses faveurs les plus précieuses, faveurs que seul peut compter l’omnipotent Protecteur de toute la création.

Ne vois les créatures de Dieu que par l’œil de la bonté et de la miséricorde, car notre tendre sollicitude pénètre toutes choses créées, et notre grâce embrasse et la terre et les cieux. Voici le jour où les vrais serviteurs de Dieu partagent les eaux vivifiantes de la réunion, le jour où ceux qui sont proches de lui peuvent se désaltérer au fleuve tranquille de l’immortalité, où ceux qui croient en son unité boivent le vin de sa présence par la simple reconnaissance de celui qui est la fin suprême de tout ; en lui la Langue de majesté et de gloire lance cet appel : « Le royaume est mien. Et moi, de mon propre droit, je suis son Souverain. “

Par la voix de celui qui est l’unique Bien-Aimé, attire le cœur des hommes. Dis : c’est la voix de Dieu, si vous pouvez l’entendre. C’est l’aurore de la révélation de Dieu, si seulement vous le saviez. C’est l’aube de la cause de Dieu, si seulement vous la reconnaissiez. C’est la source des commandements de Dieu, si seulement vous en jugiez avec équité. C’est le secret manifeste et caché, puissiez-vous le saisir. Ô peuples du monde, rejetez en mon nom, qui surpasse tous les autres noms, tout ce que vous possédez et plongez-vous dans cet océan qui recèle dans ses profondeurs les perles de la sagesse et de la parole et qui s’enfle en mon nom, le Très-Miséricordieux. Ainsi vous instruit celui qui détient le Livre-Mère.

Le Bien-Aimé est venu, il tient dans la main droite le vin cacheté de son nom. Heureux l’homme qui se tourne vers lui, qui boit à satiété et s’écrie : « Loué sois-tu, ô Révélateur des signes de Dieu ! » Par la vertu du Tout-Puissant ! toute chose cachée est révélée par le pouvoir de la vérité. Toutes les faveurs de Dieu sont dispensées en signe de sa miséricorde, et toutes les eaux de vie éternelle sont offertes aux hommes. La main du Bien-Aimé fait passer chaque coupe à la ronde, l’une après l’autre. Approche-toi, ne t’attarde pas, ne fûtce qu’un instant.

Bénis ceux qui s’élèvent sur les ailes de l’abnégation et atteignent cet état qui, sur l’ordre de Dieu, couvre de son ombre la création tout entière. Bénis ceux que les vaines imaginations des savants et toutes les armées de la terre ne peuvent détourner de sa cause ! Qui parmi vous, ô peuple, renoncera au monde pour se rapprocher du Seigneur de tous les noms ? S’en trouvera-t-il un qui, armé du pouvoir de mon nom qui surpasse toutes choses créées, rejettera les biens de ce monde et s’attachera de toutes ses forces à ce que lui a prescrit d’observer Dieu qui connaît toutes choses, tant visibles qu’invisibles ? Sa générosité est dispensée à chacun, sa promesse est accomplie et sa preuve resplendit à l’horizon de la miséricorde. Grande sera la récompense de celui qui croit et qui s’exclame : « Loué sois-tu, ô Bien-Aimé de tous les mondes ! Magnifié soit ton nom, ô toi, Désir de tout cœur éclairé ! “

Ô peuple de Bahá, réjouis-toi d’une joie sans pareille en évoquant ce Jour de suprême félicité où s’exprima la Langue de l’Ancien des jours car il a quitté sa demeure pour se rendre au lieu d’où il répandit sur la création tout entière les splendeurs de son nom, le Très-Miséricordieux. Dieu est notre témoin. Si nous révélions les secrets de ce jour, tous les habitants du ciel et de la terre s’évanouiraient et mourraient à l’exception de ceux que préserverait Dieu, le Tout-Puissant, l’Omniscient, le Très-Sage.

L’effet enivrant des paroles de Dieu sur le Révélateur de ses preuves indubitables est tel que sa plume ne peut se mouvoir plus longtemps. Et de conclure sa tablette par ces paroles : « Il n’est de Dieu que moi, le Sublime, le Tout-Puissant, l’Excellent, l’Omniscient ! »

XV

À Jináb-i-Mírzá Dhabíh.

La Plume de révélation s’écrie: « En ce jour, le royaume est à Dieu ! » Et la Langue de pouvoir proclame : « En ce jour, la souveraineté est très certainement à Dieu ! » De la branche immortelle, le Phénix des royaumes célestes s’écrie : « La gloire de toute grandeur appartient à Dieu, l’Incomparable, l’Irrésistible ! » De sa paisible demeure, dans le paradis immortel, la Colombe mystique proclame : « En Dieu, l’Unique, le Clément, se trouve en ce jour la source de toute grâce ! » Dans sa retraite de sainteté, l’Oiseau du trône chante sa mélodie : « L’autorité suprême ne peut être attribuée en ce jour qu’à Dieu seul, lui qui n’a ni pair ni égal, le Tout-Puissant, le Conquérant ! » L’essence même de toutes choses témoigne en toutes choses : « Tout pardon en ce jour vient de Dieu, celui à qui personne ne peut être comparé, à qui nul partenaire ne peut être associé, le souverain Protecteur de tous les hommes, Celui qui tait leurs péchés ! » La Quintessence de gloire élève la voix au-dessus de ma tête et, des sommets qu’aucune plume ni aucune langue ne sauraient décrire, s’écrie : « Dieu m’en est témoin ! L’Ancien des jours éternels est venu, ceint de puissance et de majesté. Il n’est d’autre Dieu que lui, le Très-Glorieux, le Tout-Puissant, le Très-Haut, le Très-Sage, le Dominateur, le Clairvoyant, l’Omniscient, le Protecteur souverain, la Source de lumière éternelle ! “

Ô mon serviteur, toi qui cherches en toutes choses le bon plaisir de Dieu et qui t’accroches à son amour, puisse Dieu, par sa grâce, t’offrir, en ce jour où tous se détournent de lui à l’exception de quelques-uns doués de clairvoyance, une récompense généreuse, incorruptible et éternelle pour l’avoir cherché le jour où tous sont aveugles ! Sache-le : si nous te révélions ne seraient-ce que quelques gouttes des torrents qui, des mains des envieux et des méchants, se sont déversés sur nous selon la volonté de Dieu, tu éclaterais en longs sanglots et tu pleurerais sur notre sort jour et nuit. Oh ! s’il se trouvait seulement une âme juste et perspicace pour reconnaître en cette révélation les merveilles qui proclament la souveraineté de Dieu et la grandeur de sa puissance ! Puisse un tel homme se lever et, pour Dieu seul, exhorter ses semblables, publiquement et dans l’intimité, à s’activer pour aider cet Opprimé que les artisans d’iniquité ont affligé si cruellement.

Je crois entendre derrière moi la voix de l’Esprit saint : « Change de thème et de ton, de peur d’attrister le cœur de celui qui a fixé son regard sur ta face. Dis : Par la grâce de Dieu et par sa puissance, je n’ai cherché dans le passé d’autre appui que le sien et je n’en chercherai jamais d’autre à l’avenir. C’est lui qui m’assista par le pouvoir de la vérité au cours de mon exil en Irak. C’est lui qui m’enveloppa de sa protection quand les enfants de la terre me contestaient. C’est lui qui a permis que je quitte la ville, ceint d’une majesté que personne ne peut ignorer sauf les négateurs et les méchants. “

Dis : Mon armée est ma confiance en Dieu, mon peuple la force de ma foi en lui. Mon amour est mon étendard, et mon compagnon le souvenir de Dieu, le souverain Seigneur de tous, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, l’Indépendant !

Ô toi qui chemines dans le sentier de l’amour de Dieu, lève-toi pour soutenir sa cause.

Dis : Ô peuple, n’échange pas cet Adolescent pour les vanités de ce monde ni pour les délices du ciel. Par la justice du seul vrai Dieu, un seul de ses cheveux a plus de valeur que tout ce qui est dans les cieux et que tout ce qui est sur la terre. Hommes, prenez garde ! Ne soyez pas tentés de vous séparer de lui pour l’or et l’argent que vous possédez. Que son amour soit pour vos âmes une mine de trésors le jour où rien d’autre que lui ne vous profitera, le jour où tout pilier sera ébranlé, où tous les hommes frissonneront de peur, où tous les yeux se dilateront de terreur. Dis : Ô peuple ! Craignez Dieu, ne rejetez pas avec dédain sa révélation. Prosternez-vous devant lui face contre terre, et célébrez sa louange de jour comme de nuit.

Que votre âme brille de la flamme de ce feu qui brûle au cœur du monde sans jamais se consumer, de telle sorte que toutes les eaux de l’univers soient impuissantes à en refroidir l’ardeur. Alors mentionnez votre Seigneur pour que vos paroles admonestent les négligents parmi nos serviteurs et réjouissent le cœur des justes.

XVI

À Áqá Mírzá Asadu’lláh.

Dis : Ô peuple, ce jour est sans égal. Que soit aussi sans égale la langue qui célèbre la louange du Désiré des nations et sans égal l’acte qui cherche à être acceptable à ses yeux.

Toute l’humanité désire ardemment voir ce jour, dans l’espoir qu’il apportera ce qui convient à sa condition et est digne de sa destinée. Béni l’homme que les affaires du monde n’empêchent pas de le reconnaître, lui, le Seigneur de toutes choses.

Tel est l’aveuglement du cœur humain que rien ne peut secouer sa torpeur, ni la vue de la cité en ruines ou de l’effondrement de la montagne, ni même celle de la terre qui se fend. Les allusions dans les Écritures sont dévoilées et révélés les signes qu’elles contiennent, l’appel prophétique ne cesse de s’élever. Et pourtant tous, à l’exception de ceux qu’il plait à Dieu de guider, s’égarent dans l’ivresse de leur insouciance.

Voyez comme le monde est affligé chaque jour d’une calamité nouvelle. Ses tribulations ne cessent de s’aggraver. Depuis la révélation de la Súriy-i-Ra’is jusqu’à aujourd’hui, le monde n’a pas connu de tranquillité, ni le cœur de ses habitants de repos.

Tantôt il fut agité par des conflits et des disputes, tantôt il fut bouleversé par des guerres ou en proie à des maladies implacables. Son état est presqu’au stade du désespoir du fait qu’on empêche le vrai médecin d’administrer le remède cependant que des praticiens incapables jouissent de la faveur publique et ont toute liberté d’action […] La poussière de la sédition a obscurci le cœur des hommes et aveuglé leurs yeux. Avant peu, ils réaliseront les conséquences de ce que leurs mains ont accompli au jour de Dieu. Ainsi vous en avertit l’Omniscient, selon la volonté de celui qui est le Tout-Puissant, l’Omnipotent.

XVII

Par lui, la grande Nouvelle ! Le Très-Miséricordieux est venu, investi d’une souveraineté incontestable. La Balance est désignée et tous les habitants de la terre sont rassemblés. La Trompette retentit, et voici que tous les yeux se remplissent de terreur, que le cœur de tous ceux qui sont sur la terre et dans les cieux tressaille excepté chez ceux qu’anime le souffle des versets de Dieu et qui se détachent de toutes choses.

C’est le jour où la terre s’exprimera. Les artisans d’iniquité pèsent sur elle, puissiezvous le comprendre. La lune des vaines imaginations s’est fendue, et du ciel s’élève une fumée visible. Nous voyons les hommes terrassés, terrifiés dans la crainte de ton Seigneur, le Tout-Puissant, l’Omnipotent. Le Crieur se fait entendre, et telle est la fureur de sa colère que les hommes sont déchiquetés. Le peuple de la gauche gémit et se lamente. Le peuple de la droite réside dans de nobles demeures : ils reçoivent des mains du TrèsMiséricordieux le vin qui est la vie même, ils sont en vérité les bienheureux.

La terre tremble, les montagnes s’effondrent et les anges apparaissent en rangs serrés devant nous. La plupart des hommes, désorientés en leur ivresse, portent sur leur visage les marques de la colère. Ainsi avons-nous rassemblé les artisans d’iniquité. Nous les voyons se précipiter vers leur idole. Dis : Personne en ce jour ne sera à l’abri du décret de Dieu. C’est, en vérité, un jour terrible. Nous leur désignons ceux qui les ont égarés. Ils les voient et ne les reconnaissent point. Leurs yeux sont ivres, ils sont vraiment aveugles. Leurs arguments sont les calomnies qu’ils profèrent, elles sont condamnées par Dieu ces calomnies. Il est le Secours, l’Absolu. Le Malin instille le mal dans leur cœur, et ils connaissent un tourment que personne ne peut écarter. Ils se hâtent vers les méchants, portant le registre des artisans d’iniquité. Tels sont leurs actes.

Dis : Les cieux ont été repliés, la terre est entre ses mains, les artisans de corruption sont retenus par leur toupet, et ils ne comprennent toujours rien. Ils s’abreuvent d’eau polluée et ne le savent pas. Dis : Le cri a retenti, les hommes sortent de leurs tombeaux et se lèvent en regardant autour d’eux. Quelques-uns se hâtent d’atteindre la cour du Dieu de miséricorde, d’autres sont précipités dans le feu de l’enfer, d’autres encore sont frappés de stupeur. Les versets de Dieu sont révélés, pourtant ils s’en détournent. Sa preuve est évidente, pourtant ils n’en ont pas conscience. Et quand ils contemplent la face du TrèsMiséricordieux, leur visage s’attriste alors qu’ils se livrent à leurs divertissements. Ils se précipitent vers le feu de l’enfer et le prennent pour la lumière. Loin de Dieu ce qu’ils se plaisent à imaginer ! Dis : Que vous vous réjouissiez ou que vous éclatiez de colère, les cieux se sont ouverts, et Dieu en est descendu, investi d’une éclatante souveraineté. On entend toutes choses créées s’exclamer : « Le royaume est à Dieu, le Tout-puissant, l’Omniscient, le Très-Sage ! “

Sache, de plus, qu’en conséquence de ce que les mains des infidèles ont perpétré, nous avons été jeté dans une prison douloureuse et sommes entouré des armées de la tyrannie. Mais l’allégresse goûtée par cet Adolescent est telle qu’aucune joie terrestre ne lui est comparable. Par Dieu ! le mal qu’il a souffert aux mains de l’agresseur ne peut affliger son cœur pas plus que ne l’attriste le triomphe de ceux qui ont rejeté sa vérité.

Dis : La tribulation est un horizon pour ma révélation, le soleil de grâce y resplendit et répand une lumière que ne peuvent obscurcir ni les nuages des chimères des hommes ni les vaines imaginations de l’agresseur.

Suis les pas de ton Seigneur, et souviens-toi de ses serviteurs comme il s’est souvenu de toi, sans redouter la clameur des négligents ni les épées de l’ennemi […] Répands au loin les doux parfums de ton Seigneur et n’hésite pas, fût-ce un seul instant, à servir sa cause.

Le jour approche où sera proclamée la victoire de ton Seigneur, le Clément, le TrèsGénéreux.

XVIII

Dis : Nous faisons couler de notre trône les fleuves de la parole divine, afin que les herbes tendres de la sagesse et de la compréhension jaillissent du sol de vos cœurs.

N’aurez-vous aucune gratitude ? Ceux qui dédaignent d’adorer leur Seigneur seront au nombre des réprouvés. Nos versets ont beau leur être répétés, ils persistent dans leur dédain orgueilleux et leur violation monstrueuse de sa loi, et ils ne le savent pas. Quant à ceux qui ont refusé de croire en lui, ils seront entourés de ténèbres. « L’Heure » est venue alors qu’ils se livrent à leur divertissement. Ils sont retenus par leur toupet, mais ne le savent pas.

Ce qui devait arriver est arrivé soudainement, voyez comme ils le fuient ! L’inévitable s’est produit, voyez comme ils le rejettent derrière eux ! C’est le jour où tout homme se fuira lui-même, les siens davantage encore, puissiez-vous le comprendre ! Dis : Par Dieu ! l’appel de la Trompette retentit et voici que l’humanité défaille devant nous. Le Héraut s’exclame et le Convocateur dit en élevant la voix : « Le royaume est à Dieu, le Tout-Puissant, le Secours, l’Absolu. “

Voici le jour où tous les yeux se rempliront de terreur, le jour où le cœur des habitants de la terre tressaillira, excepté chez ceux qu’il a plu au Seigneur d’exempter, il est l’Omniscient, le Très-Sage. Tous les visages se sont noircis, exceptés chez ceux à qui le Dieu de miséricorde a conféré un cœur radieux. Ivres sont les yeux de ces hommes qui ont ouvertement refusé de contempler la face de Dieu, le Très-Glorieux, le Loué.

Dis : N’avez-vous point parcouru le Coran ? Lisez-le, afin d’y trouver la vérité, car ce Livre est vraiment le sentier droit. C’est le chemin de Dieu pour tous ceux qui sont aux cieux et tous ceux qui sont sur la terre. Si vous ne vous souciez pas du Coran, vous ne pourrez dire du Bayán qu’il est loin de vous. Voici qu’il est ouvert devant vos yeux. Lisez ses versets, afin de pouvoir renoncer aux actes qui font gémir et se lamenter les messagers de Dieu.

Sortez vite de vos tombeaux. Combien de temps resterez-vous endormis ? Le second appel de la Trompette a retenti. Qui regardez-vous ? Voici votre Seigneur, le Dieu de miséricorde. Voyez comme vous niez ses signes ? La terre est ébranlée par une grande secousse et rejette ses fardeaux. Ne l’admettrez-vous pas ? Dis : Ne reconnaîtrez-vous pas que les montagnes sont devenues semblables à des flocons de laine, qu’un profond désarroi s’est emparé des hommes devant la terrible majesté de la cause de Dieu ? Voyez : leurs maisons ne sont plus que des ruines vides, et eux-mêmes une armée en déroute !

Voici le jour où le Très-Miséricordieux est descendu, enveloppé des nuées de la connaissance et revêtu d’une souveraineté manifeste. Il connaît bien les actions des hommes. Il est celui dont personne ne peut méconnaître la gloire, puissiez-vous le comprendre ! Le ciel de toute religion est déchiré, la terre de la compréhension humaine est fendue en deux, et l’on voit descendre les anges de Dieu. Dis : Voici le jour du mensonge général, où donc fuyez-vous ? Les montagnes se sont effondrées, les cieux se sont repliés et la terre entière est entre ses mains, puissiez-vous le comprendre. Qui peut vous protéger ? Personne, par celui qui est le Très-Miséricordieux ! Personne, excepté Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, le Bienfaisant ! Toute femme avec un fardeau dans les entrailles l’a rejeté. Nous voyons les hommes ivres en ce jour, ce jour où hommes et anges ont été réunis.

Dis : Y a-t-il le moindre doute concernant Dieu ? Voyez comme il descend du ciel de sa grâce, ceint de puissance et investi de souveraineté. Y a-t-il le moindre doute concernant ses signes ? Ouvrez les yeux et considérez sa preuve manifeste. Le paradis est à votre droite, tout près de vous, cependant que flambe le feu de l’enfer. Voyez ses flammes dévorantes. Hâtez-vous d’entrer au paradis, marque de notre miséricorde à votre égard, et recevez des mains du Très-Miséricordieux le vin qui est la vie même.

Buvez avec délices, ô peuple de Bahá ! En vérité, vous êtes de ceux qui connaîtront la félicité. C’est ce qu’atteignent ceux qui approchent Dieu. C’est l’eau vive promise en récompense par votre Seigneur, le Dieu de miséricorde, dans le Coran et plus tard dans le Bayán. Bénis ceux qui en boivent !

Ô mon serviteur, qui a tourné vers moi ta face ! Rends grâces à Dieu de t’avoir envoyé cette tablette dans cette prison, pour que tu rappelles au peuple les jours de ton Seigneur, le Très-Glorieux, l’Omniscient. Ainsi avons-nous établi pour toi, par les eaux de notre sagesse et de nos paroles, les fondements de ta croyance. C’est, en vérité, l’eau sur laquelle le trône de ton Seigneur a été élevé. « Son trône a été établi sur les eaux. » Pèse cela en ton cœur afin d’en comprendre le sens. Dis : Louange à Dieu, le Seigneur de tous les mondes !

XIX

Kitáb-i-Íqán, à Siyyid Muḥammad-i-Khál-i-Akbar.

Pour tout cœur perspicace et éclairé, il est évident que Dieu, l’Essence inconnaissable, l’Être divin, est immensément exalté au-dessus de tout attribut humain, tels qu’existence corporelle, faculté de monter et de descendre, d’entrer et de sortir. Loin de sa gloire le fait que le langage des hommes célèbre adéquatement sa louange et que le cœur humain pénètre son insondable mystère. Il est et a toujours été voilé dans l’antique éternité de son Essence et, dans sa Réalité, il restera éternellement caché aux yeux des hommes.

« Les regards des hommes ne l’atteignent pas, mais il scrute les regards. Il est le Subtil, il est parfaitement informé. “

Comme la porte de la connaissance de l’Ancien des jours se trouve fermée à la face de tous les êtres, celui qui est la Source de grâce infinie, fidèle à la promesse qu’il a donnée par ces paroles : « Sa grâce transcende toutes choses, ma grâce les englobe toutes », a fait surgir du royaume de l’esprit, sous la noble forme du temple humain, ces joyaux lumineux de sainteté et les a manifestés aux hommes pour qu’ils communiquent au monde les mystères de l’Être immuable et lui expliquent les subtilités de son impérissable Essence.

Ces purs Miroirs, ces Aurores de gloire antique sont, tous sans exception, les représentants sur terre de celui qui est l’Orbe central de l’univers, son essence et but ultime.

De lui procèdent leur science et leur puissance ; de lui procède leur souveraineté. La beauté de leur visage n’est qu’un reflet de son image et leur révélation n’est qu’un signe de sa gloire immortelle. Ils sont les Dépositaires de la science divine et de la sagesse céleste. Par eux est transmise une grâce infinie et révélée une lumière qui ne saurait faiblir. […] Ces Tabernacles de sainteté, ces Miroirs primordiaux qui reflètent la lumière d’impérissable gloire ne sont que des expressions de celui qui est l’Invisible des invisibles. Par la révélation de ces joyaux de vertu divine, sont manifestés tous les noms et attributs de Dieu tels que savoir et pouvoir, souveraineté et empire, miséricorde et sagesse, gloire, grâce et générosité.

Ces attributs de Dieu ne sont pas accordés spécialement à certains prophètes à l’exclusion des autres et ne l’ont jamais été. Au contraire, tous les prophètes de Dieu, ses messagers bien-aimés, saints et choisis, sont sans exception les porteurs de ses noms et les incarnations de ses attributs. Ils ne diffèrent entre eux que par l’intensité de leur révélation et la puissance relative de leur lumière. Ainsi qu’il est révélé : « Nous avons élevé certains prophètes au-dessus des autres. » Il est par conséquent clair et évident que la lumière des noms illimités de Dieu et de ses attributs sublimes s’est reflétée au sein du tabernacle de ces prophètes et de ces élus de Dieu, encore que, de ces temples rayonnants, la lumière de certains de ces attributs puissent ou non avoir été révélés aux yeux des hommes. Que tel attribut de Dieu n’ait pas été visiblement manifesté par ces Essences de détachement n’implique nullement que ceux qui sont les Orients des attributs de Dieu et les Dépositaires de ses saints noms ne le possédaient pas. Ces âmes illuminées, ces figures de beauté ont donc, toutes sans exception, reçu en partage tous les attributs de Dieu tels que souveraineté, autorité et qualités semblables, même si elles semblent dépourvues, selon les apparences extérieures, de toute majesté terrestre.. […]

XX

À Muḥammad Ibráhím-i-Khalíl-i-Qazvíní (dit Muḥalim, enseignant)

Sache, à n’en point douter, que l’invisible ne peut en aucune façon incarner son essence et la révéler aux hommes. Il est et restera toujours infiniment au-dessus de tout ce qui peut être perçu et exprimé. De sa retraite de gloire, sa voix toujours proclame : « En vérité, je suis Dieu, il n’est pas d’autre Dieu que moi, l’Omniscient, le Très-Sage. Je me suis manifesté aux hommes, et je leur ai envoyé celui qui est l’Aurore des signes de ma révélation. Par lui, j’ai fait attester à toute la création qu’il n’est d’autre Dieu que Dieu, l’Incomparable, l’Omniscient, le Très-Sage. » Celui qui, de toute éternité, est caché aux yeux des hommes ne peut être connu que par sa Manifestation, et sa Manifestation ne peut apporter de plus grande preuve de la vérité de sa mission que celle de sa personne ellemême.

XXI

Lawḥ-i-Salmán, à Shaykh Salmán Hindíjání.

Ô Salmán ! la porte de la connaissance de l’Éternel a toujours été et restera à jamais fermée à la face des hommes. Aucune intelligence humaine n’accédera jamais en sa sainte cour. Toutefois, en gage de sa miséricorde et en signe de sa tendre bonté, il a manifesté aux hommes les Soleils de sa providence, les Symboles de sa divine unité, et il a voulu que la science de ces Êtres sanctifiés soit identique à sa propre science. Qui les reconnaît, reconnaît Dieu. Qui écoute leur voix, écoute la voix de Dieu, et qui atteste la vérité de leur révélation, atteste la vérité de Dieu lui-même. Quiconque se détourne d’eux se détourne de Dieu, et quiconque ne croit pas en eux refuse de croire en Dieu. Chacun d’eux est la Voie divine qui relie ce monde aux royaumes d’en haut. Chacun d’eux est l’étendard et la vérité de Dieu pour tous les habitants du ciel et de la terre. Ils sont les manifestations de Dieu parmi les hommes, les preuves de sa vérité et les signes de sa gloire.

XXII

Kitáb-i-Íqán à Siyyid Muḥammad-i-Khál-i-Akbar.

C’est comme dispensateurs d’une cause nouvelle, porteurs d’un message nouveau, que les dépositaires de la confiance de Dieu sont manifestés aux peuples de la terre. Dans la mesure où ces Oiseaux du trône céleste sont tous envoyés du ciel de la volonté de Dieu et se lèvent tous pour proclamer sa foi irrésistible, ils sont considérés comme étant une seule âme et une même personne. Car tous boivent à la même coupe de l’amour de Dieu et tous mangent les fruits du même arbre d’unité.

Toutes ces Manifestations de Dieu ont un double état. Le premier est la condition de pure abstraction, d’unité essentielle. Dès lors, si tu les désignes toutes du même nom et leur assignes les mêmes attributs, tu ne t’écartes pas de la vérité. Ainsi qu’il l’a révélé : « Nous ne faisons pas de différence entre ses prophètes. » Car toutes et chacune appellent les habitants de la terre à reconnaître l’unité de Dieu et leur annoncent le Kawthar de grâce et de générosité infinies. Elles ont toutes endossé le vêtement de prophétie et sont honorées du manteau de gloire. C’est ainsi que Muḥammad, le Point du Coran, a révélé : « Je suis tous les prophètes. » Et de même : « Je suis le premier Adam, Noé, Moïse et Jésus. » ‘Alí a fait des déclarations analogues. Des déclarations semblables montrant l’unité essentielle de ces Révélateurs de l’Un, émanent des Canaux de la parole immortelle de Dieu et des Mines des joyaux de la science divine et sont rapportées dans les Écritures. Ces Figures sont les légataires du commandement divin et les orients de sa révélation. Cette révélation s’élève au-dessus des voiles de la pluralité et des exigences du nombre. Ainsi qu’il a dit : « Notre cause est une. » La Cause étant une seule et même cause, ceux qui en sont les dispensateurs ne peuvent être qu’une seule et même personne. Les Imáms de la foi de Muḥammad, ces lampes de certitude, ont dit aussi : « Muḥammad est notre premier, Muḥammad est notre dernier, Muḥammad est notre tout. “

Il est clair et évident pour toi que tous les prophètes sont les Temples de la cause de Dieu, vêtus de différentes tenues. Si tu observes avec discernement, tu verras qu’ils habitent tous le même tabernacle, qu’ils planent dans le même ciel, qu’ils siègent sur le même trône, qu’ils tiennent le même discours et proclament la même Foi. Telle est l’unité de ces Essences de l’existence, de ces Astres d’infinie et incommensurable splendeur. En conséquence, si l’une de ces Manifestations de sainteté s’exclamait : « Je suis le retour de tous les prophètes », elle dirait sans aucun doute la vérité. De même, dans toute révélation suivante, le retour de la révélation précédente est un fait dont la vérité est fermement établie […]

L’autre état est celui de la particularité ; il appartient au monde de la création et de ses limites. De ce point de vue, chaque manifestation de Dieu a une individualité distincte, une mission clairement assignée, une révélation prédestinée et des limites bien définies.

Chacune d’elles est connue par un nom différent et caractérisée par un attribut spécial.

Chacune d’elles remplit une mission définie et a la charge d’une révélation particulière. Ainsi a-t-il dit : « Nous avons élevé certains prophètes au-dessus des autres. Il en est à qui Dieu a parlé, et Dieu a élevé plusieurs d’entre eux à des degrés supérieurs. Nous avons donné à Jésus, fils de Marie, des preuves évidentes. Nous l’avons fortifié par l’Esprit de sainteté. “

C’est à cause de cette différence de rang et de mission que les paroles et les propos qui coulent de ces Sources de science divine semblent diverger et différer. Par contre, aux yeux de ceux qui sont initiés aux mystères de la sagesse divine, tous leurs propos ne sont en fait que l’expression d’une même vérité. C’est faute de se rendre compte des états dont nous venons de parler que la plupart des gens restent perplexes et troublés devant les paroles différentes énoncées par les Manifestations, qui, en leur essence, ne sont qu’une seule et même parole.

Il a toujours été évident que toutes ces diversités d’expression sont dues uniquement à des différences d’état. Et si l’on considère ces Essences de l’existence du point de vue de leur unité et de leur sublime détachement, les attributs d’être divin, de divinité, de leur singularité suprême et de quintessence, leur furent et leur sont toujours applicables, puisqu’elles demeurent toutes sur le trône de la révélation divine, établies sur le siège du divin mystère. Leur venue manifeste la révélation de Dieu, et leur figure dévoile la beauté de Dieu. C’est pourquoi les Manifestations de l’Être divin font entendre les accents de Dieu luimême.

À les considérer sous leur second état, celui de la distinction, de la différenciation, des limites temporelles, des caractéristiques et des normes, elles manifestent une absolue servitude, un entier dénuement et un complet effacement de soi. Ainsi a-t-il dit : « Je suis, en vérité, le serviteur de Dieu. Je ne suis qu’un mortel semblable à vous. » […]

Si l’une de ces Manifestations universelles de Dieu venait à déclarer : « Je suis Dieu », elle dirait assurément la vérité. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Car il a été démontré à plusieurs reprises que, par leur révélation, leurs attributs et leurs noms, la révélation de Dieu, son nom et ses attributs se manifestent dans le monde. Ainsi a-t-il révélé : « Tu ne lançais pas toi-même les traits quand tu les lançais, mais Dieu les lançait » Et il a dit aussi : « Ceux qui te prêtent un serment d’allégeance ne font que prêter serment à Dieu. » Et si l’une d’elles venait à affirmer : « Je suis le messager de Dieu », elle dirait aussi la vérité, la vérité incontestable. Ainsi qu’il le dit: « Muḥammad n’est le père d’aucun homme parmi vous, mais il est le messager de Dieu ». Considérées sous ce jour, elles ne sont que les messagers de ce Roi idéal, de cette immuable Essence. Que toutes proclament : « Je suis le sceau des prophètes », elles disent vraiment la vérité, sans l’ombre d’un doute. Car elles ne font qu’une seule personne, une seule âme, un seul esprit, un seul être, une seule révélation. Elles sont toutes la manifestation du « Commencement » et de la « Fin », du « Premier » et du « Dernier », du « Visible » et du « Caché » – toutes appartiennent à celui qui est l’Esprit des esprits le plus secret et l’éternelle Essence des essences. Et si elles disent : « Nous sommes les serviteurs de Dieu », voici encore un fait manifeste et indiscutable. Car c’est dans l’état de servitude la plus absolue qu’elles ont été manifestées, une servitude qu’aucun homme ne peut atteindre. Ainsi, lorsque ces Essences de l’être plongeaient au fin fond des océans de l’éternelle sainteté ou lorsqu’elles planaient aux plus hauts sommets des mystères divins, elles déclaraient que leur parole était la voix de la divinité, l’appel de Dieu lui-même.

Si l’on ouvrait l’œil du discernement, on reconnaîtrait que, dans cette condition précise, elles se voient elles-mêmes complètement effacées, inexistantes devant celui qui est l’Omnipénétrant, l’Incorruptible. Il me semble qu’elles se considèrent comme purs néants et jugent blasphématoire la mention de leur nom dans ce lieu. Car le plus faible murmure de l’égo, dans un tel lieu, serait un signe d’autosuffisance et d’existence indépendante. Une telle idée est une faute grave aux yeux de ceux qui sont parvenus dans cette cour. Ce serait plus grave encore si quoi que ce soit était mentionné en cette Présence-là, ou si le cœur de l’homme, sa langue, son esprit ou son âme s’occupaient de quelqu’un d’autre que le Bien-Aimé, si ses yeux contemplaient un autre beauté que celle de son visage, ses oreilles étaient attirées par une autre mélodie que celle de sa voix, et si ses pieds foulaient un autre sentier que son sentier. […]

En vertu de cet état, elles affirment être la Voix de la divinité et autres affirmations semblables, alors qu’en vertu de leur état de messager, elles se déclarent les messagers de Dieu. Dans chaque circonstance, elles prononcent un discours conforme aux besoins du moment et s’attribuent toutes ces déclarations, déclarations qui vont du royaume de la révélation divine au royaume de la création et du domaine de la divinité jusqu’au domaine de l’existence terrestre. Ainsi, quel que soit leur discours, qu’il appartienne au royaume de la divinité, de la seigneurie, de la mission prophétique et de l’état de messager, de vicaire, d’apôtre ou de serviteur, tout est vrai sans l’ombre d’un doute. En conséquence, les citations que nous avons faites à l’appui de notre thèse doivent être attentivement considérées, afin que les divergences de discours des Manifestations de l’Invisible et des Aurores de sainteté cessent d’agiter les âmes et de troubler les esprits

XXIII

À ‘Abbás Farrukh.

Considère les générations qui nous ont précédé. Vois comment, chaque fois que le Soleil de la générosité divine répand sur le monde la lumière de sa révélation, ceux de son Jour se lèvent contre lui et répudient sa vérité. Ceux qui sont censés diriger les hommes s’efforcent invariablement d’empêcher leurs disciples de se tourner vers celui qui est l’Océan de la générosité sans limites.

Vois comment le peuple, obéissant au verdict prononcé par les religieux de son époque, a jeté au feu Abraham, l’Ami de Dieu ; comment Moïse, qui conversait avec le ToutPuissant, fut dénoncé comme menteur et calomniateur ; comment Jésus, l’Esprit de Dieu, fut traité par ses ennemis, en dépit de sa douceur ineffable et de sa profonde tendresse de cœur. Si violente fut l’opposition à laquelle il dut faire face, qu’il n’avait, lui, l’Essence de l’être et le Seigneur du visible et de l’invisible, nulle place où reposer sa tête. Il errait de place en place, sans demeure permanente. Médite encore sur ce qui advint à Muḥammad, le Sceau des prophètes - puisse toute vie lui être offerte en sacrifice ! Combien furent cruelles les afflictions que les dirigeants du peuple juif et des idolâtres firent pleuvoir sur celui qui est le souverain Seigneur de toutes choses, pour avoir proclamé l’unité de Dieu et la vérité de son message ! Par la justice de ma cause ! ma plume gémit et toutes choses créées éclatent en sanglots devant les malheurs qu’il souffrit des mains de ceux qui avaient rompu l’alliance de Dieu, violé son pacte, rejeté ses preuves et contesté ses signes. Nous te rapportons ainsi ce qui advint dans les jours passés, afin que tu comprennes.

Tu as su combien cruelles furent les afflictions des prophètes de Dieu, de ses messagers et de ses élus. Réfléchis un instant aux raisons d’une telle persécution. Jamais, dans aucune révélation, les prophètes de Dieu n’échappèrent aux blasphèmes de leurs ennemis, à la cruauté de leurs oppresseurs, aux dénonciations des savants de leur temps qui prenaient l’apparence de la droiture et de la piété. Jour et nuit ils passèrent par des souffrances telles que, seule, la science de Dieu - exaltée soit sa gloire - est capable de les mesurer.

Considère cette innocente victime. Les preuves les plus éclatantes attestent la vérité de notre cause ; les prophéties que nous fîmes dans le plus clair langage sont toutes accomplies, encore que, n’étant pas compté parmi les savants, nous n’ayons pas fréquenté d’école et n’ayons aucune expérience des disputes théologiques ayant cours parmi les théologiens. Nous avons fait pleuvoir sur les hommes les averses d’un savoir inspiré par Dieu. Et cependant vois comment, en dépit de cela, cette génération rejette notre autorité et se rebelle contre nous. Nous avons, pendant la plus grande partie de notre vie, enduré, des griffes de nos ennemis, les plus cruelles épreuves, et nos souffrances ont maintenant atteint leur point culminant dans cette affligeante prison, où nous ont si injustement jeté nos oppresseurs. Dieu veuille que tu observes d’une vision pénétrante et d’un cœur radieux ce qui est advenu dans le passé et qui advient encore aujourd’hui et que, le méditant en toimême, tu reconnaisses ce qui échappe à la plupart des hommes. S’il plaît à Dieu, tu respireras le doux parfum de son Jour, tu auras part aux effusions sans limites de sa grâce, tu boiras, par sa faveur bienveillante, ton content du vaste océan qui s’enfle en ce jour au nom de l’antique Roi, et tu resteras en sa cause aussi ferme et aussi immuable que la montagne !

Dis : Gloire à toi par qui tous les saints confessent leur faiblesse devant les multiples révélations de ta puissance, et par qui chaque prophète reconnaît son pur néant devant l’éclat de ta gloire immortelle. Je te supplie par ton nom qui a ouvert les portes du ciel et rempli d’extase l’Assemblée céleste, de me rendre capable de te servir en ce jour et de me fortifier dans l’observance de ce que tu prescris en ton Livre. Ô mon Seigneur, tu sais, ce qui est en moi, mais j’ignore ce qui est en toi. Tu es l’Omniscient, l’Informé.

XXIV

Madínatu’t-Tawh∂íd (Bagdad), à Shaykh Salmán.

Ô croyants en l’unité de Dieu, gardez-vous de distinguer entre les Manifestations de sa cause, de faire à leur sujet quelque discrimination qui aille à l’encontre des signes dont s’est accompagnée leur révélation et l’ont proclamée. Voilà le sens réel de l’unité divine, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre cette vérité et y croire. De plus, soyez assurés que non seulement les œuvres et les actes de toutes ces Manifestations de Dieu, mais aussi tout ce qui les concerne et tout ce qu’elles pourront manifester à l’avenir, tout est d’ordre divin et reflète la volonté et le dessein de Dieu. En effet, il refuse de croire en Dieu, répudie ses signes et trahit la cause de ses messagers, celui qui fait la plus légère différence entre leurs personnes, leurs paroles, leurs messages, leurs actes et leurs façons d’agir.

XXV

Tout âge dans lequel vit une Manifestation de Dieu est évidemment un âge d’ordre divin et peut être, en ce sens, qualifié de jour désigné par Dieu. Ce jour, toutefois, est un jour unique et doit être distingué de ceux qui l’ont précédé. L’appellation « Sceau des Prophètes » révèle pleinement son rang élevé. En fait, le cycle prophétique est clos. La Vérité éternelle est maintenant venue. Levant l’étendard de la puissance, Dieu répand à présent sur le monde l’éclat sans nuage de sa révélation.

XXVI

Lawh-i-∂Tawh∂íd (Acre).

Loué soit Dieu, l’Omnipossédant, le Roi d’incomparable gloire, d’une louange infiniment supérieure à la compréhension de tout ce qui est créé, hors de la portée des intelligences humaines. Nul autre que lui n’a jamais été capable de célébrer convenablement sa louange, et jamais aucun homme ne parviendra à donner la mesure de sa gloire. Qui peut prétendre avoir atteint les sommets de sa sublime essence, et quelle intelligence peut mesurer les profondeurs de son insondable mystère ? De chacune des révélations émanées de la source de sa gloire, des preuves sans fin sont apparues, toutes d’une splendeur inimaginable, et de chacune des manifestations de son invincible puissance ont coulé des océans de lumière éternelle. Sublimes sont les merveilleux témoignages de sa toute-puissante souveraineté dont une simple lueur, si elle les atteignait, suffirait à consumer tous ceux qui sont dans le ciel et tous ceux qui sont sur la terre !

Ineffables sont les gages de son pouvoir souverain, dont un seul signe, si petit soit-il, dépasse la compréhension de tout ce qui a été appelé à l’être depuis le commencement qui n’a pas de commencement, et de tout ce qui sera créé dans l’avenir, jusqu’à la fin qui n’a pas de fin. Toutes les incarnations de ses noms errent dans le désert de la recherche, altérées et avides de découvrir son essence et, du Sinaï de sainteté, toutes les manifestations de ses attributs l’implorent de les laisser pénétrer son mystère.

Une goutte du bouillonnant océan de sa miséricorde orne la création de la parure de l’existence, et un souffle parti de son paradis incomparable revêt tous les êtres du vêtement de sa gloire et de sa sainteté. Quelques gouttes de sa volonté insondable, souveraine et universelle, appellent du néant à l’être une création infinie dans son étendue et immortelle dans sa durée. Les merveilles de sa munificence ne peuvent cesser, et le cours de sa grâce miséricordieuse ne peut jamais être arrêté. Le processus de sa création n’a pas eu de commencement et ne peut avoir de fin.

En tout âge et dans chaque cycle, par la lumière resplendissante des Manifestations de sa merveilleuse essence, il a recréé toutes choses, afin que rien de ce qui reflète les signes de sa gloire sur la terre et dans les cieux, ne soit privé des torrents de sa miséricorde ni ne désespère de recevoir la pluie de ses faveurs. Voyez comme les merveilles de sa grâce sans limites embrassent toutes choses, comme elles imprègnent la création tout entière. Telle en est la vertu qu’il n’y a pas dans l’univers un seul atome qui ne proclame la puissance de Dieu, qui ne glorifie son saint nom, qui ne reflète la resplendissante lumière de son unité. Si parfaite et si vaste est sa création qu’il n’est pas d’intelligence ni de cœur, pour pénétrant ou pur qu’il soit, qui puisse saisir la nature essentielle de la plus insignifiante de ses créatures, et moins encore pénétrer le mystère de celui qui est le Soleil de vérité, l’invisible et inconnaissable Essence. Les conceptions des plus dévots des mystiques, les œuvres des plus accomplis parmi les hommes, les plus hautes louanges que la plume ou la parole puissent exprimer, tout cela est le produit de l’intelligence finie de l’homme et reste enfermé dans les limites de cette intelligence. Dix mille prophètes, dont chacun est un Moïse, sont foudroyés sur le Sinaï de leur quête, par cet arrêt terrifiant : « Jamais tu ne contempleras ma face ! », cependant qu’une myriade de messagers, tous aussi grands que Jésus, demeurent consternés sur leur trône céleste devant l’interdiction : « Mon essence, tu ne la comprendras jamais ! » De temps immémorial, il est voilé dans la sainteté ineffable de sa sublime Personne, et il restera à jamais enveloppé de l’impénétrable mystère de son essence inconnaissable. Toute tentative pour comprendre son inaccessible réalité a tourné à l’entière confusion de son auteur, et tout effort pour approcher sa Personne sublime et se représenter son essence, a abouti à un échec désespéré.

Pour moi, tenter en mon insignifiance de sonder les profondeurs sacrées de ta science, serait déconcertant ! Et futiles seraient mes efforts pour envisager la grandeur de la puissance inhérente à ton œuvre, par lequel se révèle ton pouvoir créateur ! Comment mon œil, qui n’a pas même la faculté de se percevoir lui-même, pourrait-il se flatter d’avoir discerné ton essence, et comment mon cœur, déjà impuissant à saisir le sens de ses propres potentialités, prétendrait-il avoir compris ta nature ? Comment revendiquerais-je de t’avoir connu quand toute la création est confondue par ton mystère, et comment, d’autre part, confesserais-je ne point t’avoir connu, alors que l’univers entier proclame ta présence et atteste ta vérité ? De toute éternité, les portails de ta grâce sont restés grands ouverts ; des voies se sont toujours offertes pour accéder à ta présence, et les révélations de ta beauté sans égale n’ont cessé d’être imprimées sur l’essentielle réalité de tous les êtres, tant visibles qu’invisibles. Et pourtant, en dépit de cette suprême faveur, de ce don parfait, je suis poussé à attester que ta cour de gloire et de sainteté est exaltée par-delà toute mesure au-dessus de la connaissance de tout autre que toi, et que le mystère de ta présence est insondable pour tout autre esprit que le tien. Personne, à l’exception de toi, ne peut pénétrer le secret de ta nature et rien d’autre que ton essence transcendante ne saurait comprendre la réalité de ton être inconnaissable. Nombreux sont ces êtres de gloire qui ont erré à ta poursuite tous les jours de leur vie dans le désert de ton absence et qui ne t’ont finalement jamais trouvé ! Grande est la multitude d’âmes saintes et célèbres qui se perdirent à tenter de contempler ta face, dans le désert de la recherche ! Par myriades, tes ardents adorateurs ont sombré et péri, consumés du feu de ton absence, et innombrables sont les âmes fidèles qui ont volontairement offert leur vie pour voir la lumière de ton visage.

Les plaintes de ces cœurs qui soupirent ardemment après toi ne peuvent atteindre ta cour sacrée, pas plus que ne parviennent à ton siège de gloire les lamentations des voyageurs qui ont soif de contempler ta face.

XXVII

Louange à l’unité de Dieu et honneur à l’incomparable et très glorieux Souverain de l’univers qui, du pur néant, tire la réalité de toutes choses, qui de l’inexistence appelle à l’être les éléments les plus raffinés et les plus subtils de sa création et qui, relevant ses créatures de l’abaissement où les tenait l’éloignement de sa présence et les sauvant de l’extinction finale, les reçoit dans son royaume d’incorruptible gloire ! Rien de moins que sa grâce universelle et son omniprésente miséricorde ne peut accomplir ce prodige. Comment, sans elles, le néant aurait-il le mérite et la capacité de passer de l’état de non-existence au royaume de l’être ?

Ayant créé le monde et tout ce qui y vit et s’y meut, Dieu choisit, par l’opération directe de sa volonté libre et souveraine, de conférer à l’homme la dignité et la capacité uniques de le connaître et de l’aimer, capacité qui doit être regardée comme la force créatrice et la raison d’être de toute la création. […] Sur l’essentielle réalité de toutes choses créées, il a répandu la lumière d’un de ses noms, et de chacune d’elles il a fait le siège de la gloire d’un de ses attributs. Mais sur la réalité de l’homme, il a concentré l’éclat de tous ses noms et attributs et en a fait le miroir de son Être propre. Seul entre toutes choses créées, l’homme a été choisi comme l’objet d’une faveur aussi grande et aussi permanente.

Mais ces énergies dont le soleil de la générosité divine, source de la direction divine, a doté l’essentielle réalité de l’homme ne sont en lui que latentes, comme est latente la flamme dans la bougie et comme les rayons de la lumière sont en puissance dans la lampe.

L’éclat de ces énergies peut être obscurci par les désirs terrestres comme la lumière du soleil peut être cachée sous la poussière et les impuretés qui recouvrent le miroir. Ni la lampe ni la bougie ne peuvent s’allumer d’elles-mêmes, et le miroir ne pourrait davantage, par ses propres moyens, se débarrasser de ses souillures. Il est évident que, si on ne l’allume pas, la lampe n’éclairera pas et que, jusqu’à ce que soit enlevée la poussière qui le recouvre, le miroir ne pourra montrer l’image du soleil, ni refléter sa lumière et sa gloire.

Et comme il ne put y avoir de lien direct entre le seul vrai Dieu et sa création, et que rien de commun ne peut exister entre le transitoire et l’éternel, le contingent et l’absolu, Dieu a ordonné qu’en tout âge et en chaque ère, une âme pure et sans tache soit manifestée dans les royaumes du ciel et de la terre. À cet être subtil, éthéré, mystérieux, il a attribué une double nature : l’une, physique, appartenant au monde de la matière, l’autre, spirituelle, qui est née de la substance de Dieu lui-même. Il lui a de plus conféré un double rang. Le premier, qui se relie à sa réalité la plus profonde, le représente comme celui dont la voix est la voix de Dieu lui-même. C’est ce que la tradition atteste par ces paroles : « Multiple et mystérieuse est ma relation avec Dieu. Je suis lui, lui-même, et il est moi, moi-même ; sauf que je suis ce que je suis et qu’il est ce qu’il est. » Et de même : « Lève-toi, ô Muḥammad, car voici que l’Amant et le Bien-Aimé sont en toi réunis et confondus. » Il a dit pareillement : « Il n’y a aucune espèce de distinction entre toi et eux, sauf qu’ils sont tes serviteurs. » Le second rang, qu’illustrent les versets qui suivent, est humain : « Je ne suis qu’un homme comme vous. » « Dis : Louange à mon Seigneur ! Suis-je plus qu’un homme, plus qu’un apôtre ? » Ces Essences de détachement, ces Réalités resplendissantes sont les canaux de la grâce universelle de Dieu. Guidées par la lumière de l’infaillible direction et investies d’une souveraineté suprême, elles ont pour mission, par l’inspiration de leurs paroles, les effusions de leur grâce infaillible et la brise sanctifiante de leur révélation, de débarrasser tout cœur assoiffé et tout esprit réceptif des impuretés et des poussières dues aux soucis et aux limitations de la terre. Alors, et alors seulement, le dépôt divin, latent dans la réalité de l’homme, émergera aussi resplendissant que le soleil levant de la révélation divine, hors des voiles qui le cachaient, et plantera à la cime du cœur des hommes, l’étendard de sa gloire dévoilée.

Des citations et références qui précèdent, il ressort clairement et indubitablement que, dans les royaumes du ciel et de la terre, il faut de toute nécessité que soit manifesté un Être, une Essence qui agira comme manifestation et véhicule de la grâce de Dieu lui-même, le souverain Seigneur de toutes choses. Par les enseignements de ce Soleil de vérité, tout homme progressera et se développera jusqu’à ce qu’il parvienne à ce stade où il pourra manifester tout le potentiel des forces dont son être intime et essentiel est doté. C’est dans ce but précis qu’en tout âge et en chaque ère, les prophètes de Dieu et ses élus ont paru parmi les hommes et montré un pouvoir tel qu’il ne peut venir que de Dieu et une puissance telle que, seul, l’Éternel peut la révéler.

Celui qui juge sainement peut-il vraiment imaginer que, faute d’avoir compris la signification de certaines paroles, les portes de la direction divine soient à jamais fermées à la face des hommes ? Peut-il concevoir, pour ces divins Flambeaux, ces resplendissantes Lumières, soit un commencement, soit une fin ? Quels torrents pourraient être comparés au cours impétueux de sa grâce universelle, et quelle bénédiction pourrait surpasser les manifestations d’une si grande et si pénétrante miséricorde ? Il n’est pas douteux que si le flot de cette miséricorde et de cette grâce se retirait du monde, ne fût-ce qu’un instant, celui-ci périrait aussitôt. C’est pourquoi, depuis le commencement qui n’a pas de commencement, les portes de la miséricorde divine ont été largement ouvertes à la face de tous les êtres créés, et que, jusqu’à la fin qui n’a point de fin, les nuages de la vérité continueront à déverser sur le sol de la capacité, de la réalité et de la personnalité humaines, les pluies de leurs faveurs et de leurs bienfaits. Telle est la méthode suivie par Dieu depuis toujours et à jamais.

XXVIII

Aux amis bahá’ís.

Heureux l’homme qui se lève pour servir ma cause et glorifier mon nom merveilleux !

Par la puissance de mon pouvoir, saisis mon livre et attache-toi fermement à tous les commandements qu’y prescrit ton Seigneur, l’Ordonnateur, le Très-Sage. Ô Muḥammad, vois comme les dires et les actes des disciples de l’islam chiite ont assombri la joie et la ferveur de ses premiers jours, et terni l’éclat immaculé de sa lumière. Au début, alors qu’ils adhéraient encore aux préceptes qui se confondent avec le nom de leur prophète, le Seigneur de l’humanité, leur carrière fut marquée par une suite ininterrompue de victoires et de triomphes. Mais à mesure qu’ils s’écartaient du sentier de leur Maître idéal et se détournaient de la lumière de Dieu, à mesure qu’ils corrompaient le principe de l’unité divine et qu’ils concentraient davantage leur attention sur ceux qui n’étaient que les révélateurs de la puissance de sa parole, leur force peu à peu se changea en faiblesse, leur gloire en honte, leur courage en peur. Tu es témoin de ce à quoi ils en sont venus. Vois comment ils ont donné des associés à celui qui est le Point où se concentre l’unité divine. Vois comment leurs agissements coupables les ont empêchés de reconnaître, au jour de la résurrection, la parole de vérité, exaltée soit la gloire de Dieu. Nous chérissons l’espoir que ceux qui nous écoutent se garderont des vaines illusions et des imaginations stériles, et qu’ils parviendront à une véritable compréhension du sens de l’unité divine.

La Manifestation a toujours été le représentant et le porte-parole de Dieu. Elle est, en vérité, la source des plus excellents titres de Dieu, et l’aurore de ses glorieux attributs. Si d’aucuns prétendaient être ses égaux, s’ils étaient considérés comme identiques à sa personne, comment serait-il possible de soutenir que l’Être divin est un et incomparable, que son essence est indivisible et sans égale ? Médite sur ce que nous t’avons révélé par le pouvoir de la vérité, et sois de ceux qui en comprennent la signification.

XXIX

Le dessein de Dieu en créant l’homme a été et sera toujours de le rendre capable de connaître son Créateur et d’accéder à sa présence. Tous les Livres sacrés, les Écritures divinement révélées et de grande valeur attestent ce but excellent, cet objectif suprême.

Celui qui a reconnu la source de la direction divine et est entré dans sa cour sainte, s’est approché de Dieu. Il a obtenu l’accès en sa présence, paradis véritable dont les plus hautes demeures du ciel ne sont que le symbole. Un tel homme est parvenu à la connaissance du rang de celui qui est « à deux portées de flèche », qui se tient par-delà le Sadratu’lMuntahá.

Mais celui qui n’a pas reconnu cette source s’est lui-même condamné à la misère de l’éloignement de Dieu, éloignement qui n’est que pur néant, l’essence même du feu de l’enfer. Tel est le sort de l’incroyant, encore qu’il semble occuper les plus hautes situations de la terre et être établi sur le trône le plus glorieux.

Nul doute que celui qui est la Source de vérité ne soit pleinement capable de sauver d’un tel éloignement les âmes égarées, de les rapprocher de sa cour et de leur donner accès à sa présence. « S’il eût plu à Dieu, il eût sûrement fait des hommes un seul peuple. “

Mais son dessein est de mettre ceux qui ont le cœur pur et l’esprit détaché à même d’aborder, par la vertu même de leurs pouvoirs innés, les rivages du très grand Océan, afin qu’ayant ainsi sincèrement et diligemment cherché la beauté du Très-Glorieux, ils soient distingués et séparés des indociles et des pervers. Ainsi en a-t-il été ordonné par la Plume toute-glorieuse et resplendissante. […]

Que, lors de leur apparition parmi les hommes, les Manifestations de la justice divine, sources de la grâce céleste, aient été dépourvues de tout pouvoir terrestre et privées de toute autorité en ce monde, doit être attribué à ce même principe de distinction et de séparation qui anime le plan divin. Si l’éternelle Essence manifestait tout ce qui est latent en elle, si elle resplendissait dans la plénitude de sa gloire, nul ne songerait à mettre en doute sa puissance ni à répudier sa vérité. D’ailleurs, toutes les choses créées seraient à ce point éblouies et écrasées par l’évidence de sa lumière qu’elles en retourneraient au néant.

Comment, en de telles circonstances, l’indocile pourrait-il être distingué du croyant ?

Ce principe a joué dans chacune des révélations précédentes, et il en a été donné d’abondantes preuves. […] C’est ainsi qu’en tout âge, lorsqu’une nouvelle Manifestation se produit et qu’une révélation nouvelle du pouvoir transcendant de Dieu est accordée au monde, ceux qui ne croient pas en lui, abusés par l’apparence mortelle que revêt l’éternelle Beauté, refusent de la reconnaître. Ils s’écartent de son chemin et fuient la présence du symbole même de la proximité de Dieu. Ils vont jusqu’à décimer ses fidèles, à exterminer ceux qui croient en lui.

Vois comment, en cet âge, vauriens et insensés voulurent croire que par les massacres, le pillage et le bannissement, ils pourraient éteindre la lampe allumée par la main du pouvoir divin ou éclipser le soleil de splendeur éternelle. Ils semblent ignorer complètement que cette adversité même est l’huile qui nourrit la flamme de cette lampe. Tel est le pouvoir divin de transmutation. Il change tout ce qu’il lui plaît de changer. Il a en vérité pouvoir sur toutes choses. […]

Considère en tout temps la souveraineté qu’exerce le Roi idéal et contemple les preuves de sa toute-puissance. Purifie tes oreilles des vains bavardages de ceux qui sont le symbole de l’incroyance et les représentants de la violence et de la colère. L’heure approche où tu verras triompher sur toutes choses créées le pouvoir du seul vrai Dieu, et les signes de sa souveraineté englober toute sa création. En ce jour, tu découvriras que tout ce qui n’est pas lui est rentré dans l’oubli et considéré comme pur néant.

Il ne faut cependant pas perdre de vue que Dieu et ses Manifestations ne sauraient être, en aucun cas, dissociés de la grandeur et de la sublimité qui leur sont inhérentes. Bien mieux, cette grandeur et cette sublimité sont elles-mêmes créées par sa parole, si tu veux voir par mes yeux et non par les tiens.

XXX

À ‘Alíy-i-Núr-i-Iṣfahání.

Dieu atteste qu’il n’est pas d’autre Dieu que lui, le Bienveillant, le Bien-Aimé. Toute grâce et tous bienfaits viennent de lui. Il donne à qui il veut ce qu’il lui plaît de donner. Il est, en vérité, le Tout-Puissant, le Secours, l’Absolu. Nous croyons en celui qui, en la personne du Báb, a été envoyé, par la volonté du seul vrai Dieu, le Roi des rois, le Très-Loué. Nous jurons, de plus, fidélité à celui qui est appelé à se manifester au temps de Mustagháth, aussi bien qu’à ceux qui viendront après lui, jusqu’à la fin qui n’a point de fin. Nous reconnaissons en chacun d’eux, aussi bien dans l’apparence que dans la réalité, la manifestation de Dieu lui-même, si vous êtes de ceux qui comprennent. Chacun d’eux est un miroir de Dieu, ne reflétant rien d’autre que son Soi, sa beauté, sa puissance, et sa gloire, si vous pouvez comprendre. Tous les autres doivent être considérés comme des miroirs capables de refléter la gloire de ces Manifestations qui sont, elles, les premiers Miroirs de l’Être divin, si vous n’êtes pas dépourvus d’entendement. Nul n’a jamais pu leur échapper et nul ne pourra les empêcher d’atteindre leur but. Ces Miroirs continueront indéfiniment à se succéder et à refléter la lumière de l’Ancien des jours. Et ceux qui reflètent leur gloire continueront de même à exister à jamais, car la grâce de Dieu ne peut cesser d’affluer. C’est là une vérité contre laquelle nul ne saurait s’élever.

XXXI

Súratu’l-‘Ibád (Acre), à Siyyid Mihdí Dahajjí.

Contemple de ton œil interne la chaîne des révélations successives qui relie la manifestation d’Adam à celle du Báb. J’atteste devant Dieu que chacune fut envoyée par l’opération de la volonté et du dessein divins, que chacune apporta un message spécifique et qu’à chacune fut confié un Livre divinement révélé, avec mission de dévoiler les mystères d’une puissante tablette. La mesure de la révélation à laquelle chacune d’elles s’est identifiée avait été pré-ordonnée. Et cela est un gage de notre faveur envers elles, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre cette vérité. […] Et quand ce processus de révélation progressive atteignit son point culminant, le stade où devait être dévoilée aux yeux des hommes sa Face très sacrée, sublime et sans égale, il décida de cacher sa véritable réalité sous mille voiles, de peur que des yeux profanes ne découvrent sa gloire. Ainsi fit-il, alors que pleuvaient sur lui, en nombre tel que seul peut les compter le Seigneur, votre Dieu, Seigneur de tous les mondes, les signes et les gages d’une révélation divine. Et quand le temps fixé pour le secret fut révolu, nous fîmes apparaître, encore qu’enveloppée d’une myriade de voiles, une infinitésimale lueur de la gloire resplendissante qui rayonnait de la face de cet Adolescent, et voici : tous les habitants des royaumes célestes ressentirent une violente commotion, et tous les favoris de Dieu tombèrent en adoration devant lui.

Assurément, il a manifesté une gloire dont la création n’avait jamais encore été témoin, car il s’est levé en personne pour proclamer sa cause devant tous ceux qui sont dans le ciel et sur la terre.

XXXII

Lawḥ-i-Riḍá.

Tout ce que tu as appris concernant Abraham, l’Ami du Très-Miséricordieux, est vrai sans l’ombre d’un doute. La voix de Dieu lui ordonna d’offrir Ismaël en sacrifice, afin que la fermeté de sa foi et son détachement de tout sauf de lui soient démontrés aux hommes.

Car Dieu voulait ce sacrifice en rançon des péchés et des iniquités des peuples de la terre.

L’honneur d’une telle rançon, Jésus, fils de Marie, le sollicita pour lui du seul vrai Dieu, exaltée soit son nom et sa gloire ! Et H∆usayn le connut à son tour quand il fut offert en sacrifice par Muḥammad, l’Apôtre de Dieu.

Nul ne peut prétendre avoir compris la nature de la grâce multiple et cachée de Dieu ; nul ne peut pénétrer son infinie miséricorde. Telles ont été les transgressions des hommes et leur perversité, et si cruelles les épreuves dont ils ont affligé les prophètes de Dieu et leurs élus, que l’humanité tout entière mériterait de souffrir et de périr. Mais dans le secret de sa tendre providence, et par des moyens tant visibles qu’invisibles, Dieu lui a épargné et continuera de lui épargner le châtiment dû à sa perversité. Médite cela en ton cœur, afin que la vérité puisse t’être révélée et que tu restes ferme dans son chemin.

XXXIII

À Muḥammad Ibráhím-i-Khalíl.

Nous avons décrété que le Verbe de Dieu, avec toutes les potentialités qu’il renferme, sera manifesté aux hommes dans une stricte conformité avec les conditions préétablies par celui qui est l’Omniscient, le Très-Sage. Nous avons, de plus, ordonné qu’il ne soit caché que sous le voile de son Être même. Tel est, en vérité, le pouvoir que nous avons d’en venir à nos fins. Si le Verbe libérait d’un seul coup les énergies qui sont en lui latentes, il n’est point d’homme qui pourrait soutenir le poids d’une si puissante révélation. Bien plus, tout ce qui est dans le ciel et sur la terre fuirait devant lui, dans la plus profonde consternation.

Considère ce qui fut envoyé à Muḥammad, l’Apôtre de Dieu. La mesure précise de la révélation qu’il apportait avait été clairement préétablie par celui qui est le Tout-Puissant.

Ceux qui l’entendaient ne pouvaient le comprendre que dans la mesure de leur capacité et de leur développement spirituels. Et lui-même, dosant en conséquence sa révélation, ne découvrait le visage de la sagesse qu’à proportion de la capacité qu’avaient ses auditeurs de soutenir le poids de son message. Mais l’humanité n’eut pas plutôt atteint le stade de maturité, que le Verbe révéla les énergies dont il avait été doté, et c’est dans la plénitude de leur gloire qu’il les manifesta quand, en l’an 60, apparut la Beauté antique en la personne de ‘Ali-Muḥammad, le Báb.

XXXIV

Louange et gloire à Dieu qui, par le pouvoir de sa puissance, revêt du manteau de la vie la nudité de la non-existence de sa création ! Entre toutes choses créées, il a élu pour objet de sa faveur spéciale le joyau de l’essentielle réalité de l’homme, en l’investissant de la capacité exclusive de le connaître et de refléter la grandeur de sa gloire. Cette double distinction décape le cœur de l’homme de la rouille des vains désirs, et elle le rend digne de la livrée dont son Créateur a daigné le revêtir. Elle sauve son âme des ténèbres de l’ignorance.

Cet habit dont le corps et l’âme de l’homme sont ornés est le fondement même de son bien-être et de son développement. Béni le jour où, avec l’aide de la grâce et de la puissance du seul vrai Dieu, il se sera libéré de l’esclavage et de la corruption du monde, et aura atteint le vrai et durable repos à l’ombre de l’arbre de la connaissance !

Les chants qu’en son grand amour pour ses amis, l’oiseau de ton cœur modulait ont atteint leurs oreilles, et ils me poussent à répondre à tes questions en te révélant les secrets qu’il m’est permis de dévoiler. Tu demandes, en ta noble lettre, lesquels des prophètes de Dieu doivent être tenus pour supérieurs aux autres. Sache, à n’en point douter, que ces prophètes, en leur essence, ne font qu’une seule et même personne. Leur unité est absolue.

Dieu, le Créateur, dit : Il n’y a aucune sorte de distinction entre les porteurs de mon message. Ils n’ont tous qu’un seul et même objet, et le secret de l’un est le secret de l’autre.

Honorer l’un de préférence aux autres, en exalter certains au-dessus des autres n’est permis en aucune façon. Tout vrai prophète a tenu son message pour foncièrement le même que les messages des prophètes qui l’avaient précédé. Si, faute de comprendre cette vérité, quelqu’un se laissait aller à de vaines et inconvenantes paroles, il n’est personne d’esprit subtil et d’intelligence éclairée qui permettrait à de si futiles propos de l’ébranler dans sa croyance.

Seule doit différer la mesure de la révélation apportée au monde par les prophètes de Dieu. Chacun d’eux reçoit un message distinct, avec mission de se révéler d’une certaine manière. C’est ainsi que semble varier leur grandeur. Leur révélation peut être comparée à la lumière que la lune répand sur la terre. Bien que, chaque fois qu’elle paraît, elle donne de son éclat une mesure nouvelle, sa splendeur inhérente reste cependant la même et sa clarté ne peut s’éteindre.

Il en ressort avec évidence que toute apparente variation dans l’intensité de la lumière apportée par les divers prophètes n’est pas inhérente à cette lumière même, mais qu’elle doit être imputée à la réceptivité variable d’un monde en perpétuel devenir. Chaque prophète que le tout-puissant Créateur décide d’envoyer aux peuples de la terre reçoit avec son message la mission d’agir de la façon qui convient le mieux au temps dans lequel il apparaît. Dieu, en lui confiant cette mission, a un double objectif : Il se propose d’abord de libérer les enfants des hommes des ténèbres de l’ignorance, de les guider vers la lumière de la vraie compréhension, et ensuite d’assurer la paix et la tranquillité de l’humanité, en lui fournissant tous les moyens par lesquels elles peuvent être établies.

Les prophètes de Dieu doivent être considérés comme des médecins dont la tâche est d’accroître le bien-être du monde et de ses peuples, afin de guérir, par l’esprit d’unité, la maladie d’une humanité divisée.

Personne n’a le droit de mettre en doute leurs paroles ni de dénigrer leur conduite, car ils sont les seuls qui puissent prétendre avoir compris le patient et diagnostiqué exactement sa maladie. Il n’est point d’homme, si intelligent soit-il, à qui il soit permis d’atteindre les sommets où s’est élevée la sagesse du Médecin divin. Rien d’étonnant, en conséquence, si ce Médecin prescrit aujourd’hui un remède différent de celui qu’il a ordonné autrefois.

Comment en pourrait-il être autrement, alors que la maladie exige pour chacune de ses phases un traitement particulier ? De même, toutes les fois que les prophètes de Dieu illuminent le monde de l’éclat resplendissant du soleil de la science divine, c’est invariablement par les moyens les plus convenables à l’âge où ils apparaissent qu’ils appellent ses peuples à embrasser la lumière de Dieu. Ils peuvent de la sorte dissiper les ténèbres de l’ignorance et répandre sur le monde la gloire de leur science. Et comme, d’autre part, leur seul et unique objet a toujours été, dans toutes les révélations, de guider les égarés et d’apporter la paix aux affligés, c’est vers leur essence intime que tout homme doué de discernement doit d’abord tourner ses regards. L’état présent du monde n’est pas celui du triomphe et de la prospérité. L’humanité tout entière est en proie à de multiples maladies. Qu’on s’efforce donc de lui sauver la vie au moyen du remède bienfaisant préparé par la main toute-puissante de l’infaillible Médecin.

Passons maintenant à ta question concernant la nature de la religion. Sache, pour commencer, que ceux qui sont vraiment sages ont comparé le monde au temple humain. Et de même que le corps de l’homme a besoin d’un habit pour le vêtir, de même le corps de l’humanité doit être paré du manteau de la justice et de la sagesse. Son vêtement est la révélation qui lui est envoyée de Dieu. Dès que ce vêtement a rempli son objet, le ToutPuissant le remplace. Car une mesure nouvelle de la lumière de Dieu est nécessaire à chaque âge. Et chaque révélation divine a été dispensée et dosée dans les conditions qui convenaient le mieux à l’âge où elle apparaissait.

Pour ce qui est de ta question relative à ce qu’ont pu dire les dirigeants des anciennes religions, tout homme sage écartera sans aucun doute un sujet aussi vain. Le Créateur incomparable tire tous les hommes d’une même substance et exalte leur réalité essentielle au-dessus de tout le reste de ses créatures. Succès ou échec, gain ou perte dépendent en conséquence de leurs propres efforts. Plus grands seront ces efforts, et plus ils progresseront. Nous voulons espérer que les ondées printanières de la générosité divine feront jaillir de leurs cœurs les fleurs de la véritable compréhension et les purifieront de toutes souillures terrestres.

XXXV

Réfléchis un instant. À chaque révélation, qu’est-ce qui pousse les peuples de la terre à rejeter la Manifestation du Très-Miséricordieux ? Qu’est-ce qui les incite à se détourner de lui et à récuser son autorité ? Si les hommes voulaient méditer sur les paroles qui ont coulé de la plume du divin Ordonnateur des choses, ils se hâteraient tous, sans exception, d’embrasser la vérité de ce don de Dieu qu’est la révélation éternelle, et ils rendraient témoignage à ce qu’il a lui-même solennellement affirmé. Mais aux jours des Manifestations de l’unité de Dieu et des Sources de sa gloire éternelle, le voile des vaines imaginations s’interpose entre elles et le reste de l’humanité, et il en sera toujours ainsi. Car en ces jourslà, celui qui est l’éternelle Vérité se manifeste conformément à ce qu’il a lui-même décidé, et non selon les désirs et les attentes des hommes. Ainsi qu’il est révélé : « Parce que les apôtres viennent à vous, apportant ce qui va à l’encontre de vos désirs, continuerez-vous à vous enfler d’orgueil, traitant les uns d’imposteurs et massacrant les autres ? “

Il n’est pas douteux que si, dans les âges et cycles passés, ces apôtres eussent répondu aux vaines idées que les hommes se faisaient d’eux, nul n’aurait répudié la vérité apportée par ces êtres sanctifiés. Bien qu’invoquant jour et nuit le seul vrai Dieu et profondément engagés dans la dévotion, de tels hommes ne surent finalement pas reconnaître la grâce de ces Aurores des signes de Dieu, ces Manifestations de ses preuves irréfutables. De cela, tu le sais parfaitement, les Écritures portent témoignage.

Considère la révélation de Jésus-Christ. Vois comment les savants de cette génération, bien qu’ils eussent ardemment souhaité la venue du Promis de Dieu, le renièrent. Anne, le plus savant des religieux de son temps, comme Caïphe le grand-prêtre, le dénoncèrent et prononcèrent contre lui la sentence de mort.

De même, quand apparut Muḥammad, le Prophète de Dieu - puissent tous les hommes s’offrir à lui en sacrifice, - les savants de La Mecque et de Médine, dès les premiers jours de sa révélation, se rebellèrent et rejetèrent son message, tandis que les humbles et les ignorants reconnaissaient et embrassaient sa foi. Réfléchis un moment.

Considère comment Balál, l’Éthiopien, tout illettré qu’il fut, s’éleva jusqu’au ciel de la foi et de la certitude, cependant que ‘Abdu’lláh-Ubayy, un des premiers parmi les savants, s’opposait malignement à lui. Admire comment un simple berger, en entendant la parole divine, fut ravi d’une telle extase qu’il en obtint l’accès à la demeure du Bien-Aimé et se trouva uni à celui qui est le Seigneur de l’humanité, alors que ceux qui s’enorgueillissaient de leur science et de leur sagesse s’écartaient de son chemin et restaient privés de sa grâce. C’est pourquoi il est écrit : « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé. » On trouve des références à ce thème dans la plupart des Livres saints, aussi bien que dans la tradition orale des prophètes et messagers de Dieu.

Je vous le dis, en vérité, telle est la grandeur de cette cause que le père fuit son fils, et le fils fuit son père. Rappelez-vous l’histoire de Noé et de Canaan. Dieu veuille qu’en ces jours de célestes délices, vous ne vous priviez pas des douces saveurs du Très-Glorieux, et qu’en ce printemps spirituel, vous ayez votre part des torrents de sa grâce. Levez-vous au nom de celui qui est l’objet de toute connaissance et, dans un absolu détachement du savoir humain, élevez la voix pour proclamer sa cause. Je le jure par le soleil de la révélation divine ! À l’instant même, vous verrez jaillir de vos cœurs un flot de science divine et vous contemplerez les merveilles de sa céleste sagesse qui, dans toute leur gloire, se dérouleront à vos yeux. Si vous goûtiez à la douceur des paroles du Très-Miséricordieux, vous n’hésiteriez pas à renoncer à vous-mêmes et à offrir vos vies pour l’amour du Bien-Aimé.

Qui pourra jamais croire que ce serviteur de Dieu ait à aucun moment nourri dans son cœur le désir de quelque honneur ou bénéfice terrestre ? La cause à laquelle son nom est associé se trouve tellement au-dessus des choses transitoires de ce monde ! Voyez-le dans cette Très-Grande-Prison, exilé, victime de la tyrannie, assailli de toutes parts par ses ennemis qui le persécuteront jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, ce qu’il vous dit est dit uniquement pour l’amour de Dieu afin que les peuples de la terre purifient leurs cœurs de la souillure des désirs mauvais, en déchirent le voile et parviennent ainsi à la connaissance du seul vrai Dieu, qui constitue le rang le plus sublime auquel un homme puisse aspirer. Qu’ils croient ou non en ma cause, cela ne saurait me profiter ou me nuire. C’est uniquement pour l’amour de Dieu que nous les adjurons. Et Dieu, lui, n’a besoin d’aucune de ses créatures.

XXXVI

À Fatḥ-i-Á’z∂am.

Sache que lorsque le Fils de l’homme rendit son âme à Dieu, toute la création fut secouée d’un long sanglot. Pourtant il avait, en se sacrifiant, insufflé dans toutes choses créées une capacité nouvelle. Les preuves qu’ont eues de lui tous les peuples de la terre sont aujourd’hui manifestes devant toi. La plus profonde sagesse exprimée par les plus sages des hommes, les plus hautes connaissances acquises par les plus savants d’entre eux, les arts produits par les mains les plus habiles, l’influence exercée par les plus puissants des monarques ne sont que des manifestations du pouvoir vivifiant libéré par son esprit transcendant, omnipénétrant et resplendissant.

Nous attestons que lorsqu’il apparut au monde, il répandit sur toutes choses créées la splendeur de sa gloire. Par lui, le lépreux guérit de la lèpre de l’ignorance et de la perversité.

Par lui, le débauché et le pervers furent purifiés. Par le pouvoir qu’il tenait du Dieu ToutPuissant, les yeux des aveugles s’ouvrirent et l’âme des pécheurs fut sanctifiée.

Peut être qualifié de lèpre tout voile qui s’interpose entre l’homme et la reconnaissance du Seigneur, son Dieu. Et quiconque s’exclut délibérément de Dieu est un lépreux dont le souvenir ne sera point rappelé dans le royaume du Tout-Puissant, le Magnifié. Nous attestons que, par le pouvoir du Verbe de Dieu, tout lépreux cessa d’être impur, toute maladie fut guérie et toute infirmité humaine abolie. Il est celui qui purifia le monde. Béni est l’homme qui se tourne vers lui avec un visage rayonnant de lumière !

XXXVII

Kitáb-i-Aqdas.

Heureux l’homme qui professe la croyance en Dieu et en ses signes et qui reconnaît « qu’il ne lui sera pas demandé compte de ses actes ». Dieu a fait de cette reconnaissance l’ornement et le fondement même de toute croyance. C’est d’elle que dépend l’acceptation de toute bonne action. Ne perdez point cela de vue afin que les murmures du rebelle ne vous fassent pas trébucher.

S’il décrète licite ce qui fut interdit de temps immémorial et interdit ce qui fut depuis toujours considéré comme permis, nul n’a le droit de contester son autorité. Quiconque hésite, ne serait-ce qu’un instant, doit être considéré comme transgresseur.

Quiconque ne reconnaît pas cette vérité sublime et fondamentale et ne peut atteindre ce rang exalté sera agité par les vents du doute, et les propos des infidèles troubleront son âme. Celui qui reconnaît ce principe sera doté de la plus parfaite constance. Honneur à ce rang très glorieux dont le souvenir orne chaque Tablette exaltée. Tel est l’enseignement que Dieu vous donne, qui vous délivrera de toute espèce de doute et de perplexité, et qui vous permettra d’obtenir le salut en ce monde et dans l’autre. Il est, en vérité, le Magnanime, le Très-Généreux. C’est lui qui envoie les Messagers et fait descendre les Livres pour proclamer : « Il n’est d’autre Dieu que moi, le Tout-Puissant, le Très-Sage ».

XXXVIII

À Muḥammad Ibráhím-i-Khalíl.

Sache, à n’en point douter, qu’à chaque dispensation, la lumière de la révélation divine est dosée aux hommes en raison directe de leur capacité spirituelle. Considère le soleil. Combien faibles sont ses rayons quand il paraît à l’Orient, et comme sa chaleur et sa puissance vont croissant à mesure qu’il approche de son zénith, ménageant ainsi à toutes choses créées la possibilité de s’adapter à l’intensité croissante de sa lumière. Et comme il décline graduellement jusqu’à ce qu’il atteigne le point où il se couche. S’il manifestait tout d’un coup les énergies qui sont en lui latentes, nul doute qu’il en résulterait un dommage pour toutes choses créées. […] De même, si dès les premiers stades de sa manifestation, le Soleil de vérité révélait soudain la pleine mesure des forces dont l’a doté la providence du Tout-puissant, la terre de l’intelligence humaine dépérirait et serait consumée, car jamais le cœur des hommes ne pourrait soutenir l’intensité d’une telle révélation ni, par conséquent, refléter l’éclat de sa lumière. Consternés et accablés, ils cesseraient d’exister.

XXXIX

Súratu’d-Damm, à Muḥammad-i-Zarandí (Nabíl-i-A‘z∂am).

Loué sois-tu, ô Seigneur, mon Dieu, pour les merveilleuses révélations de ton décret impénétrable et pour la multitude des maux et des épreuves que tu m’as réservés. Tu m’as une fois livré aux mains de Nemrod, et tu as, une autre fois, permis à Pharaon de me persécuter. Tu es seul à pouvoir estimer, par ta science qui embrasse toutes choses et par l’opération de ta volonté, les afflictions incalculables dont j’ai souffert en leurs mains. Tu m’as ensuite jeté dans la geôle réservée aux impies, pour la seule raison que j’avais fait à l’oreille des habitants les plus dignes de ton royaume une timide allusion à la vision que tu m’avais envoyée, en m’en révélant par le pouvoir de ta puissance le sens intime et caché.

Puis tu as décrété que j’aurais la tête tranchée par l’épée des infidèles. Et j’ai été de surcroît crucifié pour avoir dévoilé aux hommes les perles cachées de ta glorieuse unité, et révélé à leurs yeux les signes merveilleux de ton pouvoir souverain et éternel. Qu’amères furent plus tard les humiliations accumulées sur ma tête dans la plaine de Karbilá ! Quel fut, là, mon isolement au milieu de ton peuple ! À quel état d’abandon y fus-je réduit ! Mais non contents de ces indignités, mes persécuteurs me décapitèrent et, portant haut ma tête de pays en pays, ils en firent parade devant la multitude des infidèles et la déposèrent en trophée aux pieds des pervers et des mécréants. Ma poitrine fut, par la suite, offerte en cible aux traits cruels de mes ennemis, mes membres criblés de balles, et tout mon corps déchiré. Et vois comment, en ce jour, mes perfides ennemis se sont finalement ligués contre moi et ne cessent de comploter en vue d’instiller dans l’âme de tes serviteurs le venin de la malignité et de la haine. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour atteindre leur but. […] Mais pour cruel que soit mon sort, je te rends grâces, ô mon Dieu, et mon cœur est rempli de gratitude pour tout ce qui m’est advenu dans le chemin de ton bon plaisir. Je suis heureux de tout ce que tu as ordonné pour moi, et bienvenues me seront, si affligeantes qu’elles puissent être, toutes les peines dont tu voudras encore m’accabler.

XL

Ô mon Bien-Aimé ! tu as insufflé en moi ton souffle, et tu m’as ainsi séparé de moimême.

Puis, tu as décrété qu’au milieu des pervers et des envieux, il ne serait laissé en moi qu’un faible reflet, un simple emblème de ta réalité. Vois comment, trompés par cet emblème, ils se sont levés contre moi et ont amoncelé sur ma tête leurs négations !

Découvre-toi donc, ô mon Bien-Aimé, et délivre-moi de mon malheureux sort.

Alors une voix répondit : « J’aime, je chéris tendrement cet emblème. Comment pourrais-je souffrir que mes yeux soient seuls à le voir, qu’aucun autre cœur que le mien ne le reconnaisse ? Par ma beauté qui est la même que ta beauté, je voudrais plutôt te cacher à mes propres yeux, et combien plus aux yeux des hommes ! “

Je me préparais à répondre, quand soudain la tablette se trouva terminée, laissant mon thème inachevé, et hors du collier la perle qui allait s’y ajouter.

XLI

À Abu’l-Ḥasan Fi’sh-Shín.

Dieu m’est témoin, ô peuple ! J’étais endormi sur ma couche lorsque la brise divine, passant sur moi, me tira de mon sommeil. Je me sentis ranimé par son esprit vivifiant qui délia ma langue pour lancer son appel. Ne m’accusez pas d’avoir transgressé l’ordre de Dieu. Ne me voyez pas par vos yeux, mais par les miens. Ainsi vous adjure celui qui est le Très-Gracieux, l’Omniscient. Ô peuple, croyez-vous que je revendique le pouvoir de contrôler la volonté et le dessein de Dieu ? Loin, bien loin de moi pareille prétention ! Je l’atteste devant Dieu, le Tout-Puissant, le Sublime, l’Omniscient, le Très-Sage : Le sort définitif de la foi divine eût-il dépendu de moi seul, que je n’aurais jamais, de ma propre initiative, consenti à me manifester devant vous ni permis qu’un seul mot tombât de mes lèvres. De cela, Dieu lui-même m’est témoin.

XLII

Paroles caches.

Ô fils de justice ! À la nuit, la beauté de l’être immortel se rendit des hauteurs émeraude de la fidélité au Sadratu’l-Muntahá et versa tant de larmes que l’assemblée suprême et les habitants des royaumes célestes gémirent de ses lamentations. Et comme on lui demandait : pourquoi ces pleurs et ces lamentations ? il répondit : selon l’ordre reçu, j’attendais sur la colline de la loyauté, mais je n’ai pas senti le parfum de la fidélité chez les habitants de la terre. Alors, invité à repartir je regardais, et voilà que des colombes de sainteté étaient meurtries entre les griffes des chiens de la terre. Sur ce, la Vierge céleste, sans voile et resplendissante, se précipita hors de son palais mystique, demanda leurs noms et tous furent donnés sauf un. Sur son insistance, la première lettre en fut prononcée.

Aussitôt, les habitants des retraites célestes s’élancèrent hors de leurs demeures de gloire.

Et tandis que la seconde lettre était énoncée, tous, sans exception, se prosternèrent dans la poussière. Alors, sortant du saint des saints, une voix se fit entendre : « jusque-là et pas plus loin ! » En vérité, nous sommes témoins de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils font encore.

XLIII

Lawḥ-i-Dunyá (Acre), à Mullá ‘Alí Akbar-i-Ayádí et Abu’l-Ḥasan Amín.

Ô Afnán, ô toi qui es issu de mon ancienne racine, sur toi demeurent à jamais ma gloire et ma tendre bonté. Que vaste est le tabernacle de la cause de Dieu ! Il couvre de son ombre les peuples et les phratries de la terre, et le temps n’est pas éloigné où il rassemblera sous sa protection l’humanité tout entière. L’heure est maintenant venue pour toi de servir.

D’innombrables tablettes attestent les bienfaits dont tu fus gratifié. Lève-toi pour le triomphe de ma cause et, par le pouvoir de ta parole, subjugue le cœur des hommes. Offreleur ce qui doit assurer la paix et le bien-être du pauvre et de l’opprimé, ceins tes reins en vue de libérer le captif de ses chaînes et de le rendre capable d’atteindre à la vraie liberté.

En ce jour, la justice se lamente sur son triste sort et l’équité gémit sous le joug de l’oppression. Les épais nuages de la tyrannie assombrissent la face de la terre et enveloppent tous ses peuples. Par le mouvement de notre plume de gloire, nous avons, sur l’ordre du tout-puissant Ordonnateur des choses, insufflé dans chaque être humain un renouveau de vie et instillé dans chaque mot une puissance nouvelle. Toutes choses créées proclament les signes de cette régénération mondiale. Telle est la grande, la joyeuse nouvelle qu’apporte à l’humanité la plume de cette innocente victime. Pourquoi avez-vous peur, ô mes bien-aimés ? Qui pourrait vous effrayer ? La moindre humidité suffit à dissoudre la glaise durcie dans laquelle est modelée cette génération perverse. Le seul fait de vous rassembler suffit à briser les forces de ces êtres méprisables et vains. […]

Tout homme éclairé reconnaîtra volontiers en ce jour que les conseils révélés par la plume de cet Opprimé constituent la puissance animatrice suprême pour l’évolution du monde et l’exaltation de ses peuples. Ô peuples, levez-vous et, par le pouvoir de la puissance de Dieu, prenez la résolution de vaincre votre ego, dans l’espoir qu’un jour la terre entière soit sanctifiée et libérée de la servitude où la tiennent les dieux de ses vaines chimères - dieux qui ont infligé de si grandes pertes à leurs malheureux adorateurs et qui sont responsables de leur misère. Ces idoles constituent l’obstacle qui freine l’homme dans ses efforts pour avancer dans la voie de la perfection. Nous caressons l’espoir que la Main de la puissance divine vienne en aide à l’humanité et la délivre de son état de profonde humiliation. Dans une des tablettes, ces mots furent révélés : Ô peuple de Dieu ! oubliez vos propres soucis ; que vos pensées soient fixées sur ce qui réhabilitera le destin de l’humanité et sanctifiera le cœur et l’âme des hommes. La meilleure façon d’y parvenir est de poser des actes purs et saints, de mener une vie vertueuse et d’avoir un comportement noble.

Des actes valeureux assureront le triomphe de cette cause, et un saint caractère renforcera sa puissance. Attachez-vous à la droiture, ô peuple de Bahá ! Tel est, pour chacun d’entre vous, le commandement que cet Opprimé vous donne et le choix premier de sa volonté incoercible.

Ô mes amis ! il vous appartient de rafraîchir et de raviver vos âmes par les gracieuses faveurs qui pleuvent sur vous en cet émouvant printemps divin. Le soleil de sa grande gloire a posé ses rayons sur vous et les nuages de sa grâce sans limite vous couvrent de leur ombre. Quelle est prodigue la récompense de celui qui ne se prive pas d’une si grande munificence, et qui ne manque pas de reconnaître, en sa nouvelle parure, la beauté de son Bien-Aimé ! Veillez, car le Malin est là, qui attend, prêt à vous prendre au piège. Protégezvous de ses artifices perfides et, guidés par la lumière du nom de Dieu, le Clairvoyant, sortez des ténèbres qui vous environnent. Que votre vision soit universelle plutôt que confinée à vous-mêmes. Le Malin est celui qui entrave l’essor et le progrès spirituel des enfants des hommes.

En ce jour, il incombe à tout homme de s’attacher à ce qui est propre à servir les intérêts et à exalter la condition de toutes les nations et de tout gouvernement juste.

Chacun des versets révélés par la Plume du Très-Haut a grand ouvert les portes de l’amour et de l’unité à la face des hommes. Nous avons déjà déclaré - et notre parole est la vérité : « Fréquentez les fidèles de toutes les religions dans un esprit d’amitié et de camaraderie. “

Tout ce qui était une cause d’éloignement, de trouble et de discorde entre les enfants des hommes est annulé et aboli par la révélation de ces paroles. Le plus puissant instrument d’éducation de l’espèce humaine a été envoyé du ciel de la volonté divine pour ennoblir le monde de l’existence et élever l’âme et l’esprit des hommes. Et de ce ciel de la volonté du Dieu éternel et tout-puissant, sont descendues, par cette puissante révélation, la plus pure essence et l’expression la plus parfaite de tout ce qui a été dit ou écrit dans le passé. Il a été jadis révélé : « L’amour de la patrie est un élément de la foi en Dieu. » Mais au jour de sa manifestation, la Langue de grandeur proclame : « La gloire n’est pas pour celui qui aime son pays mais pour celui qui aime le monde entier. » Par la puissance que dégagent ces paroles sublimes, il a donné et imprimé aux mouvements ailés du cœur de l’homme une impulsion et une orientation nouvelles, et du même coup effacé du saint Livre de Dieu toute trace de restriction et de limitation.

Ô peuple de justice ! brillez comme la lumière et resplendissez comme le feu qui brûlait dans le Buisson ardent. L’éclat du feu de votre amour ne peut que réunir et unifier les peuples et les familles de la terre qui s’affrontent, alors que la fureur de la flamme de l’inimitié et de la haine ne peut qu’entraîner conflit et ruine. Nous prions Dieu qu’il garde ses créatures des mauvais desseins de ses ennemis. Il a, en vérité, pouvoir sur toutes choses.

Toute louange au seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire ! - pour avoir, par la Plume du Très-Haut, ouvert la porte du cœur des hommes. Chacun des versets révélés par cette Plume est un brillant portail qui montre les gloires d’une vie sainte et pieuse, et d’actes purs et sans tache. Nos appels et notre message n’ont jamais été destinés au bénéfice exclusif de tel pays ou de tel peuple. C’est toute l’humanité qui doit adhérer fermement à ce qui lui a été révélé et octroyé. Alors, et alors seulement, elle atteindra à la vraie liberté. Toute la terre est illuminée de la gloire resplendissante de la révélation divine. Celui qui, en l’an soixante, fut le héraut de la lumière de la direction divine - puisse toute la création lui être offerte en sacrifice ! -, se leva pour annoncer une révélation nouvelle de l’Esprit divin ; vingt ans plus tard, il fut suivi par l’arrivée de celui dont la venue faisait du monde le bénéficiaire de cette gloire promise, de cette merveilleuse faveur. Admirez comment toute l’humanité a été dotée de la capacité d’entendre la parole sublime de Dieu, de laquelle dépendent le rassemblement et la résurrection spirituelle de tous les hommes. […]

Ouvrez vos cœurs, ô peuple de Dieu, aux conseils de votre véritable, votre incomparable Ami. La parole de Dieu peut être comparée à un jeune arbre dont les racines plongent dans le cœur des hommes. Il vous appartient de favoriser sa croissance par les eaux vivifiantes de la sagesse, par des paroles saintes et sanctifiées, afin que ses racines puissent s’ancrer fermement et ses branches se déployer aussi haut que le ciel, et au-delà.

Ô vous qui vivez sur la terre ! le trait marquant du caractère prééminent de cette révélation suprême est que nous avons, d’une part, effacé des pages du Livre saint de Dieu tout ce qui était la cause de conflits, de malveillances et de troubles parmi les enfants des hommes et que, d’autre part, nous avons posé les principes essentiels de la concorde, de la compréhension, de l’unité complète et durable. Heureux ceux qui observent mes ordonnances.

À maintes reprises, nous avons adjuré nos aimés d’éviter, mieux, de fuir tout ce qui peut avoir des relents de discorde. Le monde est en désarroi et la dernière confusion règne dans l’esprit de ses habitants. Nous implorons le Tout-Puissant pour qu’il les illumine, par sa grâce, de la gloire de sa justice et leur permette de découvrir ce qui leur sera profitable en tous temps et en toutes circonstances. Il est en vérité l’Omnipossédant, le Très-Haut.

XLIV

À Ismá‘íl (de Zarqán)

Ne rejetez pas la crainte de Dieu, ô doctes du monde, et jugez avec équité la cause de cet illettré dont tous les Livres de Dieu, le Protecteur, l’Absolu, se sont portés garants. […]

La peur de déplaire à celui qui n’a ni pair ni égal ne vous éveillera-t-elle point ? Jamais celui à qui l’on a fait tort ne s’est mêlé à vous. Il n’a jamais étudié vos écrits, ni participé à vos disputes. Le vêtement même qu’il porte, ses boucles flottantes, sa coiffure attestent la vérité de ses paroles. Jusqu’à quand persisterez-vous dans votre injustice ? Voyez la demeure imposée à celui qui est l’incarnation de la justice. Ouvrez les yeux, considérez quel est son sort et méditez avec application sur ce que vos mains ont accompli, afin de n’être pas privés de la lumière de son verbe divin, ni frustrés de votre part de l’océan de sa science.

Certains parmi les grands de ce monde et parmi le bas peuple ont objecté que cet Opprimé n’appartient pas à l’ordre ecclésiastique ni ne descend du prophète. Dis : Ô vous qui vous dites justes ! réfléchissez un instant et vous reconnaîtrez que son état est infiniment exalté au-dessus de celui que vous prétendez qu’il devrait posséder. La volonté du Tout-Puissant a décrété que ce serait d’une maison entièrement dépourvue de tout ce que possèdent les religieux, docteurs, sages et savants que sa cause procéderait et se manifesterait.

Le souffle de l’Esprit divin l’ayant réveillé, lui ordonna de se lever pour proclamer sa révélation. Et voici qu’à peine tiré de son sommeil, il éleva la voix et appela à Dieu, le Seigneur des mondes, l’humanité tout entière. Nous avons été incité à révéler ces paroles en considération de la faiblesse et de la fragilité des hommes ; autrement, la cause que nous proclamons est telle qu’aucune plume ne pourrait la décrire ni aucun esprit en concevoir la grandeur. De cela porte témoignage celui qui possède le Livre Mère.

XLV

À Muḥammad Qabl-i-Riḍá.

Celui qui est la Beauté ancienne s’est laissé charger de chaînes pour que l’humanité soit libérée de son esclavage, et il a accepté d’être emprisonné dans cette puissante forteresse pour que le monde entier parvienne à la vraie liberté. Il a bu jusqu’à la lie le calice du chagrin afin que tous les peuples de la terre atteignent à la joie éternelle et soient remplis d’allégresse ; ceci est dû à la miséricorde de votre Seigneur, le Compatissant, le TrèsMiséricordieux.

Nous avons, ô croyants en l’unité de Dieu, accepté d’être abaissé pour que vous soyez exaltés, et nous avons souffert une multitude d’afflictions pour que vous deveniez florissants et prospères. Or, voyez comment ceux qui donnent des associés à Dieu ont forcé d’habiter la plus désolée des cités celui-là même qui est venu reconstruire le monde.

XLVI

À Mírzá ‘Alí-Naqí.

Je ne me plains pas du fardeau de mon emprisonnement, ni ne m’afflige de mon abaissement ou de la souffrance que j’endure aux mains de mes ennemis. Par ma vie, c’est là ma gloire, une gloire dont le Seigneur a orné son propre Soi, si vous le saviez !

L’affront qu’on m’a fait subir a révélé la gloire dont la création est investie. Et par les cruautés que j’ai subies, le soleil de la justice se manifeste et répand sa splendeur sur les hommes.

J’ai de la peine pour ceux qui, s’abandonnant à leurs passions corrompues, prétendent pourtant s’associer à la foi de Dieu, le Clément, le Loué.

Il convient au peuple de Bahá de mourir au monde et à tout ce qu’il contient, d’être si détaché des choses terrestres que les habitants du paradis respirent sur leurs vêtements le délicieux parfum de la sainteté, et que tous les peuples reconnaissent sur leurs visages l’éclat du Très-Miséricordieux ; ainsi, ils pourront répandre au loin les signes de Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Sage. Ils sont manifestement dans l’erreur ceux qui, cédant aux inclinations de la chair, ont terni le beau nom de la cause de Dieu.

XLVII

Ô juifs ! si vous voulez crucifier une seconde fois Jésus, l’Esprit de Dieu, mettez-moi à mort, car il s’est, en ma personne, manifesté à vous une fois de plus. Traitez-moi comme il vous plaira, car j’ai fait vœu de sacrifier ma vie dans le chemin de Dieu. Je ne crains personne, même si toutes les puissances de la terre se liguent contre moi. Et vous, disciples de l’Évangile, s’il vous plaît de tuer Muḥammad, l’Apôtre de Dieu, saisissez-vous de moi et mettez-moi à mort, car je suis lui et ma personne est identique à sa personne.

Traitez-moi selon votre bon plaisir, car la plus profonde aspiration de mon cœur est d’accéder à la présence de mon Bien-Aimé, dans son royaume de gloire. Tel est le divin décret, si vous voulez le savoir. Et vous, disciples de Muḥammad, si vous vous sentez le désir de cribler de traits la poitrine de celui qui vous a révélé son livre, le Bayán, portez les mains sur moi et persécutez-moi car je suis son Bien-Aimé, la manifestation de sa propre personne, quoique mon nom ne soit pas son nom. Je suis venu enveloppé des nuées de la gloire et Dieu m’a investi d’une souveraineté invincible. En vérité, il est le Vrai, le Connaisseur des choses cachées. J’attends de vous le traitement que vous avez accordé à celui qui est venu avant moi. De cela toutes choses portent témoignage, si vous êtes de ceux qui écoutent. Et vous, enfin, disciples du Bayán, si vous avez résolu de verser le sang de celui dont le Báb a proclamé la venue, de qui Muḥammad a prophétisé l’avènement après que Jésus-Christ lui-même en eut annoncé la révélation, me voici devant vous, tout prêt et sans défense. Agissez envers moi selon votre bon plaisir.

XLVIII

À Jináb-i-Mírzá Dhabíh.

Dieu m’en est témoin ! Si je n’allais pas ainsi à l’encontre de ce qu’ont décrété les tablettes divines, je baiserais volontiers les mains de quiconque voudrait répandre mon sang dans le chemin du Bien-Aimé. De surcroît, je lui ferais don d’une part des biens terrestres que Dieu m’a permis de posséder, bien que celui qui accomplirait un tel acte provoquerait la colère divine, encourrait sa malédiction et mériterait d’être tourmenté durant l’éternité de Dieu, l’Omnipossédant, l’Équitable, le Très-Sage.

XLIX

Sachez, en vérité, que toutes les fois que cet Adolescent tourne les yeux vers luimême, il se juge l’être le plus insignifiant de toute la création. Mais lorsqu’il contemple le resplendissant éclat qu’il a reçu le pouvoir de manifester, son être se transfigure à ses yeux en une souveraine puissance imprégnant l’essence de toutes choses, tant visibles qu’invisibles. Gloire à celui qui, par le pouvoir de la vérité, a envoyé la manifestation de son propre Soi, et l’a chargée de porter son message à toute l’humanité.

L

À ‘Alí-Muḥammad-i-Siráj.

Ô nonchalants, sortez du sommeil de la négligence, pour contempler l’éclat que sa gloire a répandu à travers le monde. Insensés, ceux qui jugent prématurée la venue de sa lumière ! Ô aveugles, tardives ou précoces, les preuves de sa gloire resplendissante sont maintenant manifestes. Il vous incombe seulement de vérifier si cette lumière est, ou non, apparue. Il n’est ni en votre pouvoir ni au mien de fixer l’heure de sa manifestation. La sagesse impénétrable de Dieu en a, d’avance, déterminé le temps. Ô peuple, contentezvous de ce que Dieu a voulu pour vous et à quoi il vous a prédestinés. […] Ô vous qui me voulez du mal ! le soleil de la Voie éternelle m’est témoin que s’il n’eût dépendu que de moi, je n’aurais jamais consenti à me distinguer parmi les hommes, car le nom que je porte dédaigne totalement de se mêler à cette génération de langues souillées et de cœurs perfides. Mais chaque fois que je voulus garder le silence et me tenir en paix, voilà que j’entendis, à ma droite, l’appel de l’Esprit Saint et que l’Être suprême parut devant moi ; Gabriel me couvrit de son ombre et l’Esprit de gloire, s’agitant dans ma poitrine, m’ordonna de me lever et de rompre le silence. Si votre ouïe était purifiée et vos oreilles attentives, vous sentiriez que tous les membres de mon corps, que dis-je ! tous les atomes de mon être portent témoignage de la vérité de cette proclamation : « Hormis Dieu, il n’est point d’autre Dieu, et celui dont la beauté est aujourd’hui manifeste est le reflet de sa gloire aux yeux de tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. »

LI

À Aqá Siyyid Muḥammad-i-Arḍ-i-Yá.

Ô peuple, je le jure par le seul vrai Dieu ! Voici l’Océan d’où procèdent toutes mers et auquel toutes mers seront finalement réunies. De lui, tous les soleils furent engendrés, et à lui tous retourneront. Par sa puissance, les arbres de la révélation divine ont donné leurs fruits, dont chacun fut envoyé en la personne d’un prophète, porteur d’un message aux créatures de Dieu dans chacun des innombrables mondes qu’en son universelle science, Dieu seul est capable de compter. Et tout cela, il l’a accompli par le moyen d’une seule lettre de son Verbe, lettre révélée par sa plume que dirigeait son doigt soutenu par le pouvoir de la divine vérité.

LII

Lawḥ-i-Ashraf (Acre)

Dis : Ô peuple ! ne vous refusez pas la grâce de Dieu et sa miséricorde. Quiconque les rejette en éprouve la perte cruelle. Quoi ! vous adorez la poussière et vous vous détournez de votre Seigneur, le Clément, le Très-Généreux ! Craignez Dieu et ne soyez pas de ceux qui périssent. Dis : Le livre de Dieu est envoyé en la personne de cet Adolescent. Sanctifié soit Dieu, le plus excellent des Créateurs ! Gardez-vous, ô peuples du monde, de vous détourner de sa face. Au contraire, hâtez-vous d’accéder à sa présence et d’être de ceux qui lui sont revenus. Implorez le pardon pour avoir failli à votre devoir envers Dieu, pour avoir péché contre sa cause, et ne soyez pas du nombre des insensés. C’est lui qui vous a créés, lui qui a nourri vos âmes par sa Cause et qui vous a rendus capables de reconnaître celui qui est le Tout-Puissant, l’Exalté, l’Informé. C’est lui encore qui a dévoilé à vos yeux les trésors de sa science et vous a fait monter au ciel de la certitude de sa foi irrésistible, irréfutable et sublime. Veillez à ne pas vous priver de la grâce de Dieu, à ne pas réduire vos œuvres à néant, à ne pas répudier cette révélation évidente, noble, brillante et glorieuse.

Jugez avec équité la cause de Dieu, votre Créateur, voyez ce qui est envoyé du trône céleste, et méditez d’un cœur sanctifié et innocent. Alors, la vérité de cette cause vous apparaîtra aussi manifeste que la gloire du soleil en plein midi. Alors, vous serez du nombre de ceux qui ont cru en lui.

Dis : La toute première preuve de sa vérité est sa propre personne. Vient ensuite sa révélation. Et pour ceux qui ne reconnaissent ni l’une ni l’autre, il a choisi les paroles qu’il a révélées en témoignage même de sa réalité et de sa vérité. Voilà une manifestation de sa tendre miséricorde envers les hommes. Il a doté toute âme de la capacité de reconnaître les signes de Dieu. Autrement, comment eût-il tenu la promesse qu’il avait faite aux hommes ?

Il n’est injuste envers personne et ne charge aucune âme au-delà de ce qu’elle peut supporter. Il est, en vérité, le Compatissant, le Très-Miséricordieux.

Dis : Si grande est la gloire de la cause de Dieu que même les aveugles peuvent la percevoir, et à plus forte raison ceux-là dont la vue est aiguë et la vision pure. Pour incapables qu’ils soient de percevoir la lumière du soleil, les aveugles n’en sentent pas moins la chaleur qu’il dispense. Mais ceux qui, parmi les partisans du Bayán, sont aveugles de cœur se trouvent incapables, aussi longtemps que le soleil brille sur eux, de percevoir l’éclat de sa gloire et de sentir la chaleur de ses rayons, et de cela Dieu m’est témoin.

Dis : Ô peuple du Bayán ! vous avez été choisis dans le monde pour connaître et reconnaître notre Personne. Nous vous avons amenés du côté droit du paradis, tout près du lieu sacré d’où, en de multiples accents, le feu immortel s’écrie : « Il n’est pas d’autre Dieu que moi, le Tout-Puissant, le Très-Haut. » Prenez garde de ne pas vous fermer, comme par un voile, aux rayons de ce Soleil qui brille au-dessus de l’Orient de la volonté de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux, et dont la lumière a tout ensemble embrassé les petits et les grands de la terre. Clarifiez votre vue de telle sorte que vous puissiez percevoir sa gloire de vos propres yeux, sans dépendre à cet égard d’aucun autre que de vous-même, car Dieu n’a jamais chargé aucune âme au-delà de ce qu’elle pouvait supporter. Voilà ce qui fut transmis aux prophètes et aux messagers de l’ancien temps et ce qui se trouve rapporté dans les Écritures.

Efforcez-vous d’obtenir l’accès à cette immensité que Dieu a voulue sans commencement ni fin, où sa voix s’élève et sur laquelle soufflent les brises délicieuses de sainteté et de gloire. Ne vous dépouillez point du vêtement de grandeur, ne souffrez pas que vos cœurs soient frustrés de ne pas se souvenir de votre Seigneur ni que vos oreilles soient privées d’entendre les douces mélodies de sa voix claire et persuasive.

LIII

Lawḥ-i-Naṣír (Acre)

Ô Naṣír, ô mon serviteur ! Dieu, l’éternelle Vérité, m’en est témoin. En ce jour, le céleste Adolescent élève, au-dessus de la tête des hommes, le calice de l’immortalité. Il se tient sur son siège dans l’attente, se demandant quel œil reconnaîtra sa gloire et quel bras résolu se tendra pour saisir, de sa main blanche comme la neige, la coupe de vie pour y boire longuement. Un petit nombre seulement se sont jusqu’ici désaltérés à cette douce et incomparable grâce de l’ancien Roi. Ceux-là occupent les plus hautes demeures du paradis et sont fermement installés sur les sièges d’autorité. Par la justice de Dieu ! ni les miroirs de sa gloire, ni les révélateurs de ses noms, ni aucune chose créée, qui a été ou qui sera, ne pourront jamais les dépasser. Puissiez-vous le comprendre !

Ô Nas∂ir, l’excellence de ce jour dépasse immensément la compréhension des hommes, si étendues que soient leurs connaissances et profond leur entendement ; et comme elle dépasse encore plus les vaines imaginations de ceux qui se sont égarés loin de sa lumière et ont été tenus éloignés de sa gloire ! Si tu déchirais le voile qui t’aveugle grièvement, tu contemplerais une générosité que rien n’a égalé ni n’égalera jamais et à quoi rien n’a ressemblé ni jamais ne ressemblera, depuis le commencement qui n’a pas de commencement jusqu’à la fin qui n’a pas de fin. Quel langage devrait parler l’interprète de Dieu pour que ceux qu’un voile sépare de lui reconnaissent sa gloire ? Les justes qui habitent le royaume céleste boiront en abondance le vin de sainteté en mon nom, le TrèsGlorieux.

Et nul autre qu’eux n’aura part à ce bienfait.

LIV

À Q-Jináb-i-Muḥammad.

Par la droiture de Dieu, mon Bien-Aimé ! je n’ai jamais aspiré à aucun pouvoir temporel. Mon seul objet est de donner aux hommes ce que je suis chargé de leur remettre par Dieu, le Généreux, l’Incomparable, afin que cela les détache de tout ce qui appartient à ce monde et les élève à des hauteurs que l’impie ne peut concevoir ni l’obstiné imaginer.

LV

Lawḥ-i-Arḍ-i-Tá (aux amis bahá’ís)

Souviens-toi, ô Terre de Tá [Téhéran], des jours anciens où ton Seigneur avait fait de toi le siège de son trône et t’avait enveloppée de l’éclat de sa gloire. Combien furent nombreux ces êtres sanctifiés, ces symboles de certitude qui, dans leur grand amour, te sacrifièrent leur vie et tout ce qu’ils possédaient. Joie pour toi, et bonheur pour ceux qui t’habitent ! Car de toi, je l’atteste, - et tout cœur éclairé le sait bien - procède le souffle de vie de celui qui est le Désir du monde. En toi, l’Invisible est révélé, et de toi est tiré au jour ce qui était caché aux yeux des hommes. Parmi la multitude de tes bien-aimés qui versèrent leur sang au-dedans de ton enceinte et dont la poussière repose en ton sol, quel est celui dont nous rappellerons en ce jour le souvenir ? Les doux parfums de Dieu n’ont cessé et ne cesseront jamais d’être répandus sur toi. Notre plume se sent poussée à commémorer ton souvenir et à exalter les victimes de la tyrannie, ces hommes et ces femmes qui dorment sous ton sol.

Parmi eux est notre propre sœur, dont nous rappelons aujourd’hui le souvenir en signe de notre fidélité à sa mémoire, et en gage de la tendresse que nous lui gardons. Que lamentable fut son sort ! Et avec quelle résignation elle retourna à son Dieu ! Nous seul pouvons le savoir, de qui la connaissance embrasse toutes choses.

Ô Terre de Tá, par la grâce de Dieu tu es encore un centre autour duquel s’assemblent ses bien-aimés. Heureux sont-ils, heureux tous ceux qui, lors des souffrances qu’ils endurent dans la voie de Dieu, le Seigneur de ce jour merveilleux, cherchent en toi leur refuge ! Bénis ceux qui n’oublient pas le seul vrai Dieu, qui magnifient son nom et s’efforcent de servir sa cause. C’est à de tels hommes que se réfèrent les anciens Livres sacrés. C’est à eux que le Commandeur des fidèles a prodigué sa louange en disant : « La bénédiction qui les attend dépasse la bénédiction dont nous jouissons aujourd’hui. ». Il a dit ainsi la vérité, et nous en portons témoignage. Toutefois, la gloire de leur condition n’est pas encore dévoilée. Mais la main du pouvoir divin lèvera certainement le voile et exposera à la vue des hommes ce qui est propre à réjouir et à éclairer l’œil du monde tout entier.

Rendez grâces à Dieu, l’éternelle Vérité - exaltée soit sa gloire ! - pour avoir obtenu de lui une faveur si merveilleuse et vous trouver ainsi ornés de la parure de sa louange.

Appréciez tout le prix de ces jours, et attachez-vous à tout ce qui convient à cette révélation. Il est, en vérité, le Conseiller, le Compatissant, l’Omniscient.

LVI

Kitáb-i-Aqdas.

Que rien ne t’attriste, ô terre de ∏á, car Dieu t’a choisie pour être la source de joie de toute l’humanité. Si telle est sa volonté, il bénira ton trône en la personne de celui qui gouvernera avec justice et rassemblera le troupeau de Dieu dispersé par les loups. Un tel souverain se tournera dans la joie et l’allégresse vers le peuple de Bahá, et il étendra sur lui ses faveurs. En vérité, il est, aux yeux de Dieu, comme un joyau parmi les hommes. Sur lui reposent à jamais la gloire de Dieu et la gloire de tous ceux qui demeurent dans le royaume de sa révélation.

Que la joie t’inonde car Dieu, en faisant naître en tes murs la manifestation de sa gloire, a fait de toi « l’aube de sa lumière ». Sois heureuse de ce nom qui t’est conféré, un nom par lequel le Soleil de grâce répand sa splendeur, par lequel la terre et le ciel sont illuminés.

Avant longtemps, l’état de tes affaires changera et les rênes du pouvoir passeront aux mains du peuple. En vérité, ton Seigneur est l’Omniscient. Son autorité embrasse toutes choses. Sois assurée de la bienveillante faveur de ton Seigneur. L’œil de sa tendre bonté est, pour l’éternité, fixé sur toi. Le jour approche où ton agitation se transformera en paix et en tranquillité. Ainsi en est-il décrété dans le Livre merveilleux.

LVII

Lawh-i-Ḥajj (Andrinople), à Muḥammad-i-Zarandí (Nabíl-i-A‘z∂am).

Après avoir quitté la cour de ma présence, dirige, ô Muḥammad, tes pas vers ma maison, [la maison de Bagdad] et visite-la de la part de ton Seigneur. Quand tu en atteins le seuil, arrête-toi et dis : Ô toi, très grande maison de Dieu ! qu’est devenue la Beauté antique, par qui tu devins, selon la volonté de Dieu, le point central d’adoration du monde et qui t’a choisie comme le signe de son souvenir pour tous ceux qui sont sur la terre et dans les cieux ? Oh ! ces jours d’autrefois où toi, maison de Dieu, tu devins son marchepied, ces jours où tu résonnais des accents ininterrompus de la mélodie du Très-Miséricordieux !

Qu’est-il advenu de ton joyau dont la gloire irradiait toute la création ? Où sont les jours où lui, l’ancien Roi, avait fait de toi le trône de sa gloire, les jours où il t’avait choisie entre toutes pour être la lampe rédemptrice entre le ciel et la terre, et pour répandre, à l’aube et le soir, le suave parfum du Très-Glorieux ?

Ô maison de Dieu, où est le Soleil de puissance et de majesté qui t’avait enveloppée de l’éclat de sa présence ? Où est l’aube des tendres miséricordes de ton Seigneur, l’Indépendant, qui avait établi son siège en ton enceinte ? Ô trône de Dieu, qu’est-ce qui a pu ainsi altérer ton aspect et faire trembler tes piliers ? Qu’est-ce qui a fermé ta porte à la face de ceux qui te cherchaient avidement ? Qu’est-ce qui t’a réduite à une telle désolation ? T’aurait-on dit que le Bien-Aimé est en fuite devant les épées de ses ennemis ?

Que le Seigneur te bénisse et qu’il bénisse la fidélité que tu lui as gardée en demeurant sa compagne à travers ses malheurs et ses souffrances.

J’atteste que tu es le théâtre de sa gloire transcendante et sa plus sainte habitation.

De toi est parti ce souffle du Très-Glorieux qui a passé sur toute la création et rempli de joie le cœur des croyants habitant les demeures du paradis. L’Assemblée suprême et ceux qui occupent les cités des noms de Dieu pleurent sur toi et se lamentent sur les malheurs qui te sont advenus.

Tu es toujours le symbole des noms et attributs du Tout-Puissant, le point où se dirigent les regards du Seigneur de la terre et des cieux. Il t’est arrivé ce qui arriva à l’arche d’alliance où le gage de sécurité donné par Dieu se trouvait enfermé. Heureux qui saisit le sens de ces paroles et reconnaît le dessein de celui qui est le Seigneur de toute la création.

Heureux ceux qui respirent les doux parfums du Miséricordieux se dégageant de toi !

Heureux ceux qui reconnaissent ton éminence, sauvegardent ta sainteté et révèrent en tout temps ta condition. Nous supplions le Tout-Puissant de permettre à ceux qui se sont détournés de toi et ont ainsi été incapables d’apprécier ta valeur, de finalement te reconnaître, ainsi que celui qui, par le pouvoir de la vérité, t’a élevé à de si hauts sommets.

En vérité, ils ne te voient pas et te méconnaissent totalement en ce jour. Ton Seigneur est véritablement le Bienveillant, le Clément.

J’atteste que, par toi, Dieu éprouve le cœur de ses serviteurs. Béni l’homme qui dirige vers toi ses pas et te visite ! Et malheur à qui nie ton droit, se détourne de toi, déshonore ton nom et profane ta sainteté.

Ne t’afflige pas, ô maison de Dieu, si le voile de ta sainteté est déchiré par la main des infidèles. Dans le monde de la création, Dieu t’a ornée du joyau de son souvenir. Et c’est là une parure qu’aucun homme ne pourra jamais profaner. Vers toi, en toutes circonstances, les yeux de ton Seigneur resteront dirigés. En vérité, il tendra l’oreille à la prière de tous ceux qui te visiteront, qui graviteront autour de toi et l’appelleront en ton nom. Il est, en vérité, le Clément, le Miséricordieux.

Ô mon Dieu, par cette maison qui a subi de si grands changements depuis ton départ, se plaint d’être loin de ta présence et se lamente sur tes tribulations, je te supplie de nous pardonner, à moi, à mes parents et à mes proches, ainsi qu’à tous ceux de mes frères qui ont cru en toi. Ô toi qui es le Roi des noms, daigne, par ta générosité, pourvoir à tous mes besoins. Tu es le plus Généreux d’entre les généreux, le Seigneur de tous les mondes.

LVIII

À Zaynu’l-Muqarrabín.

Rappelle-toi ce qui fut révélé à Mihdí, notre serviteur, la première année de notre exil en la Terre du mystère [Andrinople]. Nous lui prédîmes alors ce qui devait arriver, dans les jours à venir, à notre maison de Bagdad, afin qu’il ne se chagrinât point des actes de violence et de pillage dont elle avait déjà été l’objet. En vérité, le Seigneur, ton Dieu, sait tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre.

Nous lui écrivîmes : « Ce n’est pas là la première humiliation infligée à ma maison. Les indignités furent autrefois accumulées sur elle par la main de l’oppresseur. Et elle sera, en vérité, dans le temps qui vient, si profanée que les larmes en couleront de tous les yeux doués de discernement. » Ainsi, te découvrons-nous des choses cachées sous le voile et que peut seul connaître Dieu, le Tout-Puissant, le Loué. Mais une fois les temps accomplis, Dieu, par le pouvoir de la vérité, exaltera cette maison aux yeux des hommes. Il en fera l’étendard de son royaume, le sanctuaire autour duquel se pressera la foule des fidèles.

Ainsi parle le Seigneur, ton Dieu, avant que n’arrive le jour des lamentations. Nous te donnons cette révélation dans notre sainte tablette, afin que tu ne t’affliges pas de ce que les assauts des ennemis ont fait subir à notre maison. Toute louange à Dieu, l’Omniscient, le Très-Sage !

LIX

Tout esprit exempt de préjugé admettra sans peine que depuis l’aube de sa révélation, cet Opprimé invite toute l’humanité à se tourner vers l’Aurore de gloire et proscrit la corruption, la haine, l’oppression et la cruauté. Et voyez cependant ce qu’ont accompli les mains de l’oppresseur. Aucune plume n’oserait décrire sa tyrannie. Bien que celui qui est l’éternelle Vérité ait voulu conférer à tous les hommes la vie éternelle et assurer la sécurité et la paix, voyez comme ils se sont levés pour répandre le sang de ceux qu’il aime et prononcer contre lui la sentence de mort.

Les instigateurs de cette oppression sont ceux-là mêmes qui, bien qu’insensés, sont réputés sages entre les sages. Tel est leur aveuglement qu’avec une grande dureté ils le jetèrent dans cette désolante prison-forteresse, alors que le monde est créé pour ceux qui servent à son seuil. Mais malgré ces derniers, et malgré ceux qui ont répudié la vérité de cette « grande proclamation», le Tout-Puissant a transformé pour nous cette prison en un sublime paradis, en vérité, le Paradis des paradis.

Nous n’avons pas refusé les assistances d’ordre matériel qui pouvaient soulager nos afflictions. Mais chacun de nos compagnons nous rendra ce témoignage que notre cour sainte reste bien au-dessus de ces bienfaits matériels. Nous n’en avons pas moins, en cette prison, accepté de nos amis ce dont les infidèles s’efforçaient de nous priver. Et s’il se trouve un homme qui souhaite élever, en notre nom, un temple d’or et d’argent pur, ou quelque maison sertie de pierres d’inestimable valeur, nul doute que son désir ne s’accomplisse. En vérité, il fait ce qu’il veut et ordonne ce qui lui plait. Libre, de plus, à qui le voudra, de construire à travers ce pays de nobles et imposants édifices et de dédier au culte du seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire ! - les territoires qui bordent et avoisinent le Jourdain, en sorte que s’accomplissent les prophéties enregistrées dans les saintes Écritures par la Plume du Très-Haut, et que le dessein de Dieu dans cette sublime, puissante et merveilleuse révélation, soit rendu manifeste.

Nous avons jadis prononcé ces paroles : « Étends ton manteau, ô Jérusalem ! ».

Méditez-les, ô peuple de Bahá, et rendez grâce à votre Seigneur, l’Exégète, l’Evidence même.

Si les mystères qui ne sont encore connus que de Dieu étaient dévoilés, toute l’humanité contemplerait les preuves de la plus parfaite justice. Guidés par une absolue certitude, tous les hommes s’attacheraient aux commandements divins et les observeraient strictement. Nous avons, dans notre livre, décrété qu’une magnifique récompense serait le prix de quiconque se détournerait du mal pour mener une vie sainte et chaste. Il est, en vérité, le Donateur suprême, le Très-Généreux.

LX

Lawḥ-i-Saḥáb (Acre).

Ma captivité n’a pour moi rien d’infamant. Par ma vie, elle me confère la gloire. Ce qui peut me faire honte, c’est la conduite de ceux de mes disciples qui professent qu’ils m’aiment, alors qu’en fait ils suivent le Malin. Ceux-là vraiment sont du nombre des égarés.

Quand vint le temps fixé pour cette révélation et que celui qui est le Soleil du monde apparut en Irak, il ordonna à ses fidèles d’observer ce qui était propre à les purifier de toutes souillures terrestres. Mais tandis que les uns, ainsi guidés dans la bonne direction, marchaient dans la voie de la justice, d’autres préférèrent suivre leurs inclinations corrompues.

Dis : Il n’est pas du peuple de Bahá celui qui cède aux désirs d’ordre terrestre ou qui fixe son cœur sur les choses de ce monde. Il est mon vrai disciple celui qui, passant par une vallée d’or pur, la traverse comme ferait un nuage, sans s’arrêter ni revenir en arrière. Un tel homme est mien. Sur son vêtement, l’Assemblée céleste peut respirer le parfum de la sainteté.. […] Et s’il vient à rencontrer la plus belle, la plus avenante et la plus séduisante des femmes, il ne ressentira pas en son cœur l’ombre même d’un désir pour sa beauté.

Celui-là est, en vérité, l’incarnation de la plus pure chasteté. Ainsi vous instruit la plume de l’Ancien des jours, sur l’ordre de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Généreux.

LXI

À Muḥammad Ibráhím-i-Khalíl.

Le monde est en travail, son agitation croît de jour en jour. Il est tourné vers l’incroyance et la perversité. Tel sera son sort, que nous ne jugeons ni à propos, ni convenable de le dévoiler maintenant. Il s’obstinera longtemps encore dans sa perversité, et quand l’heure fixée sera venue, soudainement, apparaîtra ce qui fera trembler les membres de l’humanité. Alors, et alors seulement, sera déployé l’étendard divin ; alors, et alors seulement, le Rossignol du paradis fera entendre sa pure mélodie.

LXII

Rappelle-toi mes chagrins, mes soucis et mes anxiétés, mes malheurs et mes épreuves, ma captivité et l’amertume de mon angoisse, et vois comment je suis aujourd’hui prisonnier sur cette terre lointaine. Ô Mus∂πafá, Dieu m’en est témoin, si le récit t’était fait de ce qu’a subi la Beauté antique, tu fuirais dans le désert et tu éclaterais en longs sanglots.

Dans ton désespoir, tu te frapperais la tête et tu pousserais des cris pareils aux hurlements de douleur qu’arrache la morsure de la vipère à celui qui a été mordu. Rends donc grâces à Dieu de ce que nous ayons refusé de te divulguer les décrets insondables qui nous furent envoyés du ciel de la volonté de ton Seigneur, le Tout-Puissant.

Par la justice de Dieu ! tous les matins en me levant, je découvrais, massées en troupe derrière ma porte, des afflictions sans nombre, et chaque soir en me couchant, mon cœur était déchiré par les souffrances endurées tout le jour du fait de la cruauté infernale de mes ennemis. Chaque morceau de pain que rompt la Beauté antique s’accompagne de l’assaut d’une affliction nouvelle, et à chaque goutte qu’elle boit se mêle l’amertume de la plus cruelle des épreuves. Elle ne peut faire un pas que ne précède une armée de calamités imprévues, et des légions d’horribles souffrances forment son arrière-garde.

Tel est mon sort, si tu veux y réfléchir. Pourtant, que ton âme ne s’attriste pas de ce que Dieu a fait pleuvoir sur nous. Abandonne plutôt ta volonté à son bon plaisir, car nous n’avons jamais désiré autre chose que l’accomplissement de sa volonté, et chacun de ses décrets irrévocables a été pour nous le bienvenu. Arme ton cœur de patience et ne te laisse pas effrayer. Ne suis pas la voie de ceux qui sont gravement perturbés.

LXIII

Aux amis.

Ô toi, dont la face est tournée vers moi ! d’aussi loin que tu apercevras ma cité natale [Téhéran], arrête toi et dis : Je suis venu à toi depuis la prison, ô Terre de Tá, porteur de nouvelles de Dieu, le Protecteur dans le danger, l’Absolu. Ô mère du monde et fontaine de lumière pour tous ses peuples, voici les tendres miséricordes de ton Seigneur ; je te salue au nom de celui qui est la Vérité éternelle, l’Omniscient. J’atteste que, dans tes murs, celui qui est le Nom caché fut révélé et que fut découvert le trésor invisible. Par toi est révélé le secret de toutes choses, tant passées qu’à venir.

O Terre de Tá ! celui qui est le Seigneur des noms, se souvient de toi, en son rang glorieux. Tu as été l’aube de la cause de Dieu, la fontaine de sa révélation, la manifestation de son plus grand Nom qui fait trembler le cœur et l’âme des hommes. Nombreux furent ces hommes et ces femmes victimes de la tyrannie, qui, dans tes murs, donnèrent leur vie dans le chemin de Dieu et furent ensevelis dans ton sol avec une cruauté qui fait se lamenter sur leur sort tout digne serviteur de Dieu !

LXIV

Aux amis.

Nous voulons nous souvenir de cette demeure de bonheur suprême [Téhéran], la cité radieuse et sainte sur laquelle fut répandu le parfum du Bien-Aimé, où ses signes furent propagés, les preuves de sa gloire révélées, ses étendards déployés, où enfin son tabernacle fut établi, et proclamé chacun de ses décrets éclairés.

C’est de cette ville que se répandent les doux parfums de la réunion, c’est la cité sainte qui rapproche de Dieu ses amis sincères et leur donne accès à la demeure de beauté et de sainteté. Heureux le voyageur qui dirige ses pas vers cette cité et qui, s’y étant fait admettre, boit le vin de la réunion par la grâce de son Seigneur, le Bienveillant, le Loué.

Ô terre après laquelle soupirent tous les cœurs, je viens à toi, porteur des nouvelles de Dieu, je t’annonce sa gracieuse faveur et sa miséricorde, et en son nom je te salue et te magnifie. Il est, en vérité, d’une bonté et d’une générosité sans bornes. Heureux l’homme qui se tourne vers toi, qui respire auprès de toi le parfum de la présence de Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Sa gloire est sur toi et l’éclat de sa lumière t’enveloppe, car il a fait de toi un paradis pour ses serviteurs, et proclamé que tu es la terre bénie et sacrée dont il a lui-même parlé dans ses livres et que ses prophètes et messagers ont fait connaître.

Ô terre de gloire resplendissante, par toi est déployée la bannière portant ces mots : « Il n’est pas d’autre Dieu que lui ». Et par toi, l’étendard est hissé, qui proclame : « Je suis la Vérité, celui qui connaît les choses invisibles. » Il convient que chacun de ceux qui te visitent soit fier de toi et de tes habitants qui sont sortis de mon arbre et en sont les feuilles, qui sont les signes de ma gloire, mes disciples et mes bien-aimés et qui, avec une ferme résolution, ont porté leur regard vers ma condition glorieuse.

LXV

Súratu’l-Mulúk (Andrinople).

Rappelle-toi ton arrivée dans la ville [de Constantinople], et comment les ministres du sultan, te jugeant étranger à tout ce qui constituait leurs lois et règlements, te jugèrent ignorant. Dis : En vérité, par mon Seigneur, je suis ignorant de toutes choses, à l’exception de celles qu’il a plu à Dieu, dans sa bonté, de m’enseigner. Cela, je l’atteste et le confesse sans aucune hésitation.

Dis : Si les lois et les règlements auxquels vous vous attachez sont votre œuvre, nous ne nous y conformerons en aucune manière. Telles sont les instructions que nous avons reçues de celui qui est le Très-Sage, l’Omniscient. Telle fut dans le passé notre attitude et telle elle restera dans l’avenir, par le pouvoir de Dieu et sa puissance. C’est là le vrai et droit chemin. Mais si ces lois viennent de Dieu, alors fournissez-en la preuve, si vous êtes de ceux qui disent la vérité. Dis : Nous avons consigné dans un livre où sont enregistrées les actions de tout homme, aussi insignifiantes soient-elles, tout ce qu’ils t’ont imputé et tout ce qu’ils t’ont fait.

Dis : Il vous sied, ô ministres d’État, de respecter les préceptes de Dieu, de renoncer à vos propres lois et règlements, et d’être de ceux qui sont bien guidés. Cela vaudrait mieux pour vous que tout ce que vous possédez, puissiez-vous le savoir. Si vous transgressez le commandement de Dieu, pas un iota de vos œuvres ne trouvera grâce devant lui. Avant peu, vous découvrirez les conséquences de ce que vous avez fait dans cette vaine existence, et vous en recevrez le juste salaire. Telle est la vérité, l’indubitable vérité.

Bien des hommes ont commis dans le passé ce que vous avez commis et bien que d’un rang supérieur au vôtre, sont finalement retournés à la poussière, livrés à leur sort. Si seulement vous pouviez méditer sur la cause de Dieu ! Pourtant vous marcherez sur leurs traces, et vous entrerez dans une demeure où vous ne trouverez ni amitié ni aide d’aucune sorte. Il vous sera demandé compte de vos actes, de tous vos manquements envers la cause de Dieu et du dédain avec lequel vous avez rejeté ses amis qui venaient à vous en toute sincérité.

C’est vous qui, après avoir délibéré entre vous sur leur cas, avez préféré suivre l’impulsion de vos mauvais désirs et négligé le commandement de Dieu, le Secours, le ToutPuissant.

Dis ! Rejetterez-vous les préceptes de Dieu pour vous attacher à vos propres élucubrations ? C’est à vous-mêmes, autant qu’aux autres, que vous faites ainsi tort, puissiez-vous le comprendre ! Dis : Si vos règles et principes se fondent sur la justice, comment se fait-il que vous suiviez ceux qui s’accordent avec vos inclinations corrompues et rejetiez ceux qui les contrarient ? De quel droit prétendez-vous juger équitablement entre les hommes ? Est-ce au nom de ces principes et de ces règles que vous avez repoussé celui qui, sur votre ordre, s’était présenté devant vous ? Est-ce pour vous y conformer que vous le persécutez, que vous lui infligez tous les jours de si indignes traitements ? Vous a-til jamais désobéi, ne fût-ce qu’un instant ? Tous les habitants d’Irak et, avec eux, tous les observateurs pourvus de discernement témoigneront de la vérité de mes paroles.

Soyez équitables en votre jugement, ô ministres d’État ! Qu’avons-nous commis qui justifie notre exil ? Quelle offense motive notre bannissement ? C’est nous qui avons cherché à vous rencontrer. Et voyez, cependant, comment vous avez refusé de nous recevoir ! Par Dieu ! c’est là une grave injustice que vous avez commise, une injustice que n’égale aucune autre injustice commise sur la terre. De cela est témoin le Tout-Puissant luimême..

[…]

Sachez que le monde et ses vanités passeront. Rien ne durera sauf le royaume de Dieu qui n’appartient qu’à lui, le souverain Seigneur de toutes choses, le Secours, le TrèsGlorieux, le Tout-Puissant. Les jours de votre vie s’écouleront, toutes les choses périront qui maintenant vous occupent et flattent votre vanité ; par une milice de ses anges, vous serez sommés à comparaître en ce lieu où la création sera saisie de crainte et de tremblement, et où la chair de tout oppresseur frémira. Il vous sera demandé compte de tout ce que vos mains auront forgé en votre vaine existence, et vous en recevrez le juste salaire. Voici le jour qui, inéluctablement, s’abattra sur vous, voici l’heure que nul ne pourra différer. De cela porte témoignage la langue de celui qui dit la vérité et qui est l’Omniscient.

LXVI

Súratu’l-Mulúk (Andrinople).

Craignez Dieu, habitants de la cité [Constantinople], et ne semez point les germes de la discorde parmi les hommes. Ne suivez pas les sentiers du Malin. Marchez plutôt, durant les quelques jours qui vous restent à vivre, dans les voies du seul vrai Dieu. Vos jours passeront comme ont passé les jours de ceux qui vous ont précédés, et vous retournerez à la poussière comme vos pères y sont retournés.

Sachez que je n’ai peur de personne d’autre que de Dieu, qu’en nul autre que lui je n’ai placé ma confiance, que je ne suis attaché qu’à lui seul et que je ne désire rien d’autre que ce qu’il a désiré pour moi. Tel est, en vérité, le vœu de mon cœur, puissiez-vous le savoir. J’ai offert mon âme et mon corps en sacrifice à Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Quiconque a connu Dieu ne connaîtra jamais que lui, et quiconque a craint Dieu, n’aura point d’autre crainte, alors même que toutes les puissances de la terre se dresseraient contre lui. Je ne parle que sur son ordre et, par le pouvoir de Dieu et par sa puissance, je ne me conforme qu’à sa vérité. En vérité, je vous le dis, il récompensera les cœurs sincères.

Conte, ô serviteur, ce dont tu fus témoin lors de ton arrivée dans la ville, afin que ton témoignage demeure parmi les hommes et serve d’avertissement à ceux qui croient. À notre arrivée dans la cité, nous avons trouvé les dirigeants et les anciens tels des enfants s’amusant ensemble dans le sable. Nous n’en avons trouvé aucun ayant une maturité d’esprit suffisante pour recevoir de nous les vérités que nous tenons de Dieu, ni qui soit prêt à entendre nos merveilleuses paroles de sagesse. Notre cœur a pleuré sur eux et sur leurs transgressions, ainsi que sur leur ignorance des raisons de leur création. Voilà ce que nous avons observé dans cette cité et ce que nous avons voulu noter dans notre Livre en guise d’avertissement pour eux et pour le reste de l’humanité.

Dis : Si vous aspirez aux vanités de ce monde, pourquoi ne les avoir point cherchées alors que vous étiez dans le sein de votre mère, car alors vous ne cessiez de vous en approcher, puissiez-vous le comprendre. Mais depuis que vous êtes nés et avez atteint l’âge adulte, vous n’avez fait que vous distancer du monde et vous rapprocher de la poussière. Pourquoi donc cette avidité à amasser les trésors de la terre, alors que vos jours sont comptés et que vos chances sont presque nulles ? Ne vous déciderez-vous pas, ô négligents, à sortir de votre sommeil ?

Prêtez l’oreille aux conseils que, pour l’amour de Dieu, ce serviteur vous donne. Il n’attend de vous, en vérité, aucune récompense et, entièrement soumis à la volonté de Dieu, il est résigné à ce que cette volonté lui réserve.

Les jours de votre vie sont déjà largement dépensés, ô peuple, et votre fin approche à grands pas. Renoncez donc à ces vaines entreprises qui vous retiennent encore et attachez-vous aux préceptes de Dieu, afin d’obtenir ce qu’il vous a destiné et d’être de ceux qui suivent le droit chemin. Ne vous délectez point des choses de ce monde et de ses vains ornements, et ne placez point en eux vos espérances. Que votre confiance repose tout entière dans le souvenir de Dieu, le Suprême et le Très-Grand. Avant peu, il réduira à néant tout ce que vous possédez. Craignez-le donc, n’oubliez pas l’alliance qu’il a faite avec vous, et ne soyez point de ceux qu’un voile sépare de lui.

Gardez-vous de vous gonfler d’orgueil devant Dieu et de repousser ceux qu’il aime.

Suivez plutôt en toute humilité ceux qui sont fidèles, qui ont cru en lui et en ses signes, dont les cœurs témoignent de son unité, dont les bouches proclament son unicité, et qui ne parlent qu’avec sa permission. Nous vous exhortons ainsi au nom de la justice, et nous vous avertissons, au nom de la vérité, pour vous tirer, si possible, de votre sommeil.

Ne faites peser sur aucune âme un poids dont vous ne voudriez point que la vôtre fût chargée, et ne souhaitez à personne ce que vous ne souhaitez pas pour vous-mêmes. Tel est le meilleur conseil que je puisse vous donner, puissiez-vous le suivre.

Respectez parmi vous les religieux et les savants, ceux dont la conduite s’accorde avec ce qu’ils professent, qui ne transgressent point les limites fixées par Dieu, et dont les jugements sont conformes aux commandements révélés dans son Livre. Sachez qu’ils sont des lampes destinées à guider les habitants des cieux et de la terre. Ceux qui dédaignent et négligent les religieux et les savants qui vivent parmi eux ont en fait altéré la grâce que Dieu leur avait accordée.

Dis : Attendez-vous que Dieu vous retire sa faveur. Rien ne lui échappe. Il connaît les secrets des cieux et de la terre. Sa science embrasse toutes choses. Ne vous réjouissez pas de ce que vous avez fait ni de ce que vous ferez, et ne vous félicitez point de la souffrance que vous nous avez infligée, car ce n’est pas ainsi que vous exalterez votre condition, si vous pouviez juger vos actions avec discernement. De même, serez-vous incapables de porter atteinte à la noblesse de notre condition. Non, Dieu accroîtra la récompense qu’il nous destine pour avoir enduré patiemment les tribulations que nous avons subies. En vérité, il récompense toujours davantage ceux qui endurent avec constance.

Sachez que, de temps immémorial, épreuves et tribulations sont le lot des élus de Dieu et de ses bien-aimés, de ses serviteurs détachés de tout sauf de lui, de ceux qu’aucun commerce ni négoce ne détournent du souvenir du Tout-Puissant, qui ne parlent que lorsqu’il a parlé et observent ses commandements. Telle fut dans le passé la méthode de Dieu, telle elle restera dans l’avenir. Bénis ceux qui souffrent avec longanimité, restent patients dans les peines et dans les privations, ne se lamentent point de ce qui leur advient et marchent dans le sentier de la résignation.. […]

Le jour approche où Dieu suscitera un peuple qui se souviendra de nos jours, fera le récit de nos épreuves et exigera, de ceux qui sans la moindre preuve nous ont traité avec une indéniable injustice, la restitution de nos droits. Dieu assurément a tout pouvoir sur la vie de ceux qui nous ont fait du tort, et il connaît toutes leurs actions. Nul doute qu’en raison de leurs péchés, son bras se saisira d’eux. Il est, en vérité, le plus terrible des vengeurs.

Nous vous avons ainsi entretenus des affaires du seul vrai Dieu, vous faisant connaître les choses qu’il a pré-ordonnées, afin que vous sollicitiez son pardon, lui reveniez animés d’un repentir sincère, preniez conscience de vos fautes et secouiez votre torpeur, que vous quittiez votre insouciance, expiiez tous vos méfaits et vous résolviez à faire le bien. Que celui qui le veut, reconnaisse la vérité de mes paroles. Quant à celui qui s’y refuse, qu’il s’en détourne. Mon unique tâche est de vous rappeler que vous avez failli à votre devoir envers la cause de Dieu, si vous prenez garde à mes avertissements. Écoutez-les donc, repentezvous et retournez à Dieu afin que, par sa grâce, il ait pitié de vous, vous lave de vos péchés et vous pardonne vos offenses. La grandeur de sa miséricorde dépasse la violence de sa colère, et sa grâce embrasse ceux qui, de tous temps, sont appelés à l’existence et sont parés du vêtement de la vie.

LXVII

Lawḥ-i-Amr, à Mullá-’Alíy-i-Basπámí.

En cette révélation est apparu ce qui n’était encore jamais apparu. […] Quant aux infidèles qui furent témoins de ce qui est manifesté, ils murmurent et disent : « En vérité, celui-là est un sorcier qui a forgé un mensonge contre Dieu. » Ils sont vraiment au nombre des réprouvés.

Ô plume de l’Ancien des jours, conte aux nations ce qui advint en Irak. Parle-leur de ce messager qui nous fut délégué par la congrégation des religieux de ce pays et qui, mis en notre présence, nous posa des questions sur certaines sciences auxquelles nous répondîmes en vertu de la science infuse que nous possédons. Ton Seigneur est, en vérité, celui qui connaît les choses cachées. Il dit : « Nous attestons que ta science est telle que nul ne saurait rivaliser avec toi. Elle ne suffit pourtant pas à justifier le rang élevé que le peuple t’attribue. Accomplis, si tu dis la vérité, ce que ne sauraient produire les forces combinées des peuples de la terre. » Ainsi en avait-il été décrété à la cour de la présence de ton Seigneur, le Très-Glorieux, l’Ami.

« Sois témoin ! Que vois-tu ? » Il resta interdit. Et quand il eut recouvré ses esprits, il dit : « Je crois en Dieu, le Très-Glorieux, le Loué. » « Va les trouver et dis-leur : “Demandez ce que vous voulez. Il peut tout ce qu’il veut. Rien, ni du passé ni de l’avenir, ne saurait frustrer sa volonté.” Dis : Ô assemblée de religieux, choisissez le sujet qu’il vous plaira et demandez à votre Seigneur, le Dieu de miséricorde, de vous l’expliquer. S’il exauce votre désir par la vertu de sa souveraineté, croyez en lui et ne soyez pas de ceux qui rejettent sa vérité. » Il dit alors : « L’aurore de l’intelligence s’est maintenant levée et la promesse qu’avait faite le Très-Miséricordieux est accomplie. » Sur quoi, s’étant levé, il retourna vers ceux qui l’avaient envoyé, par ordre de Dieu, le Très-Glorieux, le Bien-Aimé.

Les jours passèrent et il ne revint point. Finalement vint un autre messager qui nous informa qu’on avait renoncé à ce qu’on avait d’abord décidé. De telles gens sont, en vérité, méprisables. Voilà ce qui arriva en Irak, et de ce que je révèle je fus moi-même témoin. Le bruit s’en répandit au loin, mais personne n’en comprit la signification. Ainsi en avions-nous ordonné, puissiez-vous le savoir !

Par moi-même ! quiconque, dans les siècles passés, nous a demandé de produire les signes de Dieu, nous ne les lui avions pas plutôt révélés qu’il rejetait la vérité divine, cependant que la masse, dans sa majorité, restait insouciante. Mais ceux qu’illumine la lumière de l’entendement goûteront la douceur du Miséricordieux et embrasseront sa vérité.

Ceux-là sont vraiment sincères.

LXVIII

Ô toi qui es le fruit de mon arbre et qui en es la feuille, sur toi sont ma gloire et ma miséricorde ! Que ton cœur ne s’afflige pas de ce qui t’est advenu. Scrute plutôt les pages du livre de vie, tu y trouveras certainement de quoi dissiper ton chagrin et faire fondre ton angoisse.

Sache, ô fruit de mon arbre, que les décrets du souverain Ordonnateur touchant le destin et la prédestination sont de deux sortes. Il faut les accepter et leur obéir. Les décrets de la première sorte sont irrévocables tandis que les autres se trouvent, comme disent les hommes, en suspens. Aux premiers qui sont définitifs, tous doivent se soumettre, sans réserve. Non que Dieu n’ait pas le pouvoir de les changer ou repousser. Mais le mal qui résulterait de ce changement serait pire que l’accomplissement du décret primitif, c’est pourquoi chacun doit acquiescer de tout cœur à la volonté divine et s’y tenir en toute confiance.

Quant au décret en suspens, il est, celui-là, d’une nature telle que les prières et les supplications peuvent le détourner.

Dieu veuille que toi, qui es le fruit de mon arbre, et ceux qui se joignent à toi puissiez être préservés de ses mauvaises conséquences !

Dis: Ô Dieu, mon Dieu, tu m’as confié ce gage et selon ta volonté, tu as voulu le rappeler à toi. Il ne m’appartient pas, à moi qui ne suis que ta servante, de me dire : « D’où vient ceci ou pourquoi cela ? », car tu es glorifié en tous tes actes, et selon ton décret tu dois être obéi. Ô mon Seigneur, ta servante place ses espoirs en ta grâce et ta munificence.

Accorde-lui ce qui la rapprochera de toi et lui sera profitable dans chacun de tes mondes.

Tu es le Clément, le Très-Généreux. Il n’est d’autre Dieu que toi, l’Ordonnateur, l’Ancien des jours.

Accorde, ô Seigneur, mon Dieu, tes bénédictions à ceux qui ont, à la face des hommes, bu à longs traits le vin de ton amour et qui, en dépit de tes ennemis, ont reconnu et attesté ton unité, ont confessé leur croyance en ce qui a fait trembler les membres des oppresseurs parmi tes créatures, et frissonner sur la terre la chair des orgueilleux. J’atteste que ta souveraineté ne peut périr ni ta volonté souffrir de changement. Ordonne pour ceux qui ont tourné vers toi leurs visages, ainsi que pour tes servantes qui fermement ont tenu ta corde, ce qui convient à l’océan de ta générosité et au ciel de ta grâce.

Ô mon Dieu, tu es celui qui s’est lui-même proclamé le Seigneur de la richesse et qui a donné pour signes caractéristiques à ceux qui le servent la pauvreté et le dénuement.

Ainsi que tu l’as écrit : « Ô vous qui croyez ! vous n’êtes que des pauvres êtres privés de Dieu, mais Dieu est l’Omnipossédant, le Loué. » Ayant ainsi avoué ma pauvreté et reconnu ta richesse, ne souffre pas que je sois privé de la gloire de tes biens. Tu es en vérité le Protecteur suprême, l’Omniscient, le Très-Sage.

LXIX

Souviens-toi de l’attitude de la mère d’Ashraf, quand ce dernier eut offert sa vie en sacrifice sur la Terre de Zá (Zanján). Il est maintenant, sans aucun doute, au séjour de la vérité, jouissant de la présence du Tout-Puissant, le Très-Haut.

Les infidèles ayant, contre toute justice, décidé de le mettre à mort, ils mandèrent sa mère, dans l’espoir qu’elle l’adjurerait de renier sa foi et de marcher sur les traces de ceux qui ont répudié la vérité de Dieu, le Seigneur de tous les mondes.

Mais elle ne fut pas plutôt en présence de son fils qu’elle lui adressa des paroles à faire pleurer d’attendrissement tous les amis de Dieu et, au-delà d’eux, les membres de l’Assemblée céleste. En vérité, ton Seigneur sait ce que je dis et porte lui-même témoignage de la vérité de mes paroles.

S’adressant donc à son fils, elle dit : « Mon fils, mon enfant, ne manque pas l’occasion d’offrir ta vie dans le chemin de ton Seigneur. Garde-toi de trahir ta foi en celui devant qui se prosternent en adoration tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre. Va de l’avant, ô mon fils, persévère dans le chemin du Seigneur, ton Dieu. Hâte-toi d’accéder à la présence de celui qui est le Bien-Aimé de tous les mondes. “

Sur cette femme sont mes bénédictions et ma miséricorde, ma louange et ma gloire !

J’expierai moi-même pour la perte de ce fils qui habite maintenant le tabernacle de ma majesté et de ma gloire, et dont la face rayonne d’une lumière qui enveloppe de son éclat les vierges du ciel dans leurs célestes demeures et, au-delà d’elles, les habitants de mon paradis et les hôtes de la cité sainte. Qui pourrait le voir s’écrierait : « N’est-ce pas là un ange du ciel ! »

LXX

Kitáb-i-Aqdas.

L’équilibre du monde est bouleversé par l’influence vibrante de ce très grand, de ce nouvel ordre mondial. La vie ordonnée de l’humanité est révolutionnée par l’action de cet unique et merveilleux système, dont les yeux des mortels n’ont jamais vu l’équivalent.

Immergez-vous dans l’océan de mes paroles afin d’en pénétrer les secrets et de découvrir toutes les perles de sagesse que recèlent ses profondeurs. Prenez garde à ne pas vaciller dans votre détermination à embrasser la vérité de cette cause, une cause qui permet aux potentialités de la puissance de Dieu de se révéler et à sa souveraineté de s’établir. Le visage rayonnant de joie, hâtez-vous vers Lui. C’est la foi immuable de Dieu, éternelle dans le passé, éternelle dans le futur. Que celui qui cherche la trouve ; quant à celui qui se refuse à la chercher, en vérité, Dieu, au-dessus de ses créatures, se suffit à luimême et n’a nul besoin d’elles.

Dis : Voici la balance infaillible que tient la main de Dieu dans laquelle sont pesés tous ceux qui sont au ciel et sur la terre, et leur sort déterminé, si vous êtes de ceux qui croient et qui reconnaissent cette vérité. Dis : Voici le Témoignage suprême qui établit la validité de chaque preuve à travers les âges, puissiez-vous en être assurés. Dis : Par lui, le pauvre est enrichi, le savant éclairé, et les chercheurs ont la possibilité de s’élever jusqu’à la présence de Dieu. Gardez-vous d’en faire une cause de dissensions parmi vous. Soyez fermes et immuables comme une montagne dans la cause de votre Seigneur, le Puissant, le Dieu d’amour.

LXXI

Kitáb-i-Aqdas.

Ô peuples du monde ! ne soyez pas désemparés quand se couchera l’Astre de ma beauté et que le ciel de mon tabernacle se dérobera à vos yeux. Levez-vous pour faire avancer ma cause et pour exalter ma parole parmi les hommes. Nous sommes en tout temps avec vous et nous vous fortifierons par le pouvoir de la vérité. Nous sommes, en vérité, tout puissant. Quiconque m’a reconnu se lèvera et me servira avec une telle résolution que les forces de la terre et du ciel seront incapables de faire échouer son dessein.

Les peuples du monde sont profondément endormis. S’ils sortaient de leur léthargie, ils s’empresseraient avec ardeur vers Dieu, l’Omniscient, le Très-Sage. Ils rejetteraient tout ce qu’ils possèdent, fut-ce même tous les trésors de la terre, afin que leur Seigneur se souvienne d’eux au point de leur adresser ne serait-ce qu’un mot. Tel est le conseil que vous donne celui qui possède la connaissance des choses cachées dans une tablette que l’œil de la création n’a point vue et qui n’est révélée à personne d’autre qu’à son propre Soi, l’omnipotent Protecteur de tous les mondes. Ils sont si désorientés par l’ivresse de leurs désirs mauvais qu’ils sont impuissants à reconnaître le Seigneur de tout être, dont la voix clame de toutes parts : « Il n’est pas d’autre Dieu que moi, le Puissant, le Très-Sage ».

Dis : Ne vous réjouissez pas des choses que vous possédez. Ce soir, elles sont à vous ; demain, d’autres les posséderont. Ainsi vous en avertit l’Omniscient, celui qui est informé de tout. Dis : Pouvez-vous affirmer que vos possessions sont durables ou en sécurité ? Non ! Par moi-même, le Très-Miséricordieux, vous ne le pouvez, si vous êtes de ceux qui jugent équitablement. Les jours de votre vie s’enfuient comme un souffle de vent, et toute votre pompe et votre gloire seront réduites à néant comme l’ont été la pompe et la gloire de ceux qui vous ont précédés. Réfléchissez, ô peuple ! Qu’est-il advenu de vos jours passés et de vos siècles perdus ? Heureux les jours consacrés au souvenir de Dieu, et bénies les heures passées à louer celui qui est le Très-Sage. Par ma vie ! ni la pompe du puissant ni la fortune du riche ni même l’ascendant pris par l’impie ne dureront. Sur un mot de lui, tous périront. Il est, en vérité, l’Omnipotent, l’Irrésistible, le Tout-Puissant. Quel avantage retirent les hommes des choses terrestres qu’ils possèdent ? Ce qui leur profitera, ils l’ont complètement négligé. D’ici peu, ils sortiront de leur sommeil et se découvriront incapables d’obtenir ce qui leur a échappé aux jours de leur Seigneur, l’Omnipotent, le Magnifié. Si seulement ils le savaient, ils renonceraient à tout leur avoir pour que leurs noms soient mentionnés devant son trône. En vérité, ils sont comptés parmi les morts.

LXXII

Kitáb-i-Aqdas.

Quand vous sera retirée la gloire de ma présence, quand cessera de s’agiter l’océan de ma parole, que votre cœur ne se trouble point. En ma présence parmi vous il est une sagesse et il en est une autre en mon absence, impénétrables à tout autre qu’à Dieu, l’Incomparable, l’Omniscient. En vérité, nous vous voyons depuis notre royaume de gloire et celui qui se lèvera pour faire triompher notre cause nous l’assisterons des armées de l’Assemblée céleste et d’une milice choisie de nos anges.

Ô peuples de la terre ! Dieu, l’éternelle Vérité, m’est témoin qu’une eau fraîche jaillit du rocher et s’épanche à travers la tendresse des paroles de votre Seigneur, l’Indépendant, et cependant vous restez endormis ! Jetez ce que vous possédez, et sur les ailes du détachement, élancez-vous au-delà de toutes choses créées. Ainsi vous l’ordonne le Seigneur de la création qui, par le mouvement de sa plume, révolutionne l’âme des hommes.

Soupçonnez-vous les hauteurs d’où votre Seigneur, le Très-Glorieux, vous appelle ?

Pensez-vous avoir reconnu la plume avec laquelle votre Seigneur, le Seigneur de tous les noms, vous donne ses ordres ? Non, par ma vie ! si vous le saviez, vous renonceriez au monde et vous vous hâteriez de tout votre cœur d’accéder à la présence du Bien-Aimé.

Votre esprit serait saisi d’un tel transport par sa parole que le monde d’en haut en serait ébranlé et combien plus votre misérable petit monde ! Ainsi, du ciel de ma tendre bonté, les pluies de mes bienfaits se déversent en gage de ma générosité, afin que vous soyez de ceux qui rendent grâce […]

Prenez garde que les désirs charnels et les inclinations corrompues ne créent la discorde entre vous. Soyez comme les doigts d’une main, comme les membres d’un même corps. Ainsi vous conseille la Plume de la révélation, si vous êtes de ceux qui croient.

Considérez la miséricorde de Dieu et ses dons. Il ne vous prescrit que ce qui vous est profitable, car lui, il peut bien se passer de toutes ses créatures. Vos mauvaises actions ne peuvent pas plus nous nuire que ne peuvent nous profiter vos bonnes œuvres. Et c’est uniquement pour l’amour de Dieu que nous vous adjurons de la sorte. De cela tout homme éclairé portera témoignage.

LXXIII

Lawḥ-i-Hádí.

Lorsque auront été déchirés tous les voiles qui cachent les réalités des manifestations des noms et attributs de Dieu, et plus encore de toutes choses créées, visibles ou invisibles, il est évident que rien d’autre ne restera que ce signe de Dieu, qu’il a mis lui-même audedans de toutes ces réalités. Ce signe existera aussi longtemps qu’il plaira au Seigneur ton Dieu, Maître des cieux et de la terre. Si telles sont les bénédictions répandues sur toutes choses créées, combien plus enviable doit être la destinée du vrai croyant dont l’existence et la vie doivent être considérées comme la raison première de toute la création. De même que la foi, dans son principe, a existé depuis le commencement qui n’a pas de commencement et durera jusqu’à la fin qui n’a point de fin, de même le vrai croyant existera et durera éternellement. Son esprit ne cessera d’accomplir sa révolution dans l’orbite de la volonté de Dieu. Il durera autant que durera Dieu lui-même. Il est manifesté à travers la révélation de Dieu, et à son commandement il est caché. Les plus hautes demeures du royaume de l’immortalité sont de toute évidence destinées à ceux qui ont cru en Dieu et en ses signes. La mort ne pourra jamais envahir ces lieux saints. Ainsi t’avons-nous confié les signes de ton Seigneur, pour que tu puisses persévérer dans son amour et être de ceux qui comprennent cette vérité.

LXXIV

Toute parole proférée par Dieu est douée d’une telle puissance qu’elle peut insuffler dans tout être humain une vie nouvelle, si vous êtes de ceux qui comprennent cette vérité.

Les merveilleux ouvrages que vous contemplez en ce monde sont dus à sa souveraine et sublime volonté et à l’exécution de son inflexible et prodigieux dessein. De la seule révélation du nom « Modeleur », proclamant devant l’humanité son pouvoir de façonner, se dégage une puissance telle qu’elle est capable d’engendrer, dans le cours des âges, tous les arts que la main de l’homme peut produire. Voilà une vérité certaine. Ce Nom resplendissant n’est pas plutôt prononcé que les énergies qui l’animent, entrant en action au sein de toutes choses créées, fournissent les moyens et les instruments par lesquels ces arts peuvent être mis au jour et portés à leur perfection. Toutes les merveilleuses acquisitions humaines dont vous êtes témoins sont la conséquence directe de la révélation de ce Nom. Dans les jours à venir, vous verrez des choses dont vous n’aurez jamais jusquelà entendu parler. Ainsi en est-il décrété dans les tablettes de Dieu, et nul ne peut le comprendre sauf ceux dont la vue est pénétrante. De même, à l’instant où sortira de ma bouche le nom exprimant mon attribut «l’Omniscient » toutes choses créées se trouveront, selon leurs limites et capacités, investies du pouvoir de développer la connaissance des sciences les plus merveilleuses et de les manifester dans le cours du temps, selon l’ordre de celui qui est le Tout-Puissant, l’Omniscient. Sache à n’en point douter que la révélation de tout autre nom s’accompagne d’une semblable manifestation du pouvoir divin. Toute lettre qui sort de la bouche de Dieu est, en vérité, une lettre-mère, comme chaque parole prononcée par celui qui est la source de la révélation divine est une parole-mère et comme sa tablette est une tablette-mère. Heureux qui saisit cette vérité.

LXXV

Lawḥ-i-Naṣír.

Déchirez en mon nom les voiles qui, si fâcheusement, obscurcissent votre vision, et par le pouvoir qu’engendre votre croyance en l’unité de Dieu, brisez les idoles des vaines imitations. Entrez alors dans le saint paradis du bon plaisir du Très-Miséricordieux. Purifiez vos âmes de tout ce qui n’est pas Dieu et goûtez la douceur du repos au sein de son immense et puissante révélation, à l’ombre de sa suprême et infaillible autorité. Ne souffrez pas de rester enveloppés des voiles épais de vos désirs égoïstes. J’ai parfait en chacun de vous ma création, pour que l’excellence de mon ouvrage soit pleinement révélée aux yeux des hommes. Ainsi l’homme a toujours été et sera à jamais capable de sentir par lui-même la beauté de Dieu, le Glorifié. S’il n’avait pas cette faculté, comment pourrait-il être rendu responsable de ne l’avoir pas fait ? Si, au jour où tous les peuples de la terre seront rassemblés devant Dieu, il était demandé à un homme : « Pourquoi n’as-tu pas cru en ma beauté et t’es-tu détourné de moi ? » et que cet homme répondît : « Je n’ai fait ainsi que suivre l’exemple des autres dont pas un seul ne s’est trouvé pour tourner sa face vers la vérité et reconnaître la Beauté de l’Éternel », cette sorte de justification serait assurément rejetée. Car la foi de tout homme ne dépend de personne autre que lui-même.

C’est là une des vérités enchâssées dans ma précieuse révélation, une vérité que j’ai révélée dans tous les Livres célestes, que j’ai fait proclamer par la Langue de grandeur et inscrire par la Plume du pouvoir. Méditez-la pour que, de votre vision interne et externe, vous puissiez percevoir les subtilités de la sagesse divine, découvrir les perles de la science céleste qu’en un clair et puissant langage, j’ai révélées dans cette sublime et incorruptible tablette, et éviter ainsi d’errer loin du trône sublime, de l’arbre au-delà duquel il n’est point de passage, de l’habitation de gloire et de puissance éternelles.

Les signes de Dieu brillent, aussi manifestes et resplendissants que le soleil, parmi les œuvres de ses créatures. Tout ce qui procède de lui est d’un ordre différent et se distinguera toujours des inventions des hommes. De la source de sa science se sont levées des étoiles innombrables de savoir et de sagesse et, du paradis de sa plume, le souffle du Tout-Puissant n’a cessé d’animer les cœurs et les âmes des hommes. Heureux ceux qui ont reconnu cette vérité.

LXXVI

À Aḥmad-Qulí-Khán.

Prête l’oreille, ô mon serviteur, à ce qui t’a été envoyé du trône de ton Seigneur, l’Inaccessible, le Très-Grand. Il n’y a d’autre Dieu que Lui. Il a appelé à la vie ses créatures, afin qu’elles puissent connaître celui qui est le Compatissant, le Très-Miséricordieux. Dans les cités de toutes les nations, il a envoyé ses messagers, avec mission d’annoncer aux hommes la nouvelle du paradis de son bon plaisir et de les conduire au port d’immuable sécurité, à la demeure d’éternelle sainteté et de gloire transcendante.

Quelques-uns, guidés par la lumière de Dieu, ont été admis à la cour de sa présence et ont bu à longs traits les eaux de vie éternelle que leur tendait la main de la renonciation.

Ils ont ainsi été comptés parmi ceux qui l’ont reconnu et qui ont cru en lui. Mais d’autres se sont rebellés contre lui et ont rejeté les signes de Dieu, le Tout-Puissant, l’Omnipotent, le Très-Sage.

Des ères se sont écoulées avant qu’elles n’atteignent leur couronnement en la manifestation du Seigneur de l’âge, cet âge où le Soleil du Bayán a paru à l’horizon de la miséricorde, où la beauté du Très-Glorieux a resplendi en la personne de ‘Ali-Muḥammad, le Báb. Mais il ne s’était pas plutôt révélé que tous déjà se soulevaient contre lui. Certains l’accusaient d’avoir tenu des propos calomniateurs contre Dieu, le Tout-Puissant, l’Ancien des jours. D’autres le tenaient pour un homme frappé de folie, opinion que j’ai moi-même recueillie de la bouche d’un religieux. D’autres contestaient sa prétention d’être le porteparole de Dieu, l’accusant même d’usurper à son profit la parole divine, d’en pervertir le sens, de vouloir créer une équivoque en la mêlant à ses propres paroles. Et tandis qu’ils se complaisaient sur leurs chaires, l’Œil de grandeur pleurait au ciel sur les choses que leurs bouches avaient proférées.

Il disait : « Dieu m’est témoin, ô peuple ! Je suis venu à vous, porteur d’une révélation du Seigneur votre Dieu, le Seigneur de vos pères. N’attachez pas vos regards sur les choses que vous possédez, mais plutôt sur celles que Dieu vous a envoyées. Cela - puissiez-vous le sentir - sera meilleur pour vous que la création toute entière. Regardez avec plus d’attention encore, ô peuple ! Considérez le témoignage et les preuves de Dieu qui sont en votre possession et rapprochez-les de la révélation qui vous est envoyée en ce jour, afin que la vérité, l’infaillible vérité, vous soit indubitablement manifestée. Ne vous engagez point, ô peuple, dans les voies du Malin, mais suivez la foi du miséricordieux, et soyez de ceux qui sont de vrais croyants. De quoi bénéficierait un homme s’il échouait à reconnaître la révélation de Dieu ? Absolument de rien. De cela, moi-même, l’Omnipotent, l’Omniscient, le Très-Sage, je porte témoignage. “

Mais plus il les exhortait, plus vive se faisait leur opposition, à tel point que finalement ils le mirent à mort avec une honteuse cruauté. La malédiction de Dieu soit sur les oppresseurs !

Un petit nombre ont cru en lui ; très peu, parmi nos serviteurs l’ont reconnu. Ceux-là, il les adjurait dans ses tablettes - et même dans chaque passage de ses merveilleux écrits - de ne point se consacrer, en ce jour de la révélation promise, à quoi que ce soit, tant au ciel que sur la terre ; « Ô peuple ! » disait-il, « je me suis révélé en vue de sa manifestation,1 et je ne vous ai envoyé mon livre, le Bayán, qu’à seule fin d’établir la vérité de sa cause. Craignez Dieu et gardez-vous de le combattre comme m’ont combattu le peuple du Coran. Bien au contraire, aussitôt qu’on vous parlera de lui, hâtez-vous de vous tourner vers lui et attachezvous à tout ce qu’il vous révélera. Rien d’autre que lui ne peut vous être profitable, alors même que vous aligneriez, du premier au dernier, les témoignages de tous ceux qui vous ont précédés. “

Et quand, au bout de quelques années, s’est ouvert le ciel du divin décret, et que dans les nuages des noms de Dieu est apparue - sous un vêtement nouveau - la beauté du Báb, ces mêmes individus se sont levés avec malveillance contre lui, lui dont la lumière embrasse toutes choses. Ils ont rompu son alliance et rejeté sa vérité, disputant avec lui, contestant ses signes, taxant de faux son témoignage et se joignant aux infidèles.

Finalement, ils projetèrent de lui ôter la vie. Voilà où en viennent ceux qui sont profondément enfoncés dans l’erreur.

Et lorsqu’ils se sont vus impuissants à atteindre leur but, ils ont ourdi des complots contre lui. Voyez comment ils imaginent à chaque instant quelque nouveau stratagème, afin de lui nuire et de déshonorer la cause de Dieu. Dis : Malheur à vous ! Par Dieu ! vos machinations vous couvrent de honte. Votre Seigneur, le Dieu de miséricorde, peut fort bien se passer de toutes ses créatures. Rien ne saurait accroître ni diminuer ce qu’il possède. Si vous croyez, vous y trouverez votre propre avantage, et si vous ne croyez pas, vous seuls en pâtirez. Jamais la main de l’infidèle ne pourra profaner le bord de son vêtement.

Ô toi, mon serviteur qui crois en Dieu ! par la justice du Tout-Puissant, si je te contais les choses qui me sont advenues, ni le cœur ni l’intelligence des hommes ne pourraient en supporter le poids. Dieu lui-même m’en est témoin. Veille sur toi et ne marche pas sur les traces de ces gens. Médite diligemment sur la cause de ton Seigneur. Efforce-toi de le 1 Celle de Note : Celui que Dieu rendra manifeste.

connaître par lui-même et non par les autres. Car nul autre que lui ne peut t’être profitable.

De cela, puisses-tu le comprendre, toutes choses créées portent témoignage.

Sors de derrière le voile, avec l’assentiment de ton Seigneur, le Très-Glorieux, l’Omnipotent, et sous les yeux de tous ceux qui sont dans le ciel et de tous ceux qui sont sur la terre, saisis le calice de l’immortalité, au nom de ton Seigneur, l’Inaccessible, le TrèsHaut.

Étanche ta soif et ne sois pas de ceux qui tardent. Je le jure par Dieu ! Au moment où tes lèvres toucheront la coupe, l’Assemblée céleste t’acclamera, disant : « Bois avec une saine délectation, ô toi qui crois véritablement en Dieu ! », et les habitants des cités immortelles s’écrieront : « Que la joie soit ton partage, ô toi qui as épuisé la coupe de son amour ! », et la Langue de grandeur te saluera : « Grandes sont les bénédictions qui t’attendent, ô mon serviteur, car tu as atteint ce que personne n’a atteint sinon ceux qui se sont détachés de tout ce qui est dans les cieux et de tout ce qui est sur la terre, et qui sont les emblèmes du vrai renoncement! »

LXXVII

À Khalíl.

Et maintenant, à propos de ta question touchant la création de l’homme, sache que tous les hommes sont créés selon la volonté par Dieu, le Gardien, l’Absolu. Il a attribué à chacun sa part, fixée d’avance selon le décret consigné sur ses tablettes souveraines et préservées. Cependant, la manifestation du potentiel dont vous êtes dotés dépend uniquement de l’exercice de votre propre volonté. Vos actes mêmes témoignent de cette vérité. Considérez par exemple ce qui est défendu aux hommes dans le Bayán. Dans ce livre, et par son commandement, Dieu déclare permis ce qu’il lui plaît de décréter et, par le pouvoir de sa puissance souveraine, il interdit tout ce qu’il choisit d’interdire. Le texte de ce livre en témoigne. N’en témoignerez-vous pas vous-mêmes ? Mais les hommes ont sciemment violé sa loi. Faut-il imputer cette conduite à Dieu ou à eux-mêmes ? Soyez équitables en votre jugement. Le bien vient de Dieu, et le mal vient de vous. Ne voulez-vous pas comprendre ? Cette même vérité est révélée dans toutes les Écritures, si vous êtes de ceux qui comprennent. Tout acte que vous méditez est aussi clair pour lui que s’il était déjà accompli. Il n’est d’autre Dieu que lui. La création entière est sienne et sous sa domination.

Tout est déjà révélé à ses yeux, tout est enregistré dans ses tablettes saintes et cachées.

Mais cette prescience divine ne doit pas être envisagée comme déterminant les actions humaines, pas plus que votre prémonition d’un événement ou votre désir qu’il se produise ne peut en être la cause.

LXXVIII

Lawḥ-i-‘Abdu’r-Razzáq.

Pour ce qui est de ta question concernant l’origine de la création, tiens pour certain que la création de Dieu a existé de toute éternité et qu’elle ne cessera jamais. Son commencement n’a pas eu de commencement, et sa fin n’aura point de fin. Le nom de Dieu, le Créateur, suppose une création, de même que son titre, le Seigneur des hommes, implique l’existence d’un serviteur.

Quant aux paroles attribuées aux prophètes de l’ancien temps : « Au commencement était Dieu ; il n’y avait point de créature pour le connaître », et « le Seigneur était seul, sans personne pour l’adorer », le sens en est clair et évident, et semblables propositions ne devraient jamais donner lieu à malentendu. De cette vérité portent témoignage ces paroles qu’il a révélées : « Dieu était seul, il n’y avait personne autre que lui. À jamais il demeurera ce qu’il a toujours été. » Tout œil doué de discernement percevra aisément que le Seigneur est maintenant manifeste, encore qu’il n’y ait personne pour reconnaître sa gloire. Par quoi il faut entendre que l’Être divin est établi dans une demeure qui se trouve hors de la portée et de la connaissance de quiconque n’est pas lui. Tout ce qui, dans le monde des contingences, peut être exprimé ou conçu reste enfermé dans les limites inhérentes à la nature de ce monde. Dieu seul transcende ces limites. Il est, en vérité, de toute éternité. Il n’a ni pair, ni associé ; personne ne peut lui être associé. Aucun nom ne peut être comparé à son nom. Aucune plume ne peut dépeindre sa nature ni aucune langue décrire sa gloire. Il sera à jamais immensément exalté au-dessus de tout ce qui n’est pas lui.

Considère le moment où la Manifestation suprême de Dieu se révèle aux hommes.

Avant que cette heure n’arrive, l’Être éternel, qui est toujours inconnu des hommes et n’a pas encore proféré la parole de Dieu, est l’Omniscient dans un monde où pas un homme ne l’a connu. Il est, en vérité, le Créateur sans création. Car à l’instant même qui précède sa révélation, toute créature doit rendre son âme à Dieu. C’est là le jour dont il est écrit : « À qui appartient le royaume en ce jour ? » Et nul ne se trouve prêt à répondre.

LXXIX

Súriy-i-Vafá (Acre), à Muḥammad Ḥusayn Fish-Shin.

Quant à ta question concernant les mondes de Dieu, sache en vérité que leur nombre est incalculable et leur étendue infinie. Personne ne peut les compter ni les concevoir, si ce n’est Dieu, l’Omniscient, le très Sage. Considère ton état quand tu es endormi. En vérité ce phénomène est le plus mystérieux des signes de Dieu parmi les hommes, s’ils voulaient y réfléchir. Admire comment après un laps de temps considérable, se réalise pleinement ce que tu as vu en rêve. Si le monde où tu t’es trouvé dans ton rêve était identique à celui dans lequel tu vis à l’état de veille, l’événement que tu as vu en songe se serait produit dans ce dernier monde au moment même où tu l’as rêvé. Et toi-même, une fois réveillé, tu en aurais été témoin. Comme tel n’est pas le cas, il faut nécessairement que le monde où tu vis soit différent du monde dont tu as fait l’expérience dans ton rêve. Ce dernier monde n’a ni commencement ni fin. Tu serais dans la vérité d’affirmer qu’un tel monde se trouve, par le décret de Dieu, au-dedans de toi et enveloppé dans ta personne. Et l’on serait également fondé à soutenir que ton esprit ayant franchi les limites du sommeil, rompu les amarres qui l’attachaient à la terre, a traversé, par décret divin, un royaume qui se trouve caché dans l’essentielle réalité de ce monde. En vérité, je te le dis, la création de Dieu embrasse des mondes indépendants de ce monde, et des créatures différentes de ces créatures. Dans chacun de ces mondes, il prescrit des choses que personne ne peut pénétrer, sauf lui, le Pénétrant, le Très-Sage. Médite les paroles que nous te révélons afin de découvrir le dessein profond de Dieu, ton Seigneur, et le Seigneur de tous les mondes. Car dans ces paroles sont précieusement gardés les mystères de la sagesse divine. Nous nous sommes retenu d’insister sur ce sujet, à cause de l’affliction que nous éprouvons de la conduite de ceux qui sont une création de nos paroles, si vous êtes de ceux qui écoutent notre voix.

LXXX

Lawḥ-i-‘Abdu’r-Razzáq.

Tu m’as demandé si, mis à part les prophètes de Dieu et ses élus, l’homme, après sa mort physique, conserve les mêmes caractéristiques d’individualité, de personnalité, de conscience et d’intelligence qu’il possédait de son vivant. S’il en est ainsi, comment, observes-tu, la mort qui implique la décomposition de son corps et la dissolution de ses éléments, est-elle impuissante à détruire en l’homme cette intelligence et cette conscience dont suffit à le priver une grave maladie, ou seulement quelque léger dommage infligé à ses facultés mentales tel qu’un simple évanouissement ? Comment concevoir cette survie de la conscience et de la personnalité alors qu’auront été entièrement désintégrés les instruments qui sont la condition même de leur existence et de leur fonctionnement ?

Sache que l’âme humaine est exaltée au-dessus des infirmités du corps et de l’intelligence, au point de s’en trouver complètement indépendante. Le fait qu’une personne malade donne des signes de faiblesse est dû aux obstacles que la maladie interpose entre son âme et son corps, car les indispositions du corps ne sauraient affecter l’âme elle-même.

Considère la lumière de la lampe. Encore que quelque objet puisse gêner son rayonnement, cette lumière continue à briller sans rien perdre de sa puissance. De même, toute maladie qui afflige le corps humain est un obstacle qui empêche l’âme de manifester le pouvoir qui lui est inhérent. Elle n’en montrera pas moins, à sa sortie du corps, une puissance et une influence qu’aucune force terrestre ne peut égaler. Toute âme pure, évoluée et sanctifiée sera alors douée d’une puissance irrésistible et connaîtra une joie sans pareille.

Considère la lampe cachée sous le boisseau. Encore qu’elle y brille, son éclat est dérobé aux yeux des hommes. Considère de même le soleil qu’obscurcissent les nuages.

Vois comme sa splendeur paraît avoir diminué, alors qu’en réalité, la source de cette splendeur n’a rien perdu de sa force. L’âme de l’homme peut être comparée au soleil et toutes choses sur la terre considérées comme son corps. Tant que ne s’interpose entre eux aucun obstacle extérieur, le corps reflète dans son intégralité la lumière de l’âme dont la puissance le maintient en vie. Mais aussitôt qu’un voile les sépare, l’éclat de la lumière semble s’atténuer.

Considère de nouveau le soleil quand les nuages le cachent entièrement. Bien que la terre reste éclairée de sa lumière, la quantité qu’elle en reçoit est considérablement réduite.

Et jusqu’à ce que ces nuages aient disparu, le soleil ne pourra pas briller dans la plénitude de sa gloire. Mais la présence des nuages ou leur absence ne peuvent, en aucune façon, affecter la splendeur inhérente au soleil. L’âme de l’homme est le soleil, son corps en est illuminé et il en tire sa subsistance. C’est ainsi qu’il faut la regarder.

Considère, en outre, comment le fruit, avant d’être formé, réside en puissance dans l’arbre. Mettrais-tu celui-ci en morceaux que tu n’y pourrais découvrir la moindre trace de fruit. Et cependant vois avec quelle merveilleuse beauté, quelle perfection de formes ce fruit se manifeste à son apparition. Certains même, comme tu sais, n’atteignent leur complet développement qu’après avoir été séparés de l’arbre.

LXXXI

Lawḥ-i-‘Abdu’l-Vahháb (Acre).

Revenons maintenant à ta question relative à l’âme humaine et à sa survie après la mort. Sache en vérité que l’âme, après sa séparation du corps, continue de progresser jusqu’à accéder à la présence de Dieu, dans un état et dans des conditions que ne sauraient changer ni les révolutions des âges et des siècles, ni les hasards et vicissitudes de ce monde. Elle durera autant que dureront le royaume de Dieu, sa souveraineté, son empire et sa puissance. Elle manifestera les signes et attributs de Dieu et révélera sa tendre bonté et sa générosité. Ma plume s’arrête quand elle tente de décrire de manière appropriée l’élévation et la gloire d’un si sublime état. L’honneur que la Main de miséricorde conférera à l’âme humaine est tel qu’aucune parole ne peut adéquatement le révéler ni aucun autre moyen terrestre le décrire. Bénie l’âme qui, à l’heure où elle est séparée du corps, est purifiée des vaines imaginations des peuples de ce monde ! Une telle âme vit et se meut selon la volonté de son Créateur et parvient au paradis suprême. Les célestes houris, habitantes des plus hautes demeures, s’assemblent autour d’elle, et les prophètes et élus de Dieu recherchent sa compagnie. Elle entretient librement ces êtres célestes de tout ce qu’elle a souffert dans le chemin vers Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Si l’homme savait ce qui est réservé à son âme dans les mondes de Dieu, le Seigneur des cieux et de la terre, il se consumerait du désir d’atteindre un si sublime, un si resplendissant état. […] La nature de l’âme après la mort ne peut jamais se décrire et il n’est ni opportun, ni permis de révéler son véritable caractère aux yeux des hommes. L’unique mission des prophètes et des messagers de Dieu est de guider l’humanité dans le droit chemin de la vérité. L’objet de leur révélation est d’instruire tous les hommes de telle sorte qu’à l’heure de leur mort, ils puissent, dans un état de pureté, de sainteté et de parfait détachement, s’élever jusqu’au trône du Très-Haut. De la lumière qui rayonne de ces âmes dépendent le progrès du monde et l’avancement de ses peuples. Elles sont le levain qui fait lever le monde de l’être et elles constituent les forces animatrices grâce auxquelles se manifestent les arts et toutes les merveilles de ce monde. C’est par elles que les nuages déversent leur eau bienfaisante et que la terre donne ses fruits. Tout phénomène nécessite une cause, une force motrice ou un principe animateur. Ce sont donc ces âmes, ces symboles d’abnégation qui ont toujours donné et qui continueront de donner l’impulsion suprême au monde de l’être. Le monde de l’au-delà est aussi différent du monde terrestre que celui-ci diffère du monde que connaît l’enfant dans le sein de sa mère. Quand l’âme sera en la Présence divine, elle prendra la forme la plus convenable à son immortalité, la plus digne de son habitation céleste. Son existence, toutefois, est contingente et non pas absolue, en tant que le contingent dépend d’une cause, tandis que l’absolu en est affranchi. L’existence absolue est le privilège exclusif de Dieu, exaltée soit sa gloire. Heureux celui qui saisit cette vérité. Si tu méditais en ton cœur sur la conduite des prophètes de Dieu, tu reconnaîtrais et attesterais qu’il doit y avoir d’autres mondes que celui-ci. Les sages et les savants ont, en majorité, témoigné de la vérité des révélations des saintes Ecritures, ainsi qu’il est rapporté par la Plume de gloire dans la Tablette de sagesse. Les matérialistes, eux-mêmes ont, en leurs écrits, attesté la sagesse des messagers divins et reconnu que leurs dires touchant l’enfer et le paradis, la récompense et le châtiment futurs, était inspirés du désir d’éduquer et d’élever l’âme des hommes. Vois donc comment la plupart des hommes, quelles que soient leurs croyances ou leurs théories, ont reconnu l’excellence et admis la supériorité de ces prophètes de Dieu.

Certains ont salué en ces perles de détachement des incarnations de la sagesse tandis que d’autres les tenaient pour les porte-parole de Dieu lui-même. Et comment de telles âmes eussent-elles consenti à s’abandonner aux mains de leurs ennemis si elles avaient cru que tous les mondes de Dieu se réduisent à cette vie terrestre ? Auraient-elles, dans ces conditions, souffert de leur plein gré des afflictions et des tourments que jamais aucun homme n'a subis, ni vus.

LXXXII

À Muḥammad-‘Alí.

Tu m’as interrogé sur la nature de l’âme. Sache, en vérité, que l’âme est un signe de Dieu, une gemme céleste dont la réalité a échappé aux plus savants des hommes et dont aucun esprit, si pénétrant qu’il soit, ne peut espérer sonder le mystère. Elle est, de toutes choses créées, la première à proclamer l’excellence de son Créateur, à reconnaître sa gloire, à s’attacher à sa vérité et à se prosterner en adoration devant lui. Si elle reste fidèle à Dieu, elle reflétera sa lumière et, finalement, retournera à lui. Mais si elle manque à l’allégeance qu’elle lui doit, elle succombera à l’égoïsme et aux passions et finira par sombrer dans leurs abîmes.

Quiconque s’est, en ce jour, refusé à se laisser détourner de celui qui est la Vérité éternelle, par les doutes et les vaines imaginations des hommes, et n’a point permis au tumulte provoqué par les autorités ecclésiastiques et séculières de l’empêcher de reconnaître son message, Dieu, le Seigneur de tous les hommes, le tiendra pour un de ses puissants signes, et il le comptera au nombre de ceux dont le nom est inscrit dans son livre par la Plume du Très-Haut. Béni celui qui s’est rendu compte de la réelle grandeur d’une telle âme, qui a reconnu son rang et découvert ses vertus.

Il a beaucoup été écrit dans les livres anciens sur les divers stades du développement de l’âme telles que : concupiscence, irascibilité, inspiration, bienveillance, contentement, bon plaisir divin, etc. La Plume du Très-Haut répugne cependant à insister sur ce sujet.

Toute âme qui, en ce jour, chemine humblement avec son Dieu et s’attache à lui se trouvera honorée et glorifiée par toutes les qualifications et par tous les rangs excellents.

Quand l’homme est endormi, son âme ne peut être en elle-même affectée par un objet extérieur. L’état et le caractère d’origine de celle-ci ne sont susceptibles d’aucun changement. Dans ses fonctions, toute variation doit être imputée à des causes extérieures.

C’est à ces influences extérieures que doivent être attribuées toutes variations dans son environnement, sa compréhension et sa perception.

Considère l’œil humain. Encore qu’il ait la faculté de percevoir toutes choses créées, il suffit du plus léger obstacle pour obstruer sa vision au point de l’empêcher de distinguer quelque objet que ce soit. Magnifié soit le nom de celui qui a créé ces causes, et qui en est la cause, qui a ordonné que dépendent d’elles tout changement, toute variation dans le monde de l’être. Toute chose créée n’est dans l’univers qu’une porte ouverte sur la connaissance de Dieu, un signe de sa souveraineté, une révélation de ses noms, un symbole de sa majesté, un gage de sa puissance, un moyen pour être accepté dans son chemin droit. […]

En vérité, je te le dis, l’âme humaine est, dans son essence, un des signes de Dieu, un mystère parmi ses mystères. Elle est un des puissants signes du Tout-Puissant, le héraut qui proclame la réalité de tous les mondes de Dieu. En elle se cache ce que le monde est encore complètement incapable de comprendre. Réfléchis profondément à la révélation de l’Âme de Dieu qui imprègne toutes ses lois, et vois le contraste entre elle et cette nature basse et avide qui s’est rebellée contre lui, qui empêche les hommes de se tourner vers le Seigneur des noms et les pousse à satisfaire leur convoitise et leur perversité. L’âme humaine qui s’abandonne à cette nature s’est égarée fort avant dans le sentier de l’erreur. […]

Tu m’as encore demandé ce que devient l’âme une fois qu’elle est séparée du corps.

Sache en vérité que si elle a suivi les voies de Dieu, elle retournera à Dieu, et sera recueillie pour la gloire du Bien-Aimé. Par la justice de Dieu ! elle sera élevée à un état que ne saurait peindre aucune plume, ni aucune langue décrire. L’âme qui est restée fidèle à la cause de Dieu, qui s’est tenue fermement dans son chemin sans en dévier jamais possédera, après son ascension, un tel pouvoir que tous les mondes créés par le Tout-Puissant en bénéficieront. Une telle âme fournit, par ordre du Roi de perfection, du divin Éducateur, le pur levain qui fait lever le monde de l’être, et crée la puissance par laquelle se produisent tous les arts et toutes les merveilles du monde. Considère combien, pour lever, la farine a besoin de levain. Ces âmes, véritables symboles de renoncement, sont le levain du monde.

Médite ce sujet et sois de ceux qui rendent grâces.

Dans plusieurs de nos tablettes, nous avons abordé ce sujet et montré les divers stades de développement de l’âme. En vérité, je te le dis, l’âme humaine est au-dessus des lois qui régissent le mouvement. Elle reste immobile cependant qu’elle vole ; et elle se meut tout en restant immobile. Elle atteste, par elle-même, aussi bien l’existence d’un monde qui est contingent que la réalité d’un monde qui n’a ni commencement ni fin. Admire comment tes rêves se réalisent sous tes yeux, après de longues années. Considère l’étrangeté du mystère de ce monde qui t’est apparu dans tes rêves. Médite sur l’insondable sagesse de Dieu et la multitude de ses révélations. […]

Contemple les preuves évidentes de l’œuvre divine et réfléchis à son caractère et à sa portée. Celui qui est le Sceau des prophètes a dit : « Ô Dieu, accrois mon émerveillement et mon ravissement devant toi ! “

Pour ce qui est de ta question de savoir si le monde physique est assujetti à certaines limites, sache que l’intelligence d’un pareil sujet dépend surtout de l’observateur lui-même.

Dans un sens, ce monde physique est limité, et dans un autre, il est affranchi de toute borne. Le seul vrai Dieu a toujours existé et ne cessera jamais d’être. De même la création n’a pas eu de commencement et n’aura jamais de fin. Néanmoins, tout ce qui est créé se trouve précédé d’une cause. Et voilà qui établit, sans l’ombre d’un doute, l’unité du Créateur.

Tu m’as, en outre, interrogé sur la nature des sphères célestes. Il faudrait, pour comprendre leur nature, rechercher le sens des allusions qui ont été faites dans les Livres anciens aux sphères célestes et aux cieux et découvrir leurs rapports avec ce monde physique, et l’influence qu’elles exercent sur lui. Il n’est point de cœur qui ne s’émerveille devant un si troublant sujet, ni d’esprit que son mystère ne plonge dans la perplexité. Dieu seul peut en pénétrer le sens. Les savants, qui ont fixé à plusieurs milliers d’années l’âge de la terre, n'ont pris en considération, lors de leur longue période d'observation, ni l’âge ni le nombre des autres planètes. Il faut aussi considérer les multiples divergences des théories édifiées par ces savants. Sache du moins que toute étoile fixe a ses propres planètes, et que chaque planète a ses propres créatures qu'aucun homme ne peut compter.

Ô toi qui as fixé les yeux sur mon visage, l’Aurore de gloire a en ce jour manifesté son éclat, et la voix du Très-Haut appelle l’humanité. Nous avons autrefois prononcé ces paroles : « Pour aucun homme ce n'est le jour d'interroger son Seigneur. Que quiconque a entendu l’appel de Dieu, exprimé par celui qui est l’Aube de gloire, se lève et s’écrie : “Me voici, Seigneur de tous les noms, me voici ; je suis là, ô Créateur des cieux, je suis là !

J’atteste que, par ta révélation, les choses cachées dans les livres de Dieu ont été révélées, et que tout ce qu’ont rapporté tes messagers, dans les saintes Ecritures, est accompli.” »

LXXXIII

Lawḥ-i-Hádí.

Considère la raison dont Dieu a doué l’âme de l’homme. Examine ta propre personne, et vois comment te mouvoir et rester immobile, vouloir et décider, voir et entendre, sentir et parler, enfin tout ce qui a trait à tes sens physiques et à tes perceptions spirituelles ou les dépasse, procèdent de cette raison et lui doivent son existence. Toutes ces fonctions dépendent si étroitement de cette faculté que la moindre atteinte qui lui serait portée dans ses relations avec le corps humain entraînerait un arrêt immédiat du fonctionnement de tous les sens et les priverait de pouvoir manifester les signes de leur activité. Il est évident que le fonctionnement de tous ces moyens que nous venons de mentionner dépend de la faculté de raisonner qui doit être considérée comme un signe de la révélation de celui qui est le souverain Seigneur de tous. C’est par sa manifestation qu’ont été révélés tous ces noms et attributs et la suspension de son activité équivaudrait à leur complète destruction.

Il serait tout à fait inexact de prétendre que la raison se confond, par exemple, avec le sens de la vue, car ce sens procède de la raison et fonctionne sous son contrôle. Il serait également puéril de soutenir qu’elle s’identifie avec l’ouïe, puisque ce sens en reçoit l’énergie nécessaire pour accomplir ses fonctions.

La même relation unit cette faculté à tout ce qui, dans le temple humain, est le dépositaire de ces noms et attributs. Ceux-ci ont été engendrés par l’intermédiaire de ce signe de Dieu. Ce signe est, en son essence, immensément exalté au-delà de ces noms et attributs. Que dire ! tout en dehors de lui s’évanouit en pur néant et devient chose oubliée, comparé à sa gloire.

Méditerais-tu, depuis cet instant jusqu’à la fin qui n’a point de fin, et avec toute l’intelligence qu’ont pu atteindre dans le passé ou qu’atteindront dans l’avenir les plus grands esprits, sur cette subtile Réalité d’origine divine, ce signe de la révélation de l’Éternel, le Très-Glorieux, que tu n’arriverais pas à en comprendre le mystère ni évaluer ses mérites. Ayant donc reconnu ton impuissance à atteindre une compréhension satisfaisante de cette Réalité qui force le respect en toi, tu admettras aisément la futilité de toute tentative de ta part, ou de la part de n’importe quel être créé, pour sonder le mystère du Dieu vivant, le Soleil de gloire immortelle, l’Ancien des jours éternels. Cet aveu d’impuissance qu’impose à tout esprit une mûre réflexion, représente l’apogée de l’intelligence humaine et marque le point culminant du développement de l’homme.

LXXXIV

Considère le seul vrai Dieu comme distinct de toutes choses créées et immensément exalté au-dessus d’elles. Tout l’univers reflète sa gloire, tandis que lui-même reste toujours indépendant de ses créatures et les transcende. Telle est la vraie signification de l’unité divine. Celui qui est la Vérité éternelle exerce sur le monde de l’existence une souveraineté indiscutable, et son image se reflète dans le miroir de la création. Toute existence dépend de lui, et c’est de lui que toutes choses créées tirent leur subsistance. Voilà le sens de l’unité divine, tel en est le principe fondamental.

D’aucuns, abusés par leurs vaines imaginations, ont perçu toutes choses créées en associés et partenaires de Dieu, et ils se sont flattés d’être eux-mêmes les tenants de son unité. Par celui qui est le seul vrai Dieu, ils sont et seront toujours les victimes d’une imitation aveugle et il faut les compter parmi ceux qui restreignent la notion de Dieu.

Il est un vrai croyant en l’unité de Dieu celui qui, loin de confondre unité et dualité, ne permet à aucune notion de multiplicité d’obscurcir sa conception de l’unité divine, et qui regarde l’Être divin comme affranchi, par sa nature même, de toute limitation de nombres.

La croyance en l’unité de Dieu consiste essentiellement à considérer que celui qui est la Manifestation de Dieu et celui qui est l’invisible, inaccessible et inconnaissable Essence, ne sont qu'un. Il faut entendre par là que tout ce qui appartient au premier, ses faits et gestes et quoi qu’il ordonne ou défende, en tous aspects, en toutes circonstances et sans aucune exception, doit être tenu pour conforme à la volonté de Dieu lui-même. Tel est l’état le plus haut auquel un vrai croyant en l’unité de Dieu puisse espérer s’élever. Béni l’homme qui, parvenu à cette condition, reste ferme dans sa croyance.

LXXXV

Ô mes serviteurs, il convient de rafraîchir et de revivifier vos âmes par les faveurs et les grâces dont vous êtes inondés en ce printemps divin qui enthousiasme les cœurs. Le Soleil de sa grande gloire répand sur vous sa splendeur rayonnante, et les nuages de sa grâce illimitée vous enveloppent de leur ombre. Quelle récompense sublime pour celui qui ne se prive pas d’un si grand bienfait et ne manque pas d'y reconnaître la beauté de son Bien-Aimé en son nouveau vêtement.

Dis : Ô peuple ! la lampe de Dieu est allumée. Prenez garde que les vents impétueux de votre désobéissance n’en soufflent la lumière. Le temps est venu de vous lever pour magnifier le Seigneur, votre Dieu. Ne recherchez point les conforts matériels, et gardez vos cœurs purs et sans tache. Le Malin se tient en embuscade, prêt à vous prendre au piège.

Armez-vous contre ses perfides stratagèmes et, guidés par la lumière du nom du seul vrai Dieu, dégagez-vous des ténèbres qui vous enveloppent. Concentrez vos pensées sur le Bien-Aimé plutôt que sur vous-mêmes.

Dis : Ô vous qui vous êtes égarés, le messager divin, qui ne dit que la vérité, vous a annoncé la venue du Bien-Aimé. Voyez, il est maintenant parmi vous. Aussi, pourquoi êtesvous tristes et abattus ? Pourquoi ce découragement, alors que le Pur, le Caché est apparu sans voile au milieu de vous ? Celui qui est le Commencement et la Fin, le Mouvement et l’Immobilité est maintenant manifeste à vos yeux. Voyez comment, en ce jour, le commencement se reflète dans la fin et comment, de l’immobilité, s’engendre le mouvement. Ce mouvement est suscité par les énergies puissantes qui se dégagent, à travers la création, des paroles du Tout-Puissant. Celui qui sent leur influence vivifiante sera porté par elles jusqu’à la cour du Bien-Aimé ; et celui qui s’y soustrait sombrera dans un désespoir irrémédiable. Vraiment sage est celui que le monde et tout ce qu’il contient ne peuvent empêcher de reconnaître la lumière de ce jour, et que le vain bavardage des hommes ne détourne pas du droit chemin. Il est comme mort celui que l’aube merveilleuse de cette révélation n’a pu stimuler de sa brise stimulante. En vérité, c'est un captif qui ne reconnaît point le Rédempteur suprême, et souffre que son âme reste enchaînée dans les fers de ses désirs, en proie à l’impuissance et au désespoir.

Ô mes serviteurs ! quiconque goûte aux eaux de cette fontaine parvient à la vie éternelle, et quiconque refuse de s’y abreuver se rend semblable aux morts. Dis : Ô artisans d’iniquité, la convoitise vous a jusqu’ici empêchés de prêter l’oreille à la douce voix de celui qui suffit à tout. Chassez-la de votre cœur, afin que son divin secret vous soit révélé. Voyezle, aussi manifeste et resplendissant que le soleil dans toute sa gloire.

Dis : Ô vous qui avez perdu la raison, une terrible épreuve vous menace, qui soudain viendra vous frapper. Faites diligence pour qu’elle passe sans vous atteindre. Reconnaissez le caractère sublime du nom du Seigneur, votre Dieu, venu à vous dans la grandeur de sa gloire. Il est, en vérité, l’Omniscient, l’Omnipossédant, le Protecteur suprême.

LXXXVI

À Zaynu’l-Muqarrabín.

Et maintenant, en ce qui concerne ta question de savoir si les âmes humaines, après avoir été séparées du corps, restent conscientes les unes des autres, sache que les âmes du peuple de Bahá qui sont entrées et se sont établies dans l’Arche vermeille communieront entre elles si intimement, qu’en toutes leurs aspirations, tous leurs buts et tous leurs efforts, elles seront comme une seule et même âme. Et voilà, en vérité, des âmes bien informées, clairvoyantes et douées d’entendement. Ainsi en a décrété celui qui est l’Omniscient, le Très-Sage.

Le peuple de Bahá, habitants de l’arche de Dieu, connaissent tous parfaitement leurs états et conditions réciproques et ils sont unis entre eux par les liens d’une intime communion. Une telle union, cependant, dépend de leur foi et de leur conduite. Ceux qui sont de même niveau et de même condition connaissent parfaitement leurs capacités, caractères, talents et mérites respectifs, alors que ceux qui sont d’un niveau inférieur sont incapables de bien comprendre la condition de ceux qui sont d’un rang supérieur ou d’apprécier leurs mérites. Chacun recevra sa part de son Seigneur. Béni l’homme qui s’est tourné vers Dieu et a marché fermement dans son amour, jusqu’à ce que son âme ait pris son essor vers Dieu, le souverain Seigneur de tous, l’Omnipotent, le Clément, le Miséricordieux.

En revanche, les âmes des infidèles - et cela je l’atteste - au moment de rendre à Dieu leur dernier souffle, prendront conscience de toutes les bonnes choses qu’elles auront négligé d’acquérir. Elles se lamenteront sur leur sort et s’humilieront devant Dieu, et elles continueront de le faire après avoir quitté leur corps.

Il est clair et évident qu’après leur mort physique, tous les hommes prendront conscience de la valeur de leurs actes et comprendront pleinement ce que leurs mains ont forgé. Je le jure par le Soleil qui brille à l’horizon de la puissance divine ! Au moment où ils quitteront cette vie, les fidèles du seul vrai Dieu éprouveront une joie et une allégresse impossibles à décrire, tandis que ceux qui auront vécu dans l’erreur seront saisis de crainte et de tremblements et remplis d’une consternation sans égale. Heureux celui qui aura bu le vin pur et limpide de la foi, par la grâce et la multitude des bienfaits de celui qui est le Seigneur de toutes les croyances. […]

Le jour est venu où les aimés de Dieu doivent tenir leurs yeux fixés sur sa Manifestation, et s’attacher à tout ce qu’il lui plaît de révéler. Certaines traditions des âges anciens ne reposent sur aucun fondement, et les notions entretenues par les générations passées et qui sont rapportées dans leurs livres, ont pour la plupart été influencées par les désirs d’une inclination corrompue. Tu sais, toi-même, combien sont erronés la plupart des commentaires et interprétations des paroles de Dieu ayant maintenant cours parmi les hommes ; leur inexactitude a été parfois pleinement démasquée lorsque les voiles ont été déchirés. Elles-mêmes ont reconnu leur incapacité à saisir la signification d’une seule parole de Dieu.

Notre propos est de montrer que si les aimés de Dieu purifiaient leur cœur et leurs oreilles des vains propos émis autrefois, et tournaient leur âme vers celui qui est l’Aurore de sa révélation et vers tout ce qu’il a manifesté, leur attitude serait jugée par Dieu hautement méritoire. […]

Magnifie son nom et sois de ceux qui rendent grâces. Transmets mon salut à mes bien-aimés que Dieu a distingués pour son amour et auxquels il a permis de réaliser leurs aspirations. Et gloire à Dieu, le Seigneur de tous les mondes !

LXXXVII

Lawh-i-‘Abdu’r-Razzáq.

Passons à ta question : « Comment ne reste-t-il aucune trace des prophètes qui précédèrent Adam, le Père de l’humanité, ou des rois qui vivaient au temps de ces prophètes ? » Sache que l’absence de toute mention les concernant n’est pas une preuve que ces rois et ces prophètes n’aient point existé. Le fait qu’aucun souvenir n’ait été gardé d’eux tient à leur extrême éloignement dans le temps, aussi bien qu’aux grands changements survenus dans le monde depuis leur époque.

De plus, les modes d’écriture qui ont cours aujourd’hui étaient inconnus des générations pré-adamiques. Il fut même un temps où les hommes ignoraient complètement l’art d’écrire et avaient adopté un système tout à fait différent de celui utilisé de nos jours.

De longues explications seraient nécessaires pour un exposé convenable de la question.

Considère les changements qui se sont produits depuis les jours d’Adam. Les diverses langues, si largement répandues, que parlent aujourd’hui les peuples de la terre, étaient inconnues à l’origine, comme l’étaient d’ailleurs les lois et coutumes actuellement en vigueur. Les peuples de ces époques parlaient une langue différente de celles connues actuellement. La diversification du langage se produisit plus tard dans un pays appelé Babel, lequel fut ainsi désigné parce que le terme « Babel » signifie « lieu où se produisit la confusion des langues ».

C'est ultérieurement que prévalut le syriaque, langue dans laquelle furent révélées les Ecritures sacrées de l’ancien temps. Plus tard apparut Abraham, l’Ami de Dieu, qui répandit sur le monde la lumière de la révélation divine. Le langage qu’il employait lors de sa traversée du Jourdain prit le nom d’hébreu (‘Ibrání) qui signifie « langue de la traversée ».

Les livres de Dieu et les Ecritures sacrées furent dès lors rédigés dans cette langue, et l’arabe ne devint la langue de la révélation qu'après un laps de temps considérable. […]

Vois donc le nombre et l’importance des changements survenus dans le langage écrit et parlé depuis les jours d’Adam. Combien plus grands encore ont-ils dû être avant lui !

Notre intention, en révélant ces paroles, est de montrer que le seul vrai Dieu, en sa condition transcendante, se trouve et restera pour l’éternité, infiniment exalté au-dessus de la louange et des conceptions de tout ce qui n’est pas lui. Sa création a toujours existé et, de temps immémorial, des Manifestations de sa gloire divine et des Aurores d’éternelle sainteté ont été envoyées avec mission d’appeler l’humanité à reconnaître le seul vrai Dieu.

Le fait que le nom de quelques-unes d’entre elles soit oublié, et que toute trace de leur passage soit perdue, doit être imputé aux troubles et aux changements qui ont frappé le monde.

Certains livres font mention d’un déluge où fut détruit tout ce qui existait, souvenirs historiques aussi bien que le reste. D’autres cataclysmes effacèrent aussi toute trace de nombreux événements. De plus, les récits d’ordre historique qui subsistent aujourd’hui présentent entre eux des divergences de sorte que chaque peuple a sa version de l’âge de la terre et de son histoire. Les uns font remonter leur origine à huit mille ans, d’autres à douze mille. Pour qui a lu le livre de Júk, il est clair que les récits des divers livres diffèrent largement.

Dieu veuille que, tournant les yeux vers la sublime Révélation, tu ne tiennes absolument aucun compte de ces traditions et récits qui se contredisent les uns les autres.

LXXXVIII

Riḍvánu‘Adl, à Siyyid Muḥammad Riḍá Shahmírzádí.

Sachez que l’essence de justice et sa source sont incarnées dans les préceptes prescrits par celui qui est la manifestation du Soi de Dieu parmi les hommes, si vous êtes de ceux qui reconnaissent cette vérité. Il incarne véritablement la norme infaillible et la plus élevée de la justice pour toute la création. Même si sa loi devait semer l’épouvante dans le cœur de tous ceux qui sont dans le ciel et sur la terre, cette loi ne serait encore que justice manifeste. Les troubles et les peurs que la révélation de cette loi peut jeter dans les cœurs sont comparables aux cris d’effroi du bébé privé du sein de sa mère, si vous êtes de ceux qui comprennent. Si les hommes pouvaient pénétrer l’intention profonde de la révélation divine, ils rejetteraient toute crainte, et leur cœur se remplirait d’allégresse et de gratitude.

LXXXIX

Tafsír-i-Súriy-i-Va’sh-Shams (Acre), à Shaykh Maḥmúd Muftí.

La parole de Dieu - exaltée soit sa gloire - dure éternellement, tu le crois avec fermeté.

De même, sache qu'il te faut croire d’une foi aussi ferme que jamais la signification de cette parole ne saurait être épuisée. Seuls ceux qui en sont les interprètes officiels, ceux dont le cœur est dépositaire de ses secrets ont le pouvoir d’en comprendre toute la sagesse.

Quiconque lit les Ecritures sacrées et éprouve la tentation de choisir ce qui peut lui servir à récuser l’autorité du Représentant de Dieu parmi les hommes, est en vérité semblable à un mort, bien que, selon les apparences extérieures, il semble marcher, converser avec ses voisins, partager leur nourriture et leur boisson.

Puisse le monde me croire ! Si tout ce qui se trouve enfermé dans le cœur de Bahá et tout ce que lui a enseigné le Seigneur, son Dieu, le Seigneur de tous les noms, était dévoilé à l’humanité, il ne se trouverait pas un seul homme qui n’en fût confondu.

Combien grande est la multitude des vérités que le vêtement des mots ne saurait contenir ! Combien nombreuses sont ces vérités qu’aucune expression ne peut rendre de façon adéquate, dont le sens ne pourra jamais être dévoilé, et auxquelles il est impossible de faire l’allusion même la plus lointaine ! Combien de ces vérités doivent rester inexprimées jusqu’à ce que soit venu le temps fixé pour leur révélation ! Ainsi qu’il a été dit : « Tout ce qu’un homme sait ne peut pas toujours être communiqué ; quant à tout ce qui peut être communiqué, il n’est pas toujours opportun de le faire et tout ce qui pourrait être opportunément communiqué ne correspond pas toujours à la réceptivité de ceux qui l’écoutent. “

Parmi ces vérités, il en est qui ne peuvent être révélées que dans la mesure où sont capables de les recevoir les dépositaires de la lumière de notre science et ceux qui reçoivent notre grâce cachée. Nous prions Dieu de te fortifier de sa puissance et de te rendre capable de reconnaître celui qui est la source de toute science, afin que tu puisses te détacher de tout savoir humain. « Que servirait en effet à un homme de courir après ce savoir, quand il a déjà trouvé et reconnu celui qui est l’objet de toute connaissance ? “

Attache-toi à la Racine du savoir et à celui qui en est la source, afin de te rendre indépendant de tous ceux qui se prétendent versés dans la science humaine, et dont ni revendication ni preuve manifeste, pas plus que le témoignage d’un quelconque livre éclairé, ne peuvent soutenir la prétention.

XC

Kitáb-i-Iqán.

D’autant que, dans les cieux et sur la terre, chaque chose est la preuve directe de la révélation en elle-même des attributs et des noms de Dieu puisqu’en tout atome sont enchâssés les signes qui portent un éloquent témoignage de la révélation de cette très grande Lumière. Il me paraît même qu’aucun être ne pourrait exister sans la puissance de cette révélation. Combien resplendissantes sont les étoiles de connaissance qui brillent dans un atome et que vastes sont les océans de sagesse qui s’enflent dans une goutte d’eau ! C’est vrai, à un degré suprême, de l’homme qui, entre toutes choses créées, est drapé du vêtement de tels dons et choisi pour la gloire d’une telle distinction. Car en lui sont virtuellement révélés, à un degré qu’aucune autre chose créée ne saurait atteindre ou dépasser, tous les noms et attributs de Dieu. Tous ces noms et attributs lui sont applicables. Ainsi a-t-il été dit : « L’homme est mon mystère et je suis son mystère. “

Multiples sont les versets révélés à maintes reprises dans les Livres célestes et les saintes Ecritures, exposant ce thème subtil et sublime. Ainsi a-t-il été révélé : « Nous leur montrerons bientôt nos Signes, dans l’univers et en eux-mêmes. » Et de nouveau: « Et en vous-mêmes, des Signes pour ceux qui croient fermement. Ne les voyez-vous pas ? » Et encore : « Ne ressemblez pas à ceux qui oublient Dieu ; Dieu fait qu’ils s’oublient euxmêmes.

» À ce propos, a déclaré celui qui est le Roi éternel – puissent les âmes de tous ceux qui habitent la tente mystique lui être offertes en sacrifice : « Il a connu Dieu, celui-là qui s’est connu lui-même. ». […]

De ce qui vient d’être dit, il est évident que toutes choses, en leur réalité essentielle, témoignent de la révélation en elles des noms et attributs de Dieu. Chacune, selon sa capacité, montre et exprime la connaissance de Dieu. Cette révélation est si puissante et universelle qu’elle embrasse toutes choses, tant visibles qu’invisibles. Ainsi a-t-il révélé : « Existe-t-il en dehors de toi un pouvoir de révélation que tu ne possèdes pas, qui aurait pu te manifester ? Aveugle est l’œil qui ne te perçoit point. » De même le Roi éternel a dit : « Il n’y a aucune chose que je perçoive sans y percevoir Dieu, Dieu dedans, Dieu devant ou Dieu derrière. » Dans la tradition de Kumayl, il est aussi écrit : « Vois : une lumière a brillé du matin de l’éternité, et voilà que ses ondes ont pénétré la réalité essentielle de tous les hommes. » L’homme, la plus noble et la plus parfaite de toutes les choses créées, les surpasse toutes par la force de cette révélation, et en exprime une gloire plus complète. Et de tous les hommes, les plus accomplis, les plus éminents et les plus excellents sont les Manifestations du Soleil de vérité. Mieux, hormis ces Manifestations, tous vivent par l’opération de leur volonté, en tirent existence et se meuvent par l’effusion de leur grâce.

XCI

Kitáb-i-Iqán.

Entre autres preuves de la vérité de cette révélation se trouve celle-ci : en toute époque et dans chaque dispensation, toutes les fois que l’invisible Essence s’est révélée dans la personne de sa Manifestation, des âmes humbles et dégagées de toutes entraves terrestres ont recherché la lumière du Soleil de la prophétie et de la Lune de la direction divine, et trouvé accès à la divine Présence. D’où le mépris et les sarcasmes dont les ont accablés les religieux et les riches de leur temps. Ainsi qu’il l’a révélé au sujet de ceux qui errent : « Les chefs de son peuple, qui n’étaient pas croyants, dirent : Nous ne voyons en toi qu’un mortel semblable à nous. Nous ne te voyons, à première vue, suivi que par les plus méprisables d’entre nous. Nous ne voyons en vous aucune supériorité sur nous. Nous vous prenons, au contraire, pour des menteurs ». Ils critiquèrent ces saintes Manifestations et protestèrent : « Nul ne vous a suivis que les plus abjects d’entre nous, des gens qui ne méritent aucune considération. » Ils voulaient ainsi montrer que personne parmi les savants, les riches et les gens éminents n’avait cru en elles. C’est comme cela et avec des preuves similaires qu’ils cherchèrent à établir l’imposture de celui qui, pourtant, ne disait que la vérité.

Mais lors de cette resplendissante dispensation, de cette souveraineté sublime, nombre de religieux éclairés, d’hommes d’une science consommée, de docteurs d’une profonde sagesse ont accédé à sa Cour, bu à la coupe de sa Présence divine et reçu l’honneur de sa faveur la plus précieuse. Ils ont, pour l’amour du Bien-Aimé, renoncé au monde et à tout ce qu’il contient. […]

Tous ceux-là, guidés par la lumière de ce Soleil de la révélation divine, confessèrent et reconnurent sa vérité. Leur foi était telle que la plupart d’entre eux abandonnèrent leurs biens et leurs proches pour s’attacher au bon plaisir du Très-Glorieux. Ils offrirent leur vie pour leur Bien-Aimé et sacrifièrent tout sur son chemin. Leurs poitrines servirent de cibles aux traits de l’ennemi et leurs têtes ornèrent les piques des infidèles. Il n’est point de terre qui n’ait bu le sang de ces Incarnations du détachement, point d’épée qui n’ait meurtri leur cou. Leurs actes, à eux seuls, témoignent de la vérité de leurs paroles. Ce témoignage rendu par ces âmes saintes qui se sont glorieusement levées pour offrir leur vie à leur Bienaimé et dont le sacrifice a forcé l’admiration du monde, ne suffit-il pas à convaincre les gens d’aujourd’hui ? N’est-ce pas un témoignage suffisant contre la déloyauté de ceux qui ont, pour un denier, trahi leur foi, troqué l’immortalité contre ce qui périt, renoncé pour des sources saumâtres au Kawthar de la Présence divine, et qui n’ont qu’un but dans la vie, usurper le bien d’autrui ? Tu vois toi-même comment, tout occupés qu’ils sont des vanités de ce monde, ils errent loin de celui qui est le Seigneur, le Très-Haut.

Soyez justes : n’est-il pas acceptable et digne d’attention le témoignage de ceux dont les actes confirment les paroles et qui accordent leur conduite avec leur vie intérieure ?

L’esprit est dérouté par leurs actes et l’âme s’émerveille de leur force d’âme et de leur endurance physique. Ou est-il recevable le témoignage de ces êtres sans foi qui ne respirent que le désir égoïste et gisent prisonniers dans la cage de leurs vaines imaginations ? Pareils aux chauves-souris des ténèbres, ils ne lèvent la tête de leur couche que pour poursuivre le transitoire de ce monde et, la nuit, n’ont de repos qu’ils n’aient réussi à faire avancer leurs affaires sordides. Plongés dans leurs machinations égoïstes, ils oublient totalement le décret divin. Le jour, ils s’acharnent à poursuivre de toute leur âme des bénéfices matériels et la nuit, ne s’emploient qu’à satisfaire leurs désirs charnels. En vertu de quelle loi et de quel critère peut-on donner raison à ces âmes mesquines qui adhèrent au refus de croire et ignorent la foi de ceux qui, pour l’amour du bon plaisir de Dieu, ont renoncé à leur vie et leurs biens, à leur célébrité et leur renommée, à leur réputation et leur honneur ? […]

Avec quel amour, quelle dévotion, quelle exultation, quelle sainte extase ils ont sacrifié leur vie dans le sentier du Très-Glorieux ! De cette vérité tous témoignent. Comment ces gens peuvent-ils néanmoins rabaisser cette révélation ? Un autre âge a-t-il été témoin d’événements aussi considérables ? Si ces compagnons ne sont point les véritables champions en quête de Dieu, à qui d’autre pourra-t-on donner ce nom ? Ces compagnons cherchaient-ils la gloire ou le pouvoir ? Aspiraient-ils aux richesses ? Nourrissaient-ils d’autre désir que celui de satisfaire le bon plaisir de Dieu ? Et si ces compagnons, avec leurs merveilleux témoignages et leurs œuvres admirables, sont dans l’erreur, qui alors peut se réclamer de la vérité ? Je jure par Dieu ! Leurs actes eux-mêmes sont un témoignage suffisant, une preuve irréfutable pour tous les peuples de la terre, si les hommes pesaient en leur cœur les mystères de la révélation divine. « Les injustes connaîtront bientôt le destin vers lequel ils se tournent ! “

Considère ces martyrs d’une indubitable sincérité, dont le texte explicite du Livre fait foi de la véracité et qui, ainsi que tu en as toi-même été témoin, ont tous sacrifié leur vie, leurs biens, leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu’ils avaient pour s’élever jusqu’aux plus hautes demeures du paradis. Est-il juste de rejeter le témoignage que ces êtres détachés et sublimes ont rendu à la vérité de cette prééminente et glorieuse révélation, et de tenir pour recevables les accusations portées contre cette Lumière resplendissante par ces mécréants qui pour de l’or ont renié leur foi et pour le pouvoir ont rejeté celui qui est le Guide souverain de l’humanité ? Et ceci alors que leur caractère est maintenant révélé à quiconque les reconnaît comme ceux qui sous aucun prétexte n’abandonneront le moindre iota de leur autorité terrestre pour l’amour de la sainte foi de Dieu et encore moins leur vie, leurs biens et tout le reste !

XCII

Le livre de Dieu est grand ouvert, et sa parole appelle à lui tous les hommes. Mais il ne s’en est trouvé qu’une poignée pour adhérer à sa cause, ou pour s’employer à la répandre.

Ce petit nombre a reçu le divin élixir qui peut seul changer en or pur l’écume du monde, en même temps que le pouvoir d’administrer l’infaillible remède aux maux dont souffrent les enfants des hommes. Aucun homme ne peut parvenir à la vérité éternelle sans avoir embrassé la vérité de cette inestimable, merveilleuse et sublime révélation.

Ô amis de Dieu, tendez l’oreille à la voix de celui que le monde a si injustement traité, et attachez-vous fermement à tout ce qui peut exalter sa cause. En vérité, il guide qui lui plaît en son droit chemin. C’est là une révélation qui communique de la force aux faibles et couvre de richesse les destitués.

Consultez-vous les uns les autres dans un esprit d’extrême amitié et de parfaite fraternité et consacrez les jours précieux de votre vie à l’amélioration du sort du monde et à l’avènement de la cause de celui qui est l’ancien et souverain Seigneur de tous. Il ordonne aux hommes ce qui est juste, et il leur défend ce qui les dégrade.

XCIII

Lawḥ-i-Tafsír-i-Bayt-i-Sa’dí, à Shaykh Salmán.

Sache que toute chose créée est un signe de la révélation de Dieu. Chacune, selon sa capacité, est et restera un symbole du Tout-Puissant. Ayant décidé, lui, le souverain Seigneur de tous, de révéler sa souveraineté dans le domaine des noms et attributs, il a, par un acte de sa volonté, fait de chaque chose créée un signe de sa gloire. Si pénétrante et si répandue est cette révélation, qu’il n’y a rien dans l’univers qui n’en reflète la splendeur.

Dans ces conditions, s’efface toute évocation d’éloignement ou de proximité. […] Si la main du divin pouvoir retirait aux choses créées ce don inestimable, l’univers en deviendrait vide et désolé.

Admire combien le Seigneur est infiniment exalté au-dessus de toutes choses créées.

Contemple sa majesté souveraine, son autorité, son pouvoir suprême. Si ces choses qu’il a créées - exaltée soit sa gloire - et dont il a fait des manifestations de ses noms et attributs, se trouvent, par la vertu de la grâce dont il les a dotées, au-dessus de toutes conditions de proximité et d’éloignement, combien plus élevée doit se trouver l’Essence divine qui les a appelées à l’existence !. […]

Médite ce qu’a écrit le poète : « Ne t’étonne pas que mon Bien-Aimé soit plus près de moi que je ne le suis moi-même ; étonne-toi plutôt qu’en dépit de sa proximité, je reste, moi, si loin de lui ». […] Lorsque le poète se réfère à ce que Dieu a révélé : « Nous sommes plus près de l’homme que la veine de son cœur », il a voulu dire par ce verset que Dieu se trouve plus près de moi que la veine de mon cœur, tout pénétré que soit mon être de la révélation de mon Bien-Aimé, malgré ma certitude de la réalité de cette révélation et ma reconnaissance de ma condition. Il veut dire par là que son cœur où siège le Miséricordieux et où trône la splendeur de sa révélation est oublieux de son Créateur, s’est écarté de sa voie, privé de sa gloire et a subi la souillure des désirs terrestres.

Il convient, à ce propos, de rappeler que le seul vrai Dieu est, en lui-même, exalté audelà et au-dessus des états d’éloignement et de proximité. Sa réalité transcendante ne connaît pas de telles limitations. Sa relation avec ses créatures ne connaît point de degrés.

Que certaines d’entre elles soient proches et que d’autres soient éloignées est dû aux Manifestations elles-mêmes.

Le fait que le cœur humain soit le siège de la révélation de Dieu, le TrèsMiséricordieux, est attesté par les saintes déclarations que nous avons autrefois révélées.

Entre autres, se trouve celle-ci : « La terre et le ciel ne me peuvent contenir ; seul, peut me contenir le cœur de celui qui croit en moi et qui est fidèle à ma cause. » Le cœur humain, dépositaire de la lumière divine et siège de la révélation du Miséricordieux, s’écarte si souvent de celui qui est la source de cette révélation et de cette lumière. C’est l’indocilité du cœur qui l’éloigne de Dieu et le condamne à être séparé de lui. Quant aux cœurs pleinement conscients de sa présence, ils sont proches de lui et l’on peut dire qu’ils se sont approchés de son trône.

Considère, en outre, combien fréquemment l’homme est oublieux de lui-même, alors que Dieu, par sa connaissance qui englobe toute chose, reste conscient de sa créature et continue de répandre sur elle l’éclat manifeste de sa gloire. Il est donc évident que, dans ces conditions, Dieu se trouve plus près de sa créature que celle-ci ne l’est elle-même. Et il le demeurera à jamais, car tandis que le seul vrai Dieu connaît, perçoit et embrasse toutes choses, l’homme est enclin à l’erreur et ignorant des mystères qu’il porte au-dedans de luimême.

Qu’on n’aille pas imaginer qu’en disant que toutes choses créées sont les signes de la révélation de Dieu, nous entendions - Dieu nous en préserve - que tous les hommes, bons ou mauvais, croyants ou mécréants, sont égaux devant Dieu. Cela n’implique pas davantage que l’Être divin - magnifié soit son nom et exaltée sa gloire - soit en aucune façon comparable aux hommes, ni qu’il puisse, en quelque manière, être associé à ses créatures. Cette erreur est commise par quelques insensés qui, tentant de se hausser jusqu’aux cieux de leurs vaines imaginations, ont prétendu que l’unité divine signifiait que toutes choses créées sont des signes de Dieu, et qu’il s’ensuivait qu’aucune distinction ne saurait être établie entre eux. D’autres, les dépassant dans une telle erreur, vont jusqu’à prétendre que ces signes ne sont rien de moins que les pairs et associés de Dieu lui-même.

Juste ciel ! il est, en vérité, un et indivisible, un dans son essence et un dans ses attributs !

Tout ce qui n’est pas lui n’est rien en face de la resplendissante révélation d’un seul de ses noms qui ne contient que la plus faible lueur de sa gloire, et combien moins en face de Dieu lui-même !

Par la justice de mon nom, le Miséricordieux ! à la révélation de ces paroles, la Plume du Très-Haut est agitée d’un tremblement douloureux. Combien chétive et insignifiante est l’évanescente goutte d’eau auprès des lames et des vagues houleuses de l’océan divin sans limite et sans fin, et combien méprisable, au regard de l’ineffable gloire incréée de l’Éternel, apparaît tout ce qui est contingent et périssable ! Pour ceux qui entretiennent de telles croyances et profèrent de tels propos, nous implorons le pardon du Dieu toutpuissant.

Dis : Ô peuple, comment comparer l’Absolu à une pensée éphémère, et comment assimiler le Créateur à ses créatures qui ne sont que les signes tracés par sa plume ? Que dis-je ! ce qui sort de cette plume excelle toutes choses, est infiniment exalté au-dessus de toute créature.

Considère encore dans leurs rapports mutuels les signes de la révélation de Dieu. Le soleil, par exemple, qui n’est qu’un de ces signes, peut-il être mis au même rang que les ténèbres ? Le seul vrai Dieu m’en rend témoignage ! Nul homme ne le croira possible, à moins que son cœur ne soit desséché et ses yeux entièrement abusés. Dites : Considérez votre propre personne. Vos ongles et vos yeux en font partie. Leur attribuerez-vous même rang et même valeur ? Si vous acquiescez, alors en vérité, vous accusez d’imposture le Seigneur, mon Dieu, le Très-Glorieux, car vous coupez les uns et vous prenez soin des autres comme de votre propre vie.

Il n’est aucunement permis de transgresser les limites de son rang et de son état.

Ceux-ci doivent être maintenus dans leur parfaite intégrité. Autrement dit, toute chose créée doit être considérée sous l’angle du rang qui lui a été assigné.

Il ne faut pas perdre de vue que lorsque la lumière de mon nom, l’Omnipénétrant, répand son éclat sur le monde, toute chose créée est, selon un décret immuable, douée de la capacité d’exercer une influence particulière, et mise en possession d’une vertu distincte.

Considère les effets du poison. Encore que mortel, il peut, dans certaines conditions, exercer une influence bienfaisante. Le pouvoir dont toute chose créée est imprégnée est la conséquence directe de la révélation de ce nom béni. Gloire à celui qui est le Créateur de tous les noms et attributs ! Jetez au feu l’arbre pourri et desséché, restez à l’ombre de l’arbre vert et florissant et prenez votre part de ses fruits.

La plupart de ceux qui vécurent aux jours des Manifestations de Dieu ont émis ce genre de propos inconvenants. Ceux-ci sont recueillis en détails dans les Livres révélés et les saintes Écritures.

Est vraiment croyant en l’unité de Dieu quiconque reconnaît en toutes choses créées et en chacune d’elles, le signe de la révélation de celui qui est la Vérité éternelle, et non pas celui qui maintient que la créature ne se distingue pas du Créateur.

Penche-toi, par exemple, sur la révélation de la lumière du nom de Dieu, l’Éducateur.

Vois comment se manifestent en toutes choses les preuves de cette révélation, comment l’amélioration de tous les êtres en dépend. Cette éducation est de deux sortes. L’une est universelle. Son influence pénètre toutes choses et entretient leur existence. C’est pour cette raison que Dieu s’est donné le titre de « Seigneur de tous les mondes ». L’autre est réservée à ceux qui se sont mis à l’ombre de ce nom et qui ont recherché l’abri de cette puissante révélation. Quant à ceux qui l’ont dédaignée, ils se sont eux-mêmes frustrés de ce privilège et ne peuvent bénéficier de la nourriture spirituelle envoyée par la grâce céleste de ce Plus-Grand-Nom. Quel abîme sépare les uns des autres ! Si le voile était levé et qu’apparût dans la plénitude de sa gloire la condition de ceux qui se sont résolument tournés vers Dieu et qui, pour l’amour de lui, ont renoncé au monde, la création tout entière en serait frappée de stupeur. Ainsi que cela a déjà été expliqué, le vrai croyant en l’unité de Dieu verra dans le croyant et dans l’incroyant les signes évidents de la révélation de ces deux noms. Si cette révélation était abolie, tous périraient.

Penche-toi de même sur la révélation de la lumière du nom de Dieu, l’Incomparable.

Vois comment cette lumière a enveloppé toute la création, comment toutes les choses créées manifestent les signes de son unité, attestent la réalité de celui qui est la Vérité éternelle et proclament sa souveraineté, son unité et sa puissance. Cette révélation est un gage de sa miséricorde qui a englobé toutes choses créées. Ceux, toutefois, qui ont prêtés à Dieu des associés restent ignorants d’une telle révélation. Ils sont privés de la foi par laquelle ils auraient pu s’approcher de lui et s’unir à lui. Vois comment les divers peuples et phratries de la terre témoignent de son unité. S’ils ne portaient pas en eux-mêmes le signe de cette unité, ils n’eussent jamais reconnu la vérité des paroles : « Il n’est d’autre Dieu que Dieu ». Et pourtant, vois comme ils ont lamentablement erré, comme ils se sont écartés de sa voie. En refusant de reconnaître la révélation souveraine, ils ont cessé de compter parmi les vrais croyants en l’unité de Dieu.

En un sens, ce signe de la révélation de l’Être divin que portent en eux-mêmes ceux qui ont donné à Dieu des associés, peut être considéré comme un reflet de la gloire dont sont illuminés les fidèles. Mais c’est là une vérité accessible à ceux-là seulement qui sont doués de compréhension. Ceux qui ont vraiment reconnu l’unité de Dieu doivent être regardés comme les premiers à manifester ce nom. Eux ont bu à longs traits dans la coupe que leur tendait la main de Dieu le vin de l’unité divine, et ont tourné leur face vers lui.

Quelle distance sépare ces êtres sanctifiés de ces hommes qui errent si loin de Dieu ! […]

Veuille le Seigneur que, d’un regard pénétrant, tu perçoives en toutes choses le signe de la révélation de celui qui est l’ancien Roi et que tu reconnaisses combien cet Être saint et sacré est exalté par-dessus toute la création. Telles sont, en vérité, la racine et l’essence même de la croyance en l’unité divine. « Dieu était seul ; il n’y avait personne autre que Lui. » Il est maintenant ce qu’il a toujours été. Il n’est d’autre Dieu que lui, l’Unique, l’Incomparable, le Tout-Puissant, le Sublime, le Très-Grand.

XCIV

À Jináb-i-Háshim.

Passons maintenant à ce que tu as dit concernant l’existence de deux dieux. Prends garde, prends bien garde d’être ainsi conduit à donner des associés au Seigneur, ton Dieu.

Il est, et a toujours été seul et unique, sans pair ni égal, éternel dans le passé, éternel dans l’avenir, indépendant de toutes choses, sans limite, immuable et absolu. Il ne s’est adjoint aucun associé dans son royaume, aucun conseiller pour le guider, ni personne qui puisse lui être comparé et dont la gloire puisse rivaliser avec sa gloire. De cela portent témoignage tous les atomes de l’univers et, par-delà, les hôtes des royaumes célestes qui occupent les régions les plus élevées et dont les noms sont rappelés devant le Trône de gloire.

Du fond du cœur, témoigne de cette déclaration faite par Dieu lui-même, et pour luimême, qu’il n’y a d’autre Dieu que lui, que tout ce qui n’est pas lui n’existe que par son ordre, que tout a été façonné avec sa permission, est assujetti à sa loi, rentre dans l’oubli lorsqu’on le compare aux preuves glorieuses de son unité, et n’est que pur néant auprès des puissantes révélations de son unité. De toute éternité, Dieu fut un dans son essence, un dans ses attributs, un dans ses œuvres. La comparaison n’est applicable qu’à ses créatures et l'idée d’association est une notion qui n’appartient qu’à ceux qui le servent. Son essence est incommensurablement exaltée au-dessus des descriptions que peuvent faire de lui ses créatures. Il est seul à occuper le trône de majesté transcendante, de suprême et inaccessible gloire. L’oiseau du cœur de l’homme, si haut qu’il plane, ne pourra atteindre les sommets de son essence inconnaissable. C’est lui qui a appelé à l’être toute la création, lui qui, par son ordre, a fait surgir du néant toute chose créée. Et vraiment, cette créature née par la puissance de la parole que sa plume a révélée et qu’a dirigée l’index de sa volonté, peut-elle lui être associée ou être tenue pour une incarnation de Dieu lui-même ?

Incompatibles avec sa gloire est la plume ou la langue qui chercherait à faire allusion à son mystère ou le cœur humain qui tenterait de concevoir son essence. Tous ceux qui ne sont pas lui se tiennent à sa porte, pauvres et désolés, impuissants devant la grandeur de sa puissance, simples esclaves en son royaume. Il est, en vérité, assez riche pour se passer de toutes ses créatures.

Quant au lien de servitude qui unit l’adorateur à l’Adoré, la créature à son Créateur, il n’est qu’un gage de pure faveur de la grâce divine, et en aucun cas l’indication de quelque mérite que les hommes pourraient posséder. De cela tout vrai croyant éclairé portera témoignage.

XCV

À Ni‘matu’lláh.

Sache que, selon les décrets du livre de ton Seigneur, le Seigneur de tous les hommes, les faveurs qu'il dispense à l’humanité sont, et demeurent à jamais, sans limitation. Le don de l’intelligence vient en premier lieu parmi ces faveurs conférées aux hommes par le Tout-Puissant. En accordant un tel don à sa créature, son intention est avant tout de la rendre capable de connaître et d’accepter le seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire.

Ce don confère à l’homme le pouvoir de discerner la vérité en toutes choses, le conduit à ce qui est juste et l’aide à découvrir les secrets de la création. Vient ensuite le sens de la vue, principal instrument qui permet à l’intelligence de fonctionner. L’ouïe, la sensibilité et les autres sens sont également au nombre des bienfaits dont le corps humain est gratifié.

Immensément exalté est le Tout-Puissant qui a créé ces facultés et les révèle dans le corps de l’homme.

Chacune d’elles est une preuve évidente de la majesté, de la puissance, de l’autorité et de l’universelle science du seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire. Considère le sens du toucher. Vois comme son pouvoir s’étend au corps humain tout entier. Alors que l’ouïe et la vue sont chacune localisées en un point particulier, le sens du toucher embrasse, lui, la totalité du corps. Glorifiée soit la puissance de Dieu, et magnifiée sa souveraineté !

Ces dons sont inhérents à l’homme. Quant au don qui surpasse tous les autres, est inaltérable dans sa nature et se rattache à Dieu lui-même, c’est le don de la révélation divine. Tous les bienfaits accordés à l’homme par le Créateur, tant matériels que spirituels, dépendent de ce don-là. Il est, en son essence et pour toujours, le pain qui descend du ciel.

Il est le suprême témoignage de Dieu, la plus évidente manifestation de sa vérité, le signe de sa générosité parfaite, le gage de sa miséricorde universelle, la preuve de sa tendre providence, le symbole de sa grâce achevée. Et, en vérité, il a reçu sa part de ce don suprême de Dieu, celui qui reconnaît sa Manifestation en ce jour.

Rends grâces à Dieu de t’avoir conféré un si grand bienfait. Élève la voix et dis : Sois loué ! ô toi, Désir de tout cœur éclairé.

XCVI

La Plume du Très-Haut ne cesse d’appeler, et cependant, bien peu prêtent l’oreille à sa voix ! Les habitants du royaume des noms s’attachent à l’aspect agréable du monde, oublieux de la fugacité de ses couleurs qui est évidente pour tout homme qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.

Une vie nouvelle anime en cet âge tous les peuples de la terre, mais personne n’en a découvert la cause ni perçu la raison. Considère les peuples de l’Occident. Vois comment, tout à leur poursuite de réalisations médiocres et vaines, ils sacrifient encore et toujours d’innombrables existences pour en assurer l’établissement et le développement ! Quant aux peuples de la Perse, ils sont découragés et plongés dans une léthargie profonde, bien que dépositaires d’une révélation lumineuse dont la renommée s’est répandue sur la terre entière.

Ô amis, ne négligez pas les vertus dont vous avez été doués, ne soyez pas indifférents à votre haute destinée. Ne souffrez point que vos œuvres soient perdues, à cause des vaines imaginations conçues par quelques cœurs pervers. Vous êtes les étoiles du ciel de la compréhension, la brise qui souffle au point du jour, les eaux tranquilles dont dépend la vie même de tous les hommes, les lettres inscrites sur le rouleau sacré de Dieu.

Profondément unis, et dans un esprit de fraternité parfaite, efforcez-vous d’être capables d’accomplir ce qui convient en ce jour de Dieu. En vérité, je vous le dis, discorde, dissensions et tout ce qu’abhorre l’esprit humain sont choses indignes de votre rang.

Concentrez vos énergies sur la propagation de la foi de Dieu. Que celui qui est digne de répondre à un si noble appel se lève pour la répandre. Quant à celui qui ne peut le faire, qu’il délègue un autre pour proclamer en ses lieu et place cette révélation dont la puissance ébranle dans leurs fondements les plus solides édifices, réduit les montagnes en poussière et jette toutes les âmes dans la confusion. Si la grandeur de ce jour était révélée dans sa plénitude, chacun, pour avoir part à sa gloire, ne fût-ce qu’un instant, sacrifierait des myriades d’existences et jusqu’à ce monde et ses trésors périssables !

Prenez la sagesse pour guide dans toutes vos actions et restez-lui assurément fidèles.

Dieu veuille vous fortifier pour accomplir sa volonté et vous faire apprécier comme il convient le rang sublime auquel il a promu ses aimés qui se lèvent pour le servir et magnifier son nom. Que sur eux soient la gloire de Dieu, la gloire de tout ce qui existe sur la terre et dans le ciel, la gloire des hôtes du très exalté paradis, au plus haut des cieux.

XCVII

À ‘Alí Muḥammad-i-Siráj.

Vois les doutes que ceux qui donnent des associés à Dieu ont semés dans le cœur des habitants de ce pays. Ils demandent : « Est-il possible de changer le cuivre en or ? “

Dis : Certes, par mon Seigneur ! cela est possible. Mais ce secret gît au cœur de notre science. Nous le révélerons à qui nous voudrons. Que quiconque doute de notre pouvoir demande au Seigneur, son Dieu, de lui découvrir ce secret et de l’assurer de sa vérité. Que le cuivre puisse être changé en or prouve que l’or peut aussi être changé en cuivre, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre cette vérité. À tout minéral on peut faire acquérir la densité, la forme et la substance de chacun des autres minéraux. Cette science-là est nôtre dans le Livre caché.

XCVIII

Kitáb-i-Aqdas.

Dis : Ô chefs religieux, ne pesez pas le Livre de Dieu selon les normes et les connaissances qui ont cours parmi vous, car le Livre est lui-même la balance infaillible établie parmi les hommes. Cette balance parfaite doit peser ce que possèdent tous les peuples et les gens de la terre, tandis que son poids devrait être jaugé d’après son propre étalon, puissiez-vous le savoir.

L’œil de ma tendre bonté pleure douloureusement sur vous, car vous n’avez pas su reconnaître celui que vous appeliez jour et nuit, soir et matin. Ô peuple, avance, le visage blanc comme neige et le cœur radieux, vers le lieu vermeil et béni, où le Sadratu’l-Muntahá s’écrie : « En vérité, il n’est pas d’autre Dieu que moi, l’omnipotent Protecteur, l’Absolu ! “

Ô chefs religieux, qui parmi vous peut rivaliser avec moi en perspicacité ou en clairvoyance ? Où est celui qui osera se prétendre mon égal en parole ou en sagesse ? Non, par mon Seigneur, le Très-Miséricordieux ! Tout sur terre passa, et voici le visage de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Bien-Aimé.

Ô peuple, nous décrétons que la fin suprême et dernière de toute étude est la reconnaissance de celui qui est l’objet de tout savoir ; et pourtant, voyez comme vous avez laissé votre science vous dissimuler, comme par un voile, celui qui est l’Aurore de cette lumière, par qui chaque chose cachée fut révélée. Si seulement vous pouviez découvrir la source d’où se répand la splendeur de cette parole, vous rejetteriez les peuples du monde et tout ce qu’ils possèdent pour vous approcher de ce Siège de gloire suprêmement béni.

Dis : Voici en vérité le ciel où le Livre mère est précieusement gardé, si seulement vous pouviez le comprendre. Il est celui qui a incité le Rocher à crier et le Buisson ardent à élever la voix sur le mont dominant la Terre sainte et à proclamer : « Le royaume est à Dieu, le souverain Seigneur de tous, le Tout-Puissant, l’Aimant ! “

Nous n’avons fréquenté aucune école ni lu aucun de vos travaux. Prêtez l’oreille aux paroles de celui qui n’est pas érudit, paroles par lesquelles il vous appelle à Dieu, l’Éternel.

Cela vaut mieux pour vous que de posséder tous les trésors de la terre, puissiez-vous le comprendre.

XCIX

À Mullá ‘Alí-Akbar-i-Ayádí.

La croyance en Dieu se meurt dans tous les pays ; Son bienfaisant remède est seul à pouvoir la rétablir. Une impiété corrosive ronge les forces vitales de la société : quoi d’autre que l’élixir de cette puissante révélation pourrait la purifier et lui rendre la vie ? Ô Hakím, l’homme a-t-il le pouvoir d’apporter aux éléments constituant les particules infimes et indivisibles de la matière un changement tel que cette matière soit transmuée en or pur ?

Quelque troublant et difficile que cela paraisse, le pouvoir nous a été donné d’accomplir la tâche bien plus ardue de convertir les forces sataniques en puissances célestes. La force capable d’une telle transformation l’emporte pour produire un changement si grand et d’une telle portée.

C

Lawḥ-i-‘Alí.

Du trône de Dieu, la voix du Héraut divin déclare : Ô vous, mes bien-aimés, ne souffrez point que la frange de mon vêtement sacré soit souillée de la boue des choses de ce monde et ne cédez point aux impulsions de vos désirs corrompus. M’en rend témoignage le Soleil de la révélation divine, qui brille dans la plénitude de sa gloire au ciel de cette prison. Ceux dont le cœur est tourné vers celui qui est l’objet de l’adoration de la création tout entière doivent, en ce jour, s’éloigner et se détacher de toutes choses créées, tant visibles qu’invisibles. Et s’ils se lèvent pour enseigner ma cause, il leur faut s’animer au souffle de celui qui est l’Indépendant et la répandre résolument au loin sur la terre, d’un esprit totalement centré sur lui, d’un cœur détaché de tout et d’une âme purifiée du monde et de ses vanités. Qu’ils choisissent la confiance en Dieu comme meilleur viatique pour les soutenir au cours de leur voyage et qu’ils se vêtent de l’amour de leur Seigneur, le TrèsGlorieux.

Ainsi, leurs paroles toucheront leurs auditeurs.

Il est si large et si profond le fossé qui, en ce jour, nous sépare de ceux qui, tout occupés de leurs passions mauvaises, ont mis leurs espérances dans les choses de la terre et dans leur gloire fugitive ! Souvent, en effet, la cour du Miséricordieux est apparue à ce point dépourvue des richesses de ce monde, que ceux qui vivaient en étroite union avec lui se trouvèrent dans un cruel dénuement. Mais, en dépit de leurs souffrances, la Plume du Très-Haut ne daigna jamais parler des choses de ce monde et de ses trésors, ni même y faire la plus légère allusion. Et si quelque présent lui fut parfois offert, il fut accepté en témoignage de sa grâce envers le donateur. Bien entendu, s’il nous avait plu de nous approprier pour notre usage personnel tous les trésors de la terre, nul n’eut été fondé à discuter notre autorité ni à contester notre droit. Mais peut-on imaginer acte plus méprisable que de solliciter, au nom du seul vrai Dieu, les richesses des hommes ?

Il t’incombe, comme il incombe à tout disciple de celui qui est la Vérité éternelle, d’inviter les hommes à se purifier de tout attachement aux choses de la terre et à se laver de toutes leurs souillures, afin que puisse, sur tous ceux qui l’aiment, se respirer le parfum suave du vêtement du Très-Glorieux.

Quant à ceux qui possèdent la richesse, ils doivent aux pauvres les plus grands égards, car grand est l’honneur que Dieu réserve aux indigents dont la patience est inébranlable. Par ma vie ! aucun honneur ne saurait lui être comparé hormis celui qu’il plait à Dieu de conférer. Grande est la bénédiction réservée au pauvre qui tient son mal secret et l’endure avec patience, et heureux le riche qui prodigue ses biens aux nécessiteux qu’il préfère à lui-même.

Quant à ces nécessiteux, Dieu veuille qu’ils s’efforcent de trouver des moyens d’existence. C’est là un devoir qui, en cette grande révélation, est prescrit à chacun, et dont Dieu tient l’accomplissement pour une bonne action. À qui s’en acquitte fidèlement, l’aide de l’invisible ne fera jamais défaut. Dieu peut, par sa grâce, enrichir qui lui plaît. Il a, en vérité, pouvoir sur toutes choses. […]

Ô ‘Alí, explique aux aimés de Dieu que l’équité est la plus fondamentale des vertus humaines. Elle doit être, en effet, le critère de l’évaluation de toutes choses en ce monde.

Médite un instant sur les malheurs et les afflictions que ce prisonnier a soufferts. Tous les jours de mon existence, je me suis trouvé à la merci de mes ennemis et tous les jours, j’ai enduré de nouvelles tribulations dans le chemin de l’amour de Dieu. J’ai tout accepté avec patience jusqu’à ce que la cause de Dieu soit largement répandue sur la terre. Et s’il se lève maintenant quelqu’un qui, mû par ses vaines imaginations, s’efforce, ouvertement ou en secret, de répandre les germes de la discorde parmi les hommes, pourra-t-on dire que la justice se trouve de son côté ? Non, certes, par celui dont la puissance s’étend sur toutes choses ! Par ma vie ! mon cœur gémit et mes yeux versent des larmes amères sur la cause de Dieu et sur ceux qui ne comprennent pas ce qu’ils disent et imaginent ce qu’ils ne peuvent pas comprendre.

En ce jour, il convient à tout homme de s’attacher fermement au Nom suprême et d’œuvrer pour l’unité de l’humanité. Nul endroit où fuir, nul abri à chercher en dehors de lui.

Si un homme venait à prononcer des paroles propres à détourner ses semblables des rivages de l’océan sans limite de Dieu et à diriger leur cœur, non vers cet Être manifeste et glorieux, mais vers quoi que ce soit ayant revêtu une forme sujette aux limitations humaines - un tel homme, quelle que soit la hauteur de son rang, serait aussitôt dénoncé par la création tout entière pour s’être privé des douces saveurs du Très-Miséricordieux.

Dis : Soyez équitables en votre jugement, hommes dont le cœur est éclairé ! En effet, qui ne l’est point est destitué de tout ce qui caractérise son rang d’homme. Celui qui est la Vérité éternelle sait fort bien ce que les hommes recèlent en leur cœur. Sa longue tolérance a enhardi ses créatures, car il ne déchirera pas le voile avant que l’heure soit venue. Sa miséricorde a contenu la fureur de sa colère et beaucoup ont pensé que le seul vrai Dieu ignorait ce qu’ils perpétraient en secret. Par celui qui est l’Omniscient, l’Informé ! le miroir de sa science ne cesse pas un instant de réfléchir toutes les actions des hommes, avec clarté, précision et fidélité. Dis : Loué sois-tu, ô toi qui caches les péchés des faibles et des abandonnés ! Magnifié soit ton nom, ô toi qui pardonnes leurs offenses aux irréfléchis !

Nous avons défendu aux hommes de suivre les imaginations de leur cœur perverti, afin qu’ils puissent reconnaître celui qui est à la fois l’objet et la source souveraine de toute science, et accepter tout ce qu’il lui plaît de leur révéler. Vois comme ils sont retenus dans les liens de leurs chimères et de leurs vaines imaginations. Par ma vie ! ils sont les propres victimes des inventions de leur cœur et ils ne le savent pas. Tout ce qui sort de leurs lèvres est vain et inutile, et ils ne le comprennent pas.

Nous prions Dieu qu’il accorde sa grâce à tous les hommes et qu’il les rende capables de le connaître et de se connaître eux-mêmes. Par ma vie ! qui le connaît s’élancera dans l’immensité de son amour, détaché du monde et de tout ce qui lui appartient. Rien sur la terre ne saura l’arrêter dans son essor, et moins que tous ceux qui, mus par leurs vaines imaginations, disent ces choses que Dieu interdit.

Dis : Le jour est venu où toute oreille se doit d’être attentive à sa voix. Ecoutez l’appel de cet Opprimé, magnifiez le nom du seul vrai Dieu, ornez-vous de la parure de son souvenir et illuminez votre cœur de la lumière de son amour. C’est la clé qui ouvre le cœur des hommes, le brillant qui polit l’âme de tous les êtres. Qui néglige ce qu’a prescrit l’index impérieux de Dieu vit manifestement dans l’erreur. La concorde et la droiture sont les marques de la véritable foi, plutôt que la dissension et l’inconduite.

Proclame devant les hommes ce que t’a ordonné d’observer celui qui dit la vérité et qui est porteur de la foi de Dieu. Ma gloire est sur toi, ô toi qui as invoqué mon nom, dont les regards sont dirigés vers ma cour et dont la langue célèbre la louange de ton Seigneur, le Bienfaisant.

CI

À Ustád Shír Muḥammad.

Le but qui sous-tend la révélation de tout livre céleste, que dis-je ! de chaque verset de la révélation divine, est d’ouvrir le cœur des hommes au sentiment de la justice et d’éveiller en même temps leur intelligence, afin que la paix et la tranquillité s’établissent fermement entre eux. Tout ce qui instille la fermeté dans le cœur des hommes, tout ce qui exalte leur condition et accroît leur contentement est recevable aux yeux de Dieu. Élevée serait la condition de l’homme s’il se décidait à remplir sa haute destinée ; mais profond est l’avilissement où il sombre, dans des abysses que les créatures les plus viles n’ont jamais atteintes. Saisissez, ô amis, la chance que ce jour vous offre et ne vous privez point des généreuses effusions de la grâce divine. Je prie le Seigneur qu’il rende chacun de vous capable de s’orner, en ce jour béni, de la parure des œuvres pures et saintes. Il fait, en vérité, ce qu’il veut.

CII

À Abu’l-Faḍl Gulpáyigání.

Prête une oreille attentive, ô peuple, à ce qu’en vérité, je te dis. Le seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire, a toujours considéré le cœur des hommes comme son bien propre, sa propriété exclusive. Tout le reste, terre et mer, gloire et richesse, il le donne en partage aux rois et princes de la terre. Depuis le commencement qui n’a pas de commencement, l’étendard qui proclame « Il fait ce qu’il veut » a toujours été déployé devant sa Manifestation. Obéir à ceux qui détiennent l’autorité et tenir fermement la corde de la sagesse, tel est en ce jour le devoir de l’humanité. Les instruments essentiels à la protection immédiate et à la sécurité du genre humain ont été remis aux mains des dirigeants de la société humaine. Telle est la volonté de Dieu, tel est son décret. […] Nous caressons l’espoir qu’un des rois de la terre se lèvera pour l’amour de Dieu, et assurera le triomphe de ce peuple persécuté et opprimé. Ce roi sera à jamais exalté et glorifié. Dieu a prescrit à ce peuple d’aider qui l’aidera, de servir ses intérêts et de lui témoigner une fidélité constante.

Ceux qui me suivent ont donc le devoir de servir, en toutes circonstances, quiconque se lèvera pour le triomphe de ma cause et de lui prouver en tout temps leur dévouement et leur fidélité. Heureux l’homme qui écoute mes avis et les met en pratique ! Et malheur à qui manque de remplir mes vœux !

CIII

Dieu dont la langue n’exprime que la vérité apporte dans toutes ses tablettes le témoignage de ces paroles : « Je suis celui qui vit dans le glorieux royaume d’Abhá ».

Par la justice de Dieu ! des hauteurs de cette condition sublime, sacrée, puissante et transcendante, il voit tout, il entend tout et, en cette heure, il proclame : Béni sois-tu, ô Javád, pour avoir atteint ce qu’aucun homme avant toi n’avait atteint ! Je le jure par celui qui est l’éternelle Vérité ! Par toi, les yeux des hôtes du paradis sublime se réjouissent. Le peuple, cependant, reste plongé dans l’indifférence. Si nous révélions ton glorieux état, le cœur des hommes en serait profondément troublé, ils perdraient pied ; ceux qui incarnent la vanité en seraient confondus, ils tomberaient à terre et, de peur d’entendre, ils se boucheraient les oreilles avec leurs doigts d’inconscience.

Ne t’attriste pas sur le sort de ceux qu’absorbent les choses de ce monde et qui perdent le souvenir de Dieu, le Grandissime. Par celui qui est la Vérité éternelle ! le jour approche où s’abattra sur eux la colère du Tout-Puissant. Il est, en vérité, l’Omnipotent, l’universel Conquérant, le Fort. Il purgera la terre des souillures de leur corruption et il la donnera en héritage à ceux de ses serviteurs qui lui sont proches.

Dis : Ô peuple ! la poussière emplit vos bouches et la cendre vous aveugle pour avoir vendu au plus vil des prix, le divin Joseph. Quelle misère est la vôtre, ô vous qui errez si loin de lui ! Vous êtes-vous imaginé que vous aviez le pouvoir de le dépasser, lui et sa cause ?

Bien loin de là ! Et de cela, lui-même, le Tout-Puissant, le Très-Exalté, le Très-Grand, porte témoignage.

Bientôt vous sentirez passer sur vous les rafales de son châtiment et la poussière de l’enfer vous recouvrira de son linceul. Ces hommes qui ont amassé les vanités et les hochets de la terre se sont détournés de Dieu avec dédain, ils ont à la fois perdu ce monde et le monde à venir. Avant peu, Dieu, de la main du pouvoir, les privera de leurs possessions et les dépouillera du vêtement de sa munificence. Cela, ils le verront bientôt, et toi aussi, tu en rendras témoignage.

Dis : Ô peuple, le monde, et tout ce qu’il renferme, est sous la puissante étreinte de sa volonté : ne vous laissez pas décevoir par les illusions de cette vie. Il dispense à qui il veut ses bienfaits, et à qui il lui plaît, il les retire. Il agit, en vérité, selon son bon plaisir. Si le monde était à ses yeux de quelque valeur, même celle d’un grain de moutarde, il n’en eût pas abandonné la possession à ses ennemis. Mais il a permis que vous vous laissiez entraîner dans le tourbillon des affaires du monde, à cause de ce que vos mains ont forgé contre sa cause. C’est là, en vérité, un châtiment que vous vous êtes vous-mêmes délibérément infligé, puissiez-vous le comprendre ! Continuerez-vous à faire vos délices de choses que Dieu tient pour méprisables, et par lesquelles il a voulu mettre à l’épreuve le cœur des hésitants ?

CIV

Paroles cachées.

Ô vous, peuples du monde ! sachez en vérité qu’une calamité imprévue vous poursuit et qu’un châtiment douloureux vous attend. Ne croyez pas que vos actes soient effacés de ma vue. Par ma beauté ! ma plume les a tous gravés en caractères explicites sur des tablettes de chrysolite.

CV

Kitáb-i-Aqdas.

Ô rois de la terre ! celui qui est le souverain Seigneur de tous est venu. Le royaume est à Dieu, le Protecteur omnipotent, l’Absolu. N’adorez que Dieu et, d’un cœur radieux, tournez votre visage vers votre Seigneur, le Seigneur de tous les noms. Rien de ce que vous possédez ne pourra jamais se comparer à cette révélation, puissiez-vous le savoir.

Nous vous voyons vous réjouir de ce que vous avez amassé pour d’autres et vous exclure des mondes que seule ma Tablette préservée peut dénombrer. Les trésors que vous entassez vous entraînent fort loin de votre objectif ultime. Cela ne vous convient pas, puissiez-vous le comprendre. Purifiez vos cœurs de toute souillure terrestre et hâtez-vous d’entrer dans le royaume de votre Seigneur, le créateur de la terre et du ciel, qui fait trembler le monde et gémir tous ses peuples, à l’exception de ceux qui renoncent à toutes choses et s’attachent à ce qu’ordonne la Tablette cachée.

Voici le jour où celui qui conversait avec Dieu parvient à la lumière de l’Ancien des jours, et boit à longs traits les eaux pures de la réunion dans cette Coupe qui fait s’enfler les mers. Dis : Par le seul vrai Dieu ! le Sinaï gravite autour de l’Aurore de la révélation, pendant que des hauteurs du royaume se fait entendre la voix de l’Esprit de Dieu qui proclame : « Levez-vous, ô superbes de la terre, et hâtez-vous vers lui ! » En ce jour, le Carmel dans l’ardeur de son adoration s’empresse de rejoindre sa cour, tandis que du cœur de Sion jaillit ce cri : « La promesse est accomplie ! Ce qui avait été annoncé dans les saintes Écritures de Dieu, le Suprême, le Tout-Puissant, le Bien-Aimé, est rendu manifeste. “

Ô rois de la terre ! en cet endroit d’une transcendante splendeur, est révélée la PlusGrande-Loi.

Toute chose cachée est mise en lumière par la volonté de l’Ordonnateur suprême, celui qui annonce la dernière heure, par qui la lune est fendue et tout irrévocable décret exposé.

Vous n’êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! Le Roi des rois est apparu revêtu de sa gloire la plus merveilleuse, il vous appelle à lui, le Secours, l’Absolu. Prenez garde que l’orgueil ne vous empêche de reconnaître la Source de la révélation et que les choses de ce monde ne vous voilent celui qui est le Créateur du ciel. Levez-vous et servez celui qui est le Désir de toutes les nations, celui qui vous a créés d’un mot et vous a désignés pour être en tout temps les emblèmes de sa souveraineté.

Par la justice de Dieu ! nous n’avons pas l’intention de mettre la main sur vos royaumes. Nous avons pour mission de conquérir le cœur des hommes. Sur eux est fixé le regard de Bahá. De ceci, le Royaume des noms porte témoignage, puissiez-vous le comprendre. Qui suit son Seigneur renoncera au monde et à tout ce qu’il contient ; et bien plus grand encore doit être le détachement de celui qui occupe un rang si majestueux !

Abandonnez vos palais et hâtez-vous d’obtenir l’accès à son royaume. Ceci, en vérité, vous sera profitable à la fois dans ce monde et dans l’autre. Le Seigneur du royaume des cieux en témoigne, si seulement vous pouviez le savoir.

Grande est la félicité réservée au roi qui se lèvera pour servir ma cause en mon royaume et se détachera de tout autre que moi ! Un tel roi sera compté parmi les compagnons de cette arche vermeille, l’arche que Dieu a préparée pour le peuple de Bahá.

Tous doivent glorifier son nom, vénérer son rang et l’aider à ouvrir les portes des cités avec les clés de mon nom, l’omnipotent Protecteur de tous les habitants des royaumes visibles et invisibles. Un tel roi est comme la prunelle de l’humanité, la parure lumineuse ornant le front de la création, la source des bénédictions pour le monde entier. Ô peuple de Bahá, faites l’offrande de vos biens, que dis-je ! de vos vies mêmes, pour le soutenir.

CVI

Lawḥ-i-Mánikchí Ṣáḥib.

L’omniscient Médecin tient sous son doigt le pouls de l’humanité. Il diagnostique la maladie et, en son infaillible sagesse, il prescrit le remède. Tout âge a son problème propre, toute âme son aspiration particulière. Le remède qui convient aux afflictions du présent jour ne saurait être celui que réclameront les maux d’un âge ultérieur. Enquérez-vous soigneusement des besoins de l’âge où vous vivez et que toutes vos délibérations portent sur ce que cet âge requiert.

Nous sentons bien les innombrables et terribles afflictions qui accablent l’humanité.

Nous la voyons, sur son lit de douleur, languissante, cruellement éprouvée et profondément désillusionnée. Mais ceux que l’orgueil empoisonne se sont interposés entre la malade et l’infaillible Médecin divin. Voyez comment ils ont entraîné tous les hommes, eux-mêmes y compris, dans les filets de leurs ruses. Ils ne peuvent ni découvrir la cause de la maladie ni en trouver le remède. La droiture est pour eux duplicité et ils prennent leur ami pour un ennemi.

Prêtez l’oreille à la douce mélodie de ce Prisonnier. Levez-vous ! Et haussez la voix pour réveiller ceux qui sont endormis ! Dis : Ô vous qui êtes semblables aux morts, la main de la générosité divine vous tend les eaux de vie. Hâtez-vous d’y apaiser votre soif. Qui renaîtra en ce jour, ne mourra jamais ; qui restera parmi les morts, plus jamais ne revivra.

CVII

Lawḥ-i-Nápulyún III.

Celui qui est le Seigneur, le Très-Miséricordieux, chérit en son cœur le désir de voir l’espèce humaine unie en une seule âme et un seul corps. Hâtez-vous de prendre votre part des bienfaits de Dieu et rendez grâces en ce jour qui éclipse tous les autres jours. Grand est le bonheur de l’homme qui se détache de tout ce qu’il a pour souhaiter obtenir ce qui est à Dieu. Un tel homme, nous en témoignons, est compté parmi les élus de Dieu.

CVIII

À Aqá Siyyid Yúsuf Iṣfahání.

Nous avons fixé pour vous un temps déterminé, ô peuples ! Si, quand cette heure sonnera, vous négligez de vous tourner vers Dieu, il vous saisira avec violence et suscitera de graves afflictions qui vous assailliront de toutes parts. Terrible, en vérité, est le châtiment que le Seigneur vous infligera.

CIX

À Ḥájí Mírzá Kamáli’d-Dín.

Ô Kamál, les sommets que l’homme mortel peut atteindre en ce jour, par la grâce de Dieu, ne lui ont pas encore été révélés. Le monde de l’existence n’a jamais possédé, et il ne possède toujours pas, la capacité de recevoir une telle révélation. Le jour approche cependant où, par la vertu de son ordre, les hommes seront dotés d’une si grande faveur.

Bien que toutes les nations se dressent contre lui, et que se liguent, pour miner sa cause, tous les rois de la terre, sa puissance restera inébranlée. En vérité, il dit ce qui est et il convie l’humanité à marcher dans la voie de celui qui est l’Incomparable, l’Informé.

Tous les hommes ont été créés pour travailler au développement incessant de la civilisation. Le Tout-Puissant m’en rend témoignage : Agir ainsi que font les bêtes des champs est indigne de l’homme. Les vertus qui conviennent à sa dignité sont la tolérance, la compassion, la miséricorde, et une tendre bonté à l’égard de tous les peuples et phratries de la terre. Dis : Ô amis, buvez abondamment de ces eaux cristallines que fait couler la grâce de celui qui est le Seigneur des noms. Laissez aussi les autres prendre, en mon nom, leur part de ces eaux de vie, afin qu’en toute contrée ceux qui conduisent les hommes reconnaissent l’intention dans laquelle la Vérité éternelle a été révélée, et la raison pour laquelle ils ont eux-mêmes été créés.

CX

Lawḥ-i-Maqṣúd (Acre).

Le grand Être dit : Ô vous, enfants des hommes ! le dessein fondamental qui anime la foi de Dieu et sa religion, est de sauvegarder les intérêts du genre humain, de promouvoir son unité, de stimuler l’esprit d’amour et de fraternité parmi les hommes. N’acceptez pas que cela devienne une source de dissension et de discorde, de haine et d’inimitié. Voilà le droit chemin, la base fixe et inamovible. Les changements et les fortunes du monde ne pourront jamais altérer la résistance de ce qui est bâti sur cette fondation, pas plus que le passage de siècles innombrables ne pourra en miner la structure. Notre espoir est que les chefs religieux du monde et ses dirigeants se lèvent conjointement pour réformer cette époque et corriger son destin. Qu’ils méditent d’abord sur les besoins du moment, qu’ils tiennent conseil et, après avoir consciencieusement et longuement délibéré, qu’ils administrent à un monde malade et cruellement atteint, le remède qu’il requiert. […] Il incombe à ceux qui détiennent l’autorité d’être modérés en toutes choses. Tout ce qui dépasse les limites de la modération cessera d’exercer une influence bénéfique. Considérez par exemple des choses telles que la liberté, la civilisation et autres. Quelle que soit l’attention favorable que leur portent des hommes intelligents, elles auront une influence pernicieuse sur l’humanité, si elles sont portées à l’excès. […] Plaise à Dieu que les efforts importants fournis par les dirigeants, les sages et les savants parmi les hommes les amènent à savoir où se trouvent leurs véritables intérêts ! Pendant combien de temps l’humanité persistera-t-elle dans son obstination ? Pendant combien de temps l’injustice se perpétuera-t-elle ? Pendant combien de temps la confusion et le chaos régneront-ils parmi les hommes ? Pendant combien de temps encore la discorde agitera-t-elle la société ? Les vents du désespoir, hélas, soufflent de tous côtés, et les différends qui divisent et affligent l’espèce humaine s’aggravent de jour en jour. On discerne à présent les signes des bouleversements et du chaos imminents, d’autant que l’ordre qui règne aujourd’hui s’avère lamentablement déficient. Je supplie Dieu – exaltée soit sa gloire – de bien vouloir réveiller les peuples du monde, leur accorder qu’à la fin leur attitude leur soit profitable et les aider à accomplir ce qui convient à leur rang.

CXI

Á Aqá Siyyid Asadu’lláh, Lawḥ-i-Ittiḥád (Acre).

Ô peuples et phratries de la terre qui êtes ennemis ! tournez-vous vers l’unité, afin que brille sur vous l’éclat de sa lumière. Rassemblez-vous et, pour l’amour de Dieu, prenez la résolution de déraciner tout ce qui est cause de lutte entre vous. Alors la splendeur du Soleil enveloppera la terre entière et ses habitants deviendront les citoyens d’une même cité, ils siégeront sur un seul et même trône. Cet Opprimé, dès les premiers temps de sa vie, n’a nourri d’autre désir que celui-là, et jamais il n’en aura d’autre. Il n’est point douteux, en effet, que tous les peuples de la terre, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent, tirent leur inspiration d’une seule source céleste et sont les sujets d’un seul Dieu. La différence entre les règles et ordonnances religieuses qui les régissent tient à la diversité même des besoins et exigences propres aux âges où elles leur furent révélées. À l’exception de quelques-unes inspirées par la perversité humaine, toutes viennent de Dieu, toutes sont un reflet de sa volonté et de son dessein. Armés du pouvoir de la foi, levez-vous pour briser les idoles de vos vaines imaginations qui sèment la discorde parmi vous. Attachez-vous à ce qui vous rassemble et vous unit. C’est là, en vérité, le sublime message qui vous a été transmis et révélé par le Livre-Mère. De ceci, la Langue de grandeur, de sa demeure de gloire, rend témoignage

CXII

Lawḥ-i-Maqṣúd.

Vois les désordres dont la terre a été affligée durant de nombreuses années et l’inquiétude qui s’est emparée de ses peuples. Elle a été soit ravagée par la guerre, soit éprouvée par des calamités soudaines et imprévisibles. Bien que le monde soit envahi par la misère et la détresse, personne n’a pris le temps de réfléchir à ce qui pourrait en être la cause. Chaque fois que le véritable conseiller prononçait un mot de remontrance, tous l’accusaient d’être un instigateur du mal et rejetaient sa revendication. Quelle attitude étonnante ! Il n’est pas deux hommes qui puissent se dire unis extérieurement et intérieurement. Les preuves de la discorde et de la malveillance apparaissent de tous côtés alors que nous étions tous faits pour l’harmonie et l’union. Le grand Être dit : Ô bien-aimés !

le tabernacle de l’unité est dressé ; ne vous considérez pas comme des étrangers. Vous êtes les fruits d’un seul arbre, les feuilles d’une seule branche. Nous caressons l’espoir que la lumière de la justice descende sur le monde et le purifie de la tyrannie. Si les dirigeants et les rois de la terre, symboles du pouvoir de Dieu – exaltée soit sa gloire – se lèvent et décident de se consacrer à tout ce qui favorisera les intérêts les plus importants de l’humanité, le règne de la justice sera assurément établi parmi les enfants des hommes et l’éclat de sa lumière inondera la terre entière. Le grand Être dit : L’édifice de la stabilité et de l’ordre mondial repose et continuera de reposer sur les piliers jumeaux que sont la récompense et la punition. […] Et dans un autre passage, il écrit : Prenez garde, ô vous qui dirigez le monde, qu’il n’est sur la terre aucune force dont le pouvoir de conquête égale celui que possède la force de la justice et de la sagesse […] Béni le roi qui s’avance, l’étendard de la sagesse déployé devant lui, et les bataillons de la justice formant son arrière-garde. Un tel roi est, en vérité, la parure qui orne le front de la paix et le visage de la sécurité. Nul doute que si le soleil de la justice, que voilent les nuages de la tyrannie, venait à répandre son éclat sur les hommes, la face de la terre en serait complètement changée

CXIII

Súratu’l-Mulúk (Andrinople).

Ô Ministre du chah en la cité,2 imagines-tu que je tienne en ma main le sort définitif de la cause de Dieu ? Crois-tu que son cours puisse être détourné par mon emprisonnement, par la honte qui m’a été infligée ou même par ma mort et mon annihilation ? Misérable est ce qui naît dans ton cœur ! Tu es, en vérité, de ceux qui suivent les vaines imaginations de leur cœur. Il n’est d’autre Dieu que lui. Il a le pouvoir d’exalter son témoignage, de réaliser la moindre de ses volontés, de manifester sa Cause et d’élever celle-ci à une position si 2 Note Constantinople.

éminente que ni tes actions ni les actions de ceux qui se sont détournés de lui ne pourront la toucher ou lui nuire.

Crois-tu pouvoir faire échec à sa volonté, l’empêcher d’exécuter son jugement ou d’exercer sa souveraineté ? Prétends-tu que quelque chose dans le ciel ou sur la terre puisse résister à sa Foi ? Par celui qui est la Vérité éternelle ! Rien dans toute la création ne peut contrecarrer son dessein. Renonce donc à ce qui n’est chez toi que pure suffisance, car jamais l’orgueil n’a pu tenir lieu de vérité. Sois de ceux qui se repentent sincèrement et retournent à Dieu, le Dieu qui t’a créé, qui t’a nourri et a fait de toi un ministre parmi ceux qui professent ta foi.

Sache, de plus, que c’est lui qui, par son ordre, a créé tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Comment ce qui a été créé sur son ordre pourrait-il prévaloir sur lui ? Dieu est infiniment loué au-dessus de ce que vous imaginez de lui, ô peuple malveillant ! Si cette Cause est la cause de Dieu, il n’est point d’homme qui puisse prévaloir sur elle ; et si elle n’est pas de Dieu, vos prêtres parmi vous, ainsi que ceux qui suivent leurs désirs corrompus et ceux qui se sont révoltés contre lui n’auront aucune peine à la renverser.

N’as-tu pas entendu conter ce qu’un croyant de la famille de Pharaon a dit, il y a longtemps, et que Dieu révéla à l’Apôtre qu’il avait choisi entre tous pour lui confier son message et faire de lui la source de sa miséricorde envers tous ceux qui habitent sur la terre ? Il a dit, et ce qu’il dit est vérité : « Tuerez-vous un homme parce qu’il a dit mon Seigneur est Dieu, alors qu’il vous a apporté des preuves évidentes de la part de votre Seigneur ? S’il est un menteur, son mensonge retombera sur lui, s’il dit la vérité, ce dont il vous menace vous atteindra ». Voilà ce que Dieu a révélé à son bien-aimé, dans son Livre infaillible.

Et pourtant, vous n’avez pas prêté l’oreille à son injonction, vous avez dédaigné sa loi, rejeté le conseil donné dans son Livre, et vous êtes comptés parmi ceux qui errent loin de lui. Combien d’hommes, chaque année, chaque mois même, ont été mis à mort à cause de vous ! Combien d’injustices avez-vous perpétrées, d’une iniquité telle que l’œil de la création n’en avait jamais vu de semblables ni aucune chronique rapporté de pareilles ! Ô êtres injustes, combien de nourrissons et de petits enfants sont, par votre cruauté, devenus orphelins, combien de pères pleurent leurs fils, combien de sœurs languissent dans le deuil d’un frère, combien d’épouses se lamentent sur la mort d’un mari, leur unique soutien !

Votre iniquité s’est accrue chaque jour jusqu’à ce que vous en arriviez à tuer celui qui n’avait jamais détaché son regard de la face de Dieu, le Suprême, le Très-Grand. Si seulement vous l’aviez mis à mort comme les hommes le font habituellement pour se détruire les uns les autres ! Mais vous l’avez tué dans des circonstances telles qu’on n’en a jamais vu de semblables. Les cieux ont versé sur lui des larmes amères, et les âmes de ceux qui sont près de Dieu ont pleuré sur ses malheurs. N’était-il pas un descendant de l’ancienne maison de votre prophète ? Le fait qu’il était un descendant direct de l’Apôtre n’était-il pas connu de vous ? Pourquoi donc lui avez-vous infligé ce que, de temps immémorial, nul homme n’avait jamais infligé à un autre homme ? Par Dieu ! La création n’a jamais vu votre pareil. Vous avez mis à mort un fils de la maison de votre prophète, et sur vos sièges d’honneur, vous continuez de vous réjouir et de vous divertir ! Vous prononcez des imprécations contre ceux qui, avant vous, perpétrèrent les crimes que vous avez perpétrés et demeurez toujours inconscients de vos atrocités !

Soyez équitables en votre jugement. Ceux que vous maudissez, sur qui vous appelez la vengeance du ciel, ont-ils agi différemment de vous ? N’ont-ils pas mis à mort le descendant de leur prophète, comme vous avez mis à mort le descendant du vôtre ? Votre conduite n’est-elle pas semblable à la leur ? Comment donc osez-vous prétendre vous différencier d’eux, ô semeurs de discorde parmi les hommes ?

Et quand vous lui eûtes enlevé la vie, un de ses fidèles se leva pour venger sa mort.

C’était un inconnu, et nul ne connaissait son dessein. Il accomplit finalement ce qui avait été pré-ordonné. Il vous appartient donc de n’accuser que vous-mêmes des crimes que vous avez perpétrés, si seulement vous jugez avec impartialité. Qui sur terre a commis ce que vous avez commis ? Personne, par celui qui est le Seigneur de tous les mondes !

Tous les dirigeants et rois de la terre honorent et révèrent les descendants de leurs prophètes et de leurs saints, puissiez-vous le comprendre ! Vous êtes, au contraire, responsables d’actes qu’aucun homme avant vous n’avait jamais accomplis, et pour ces méfaits, les cœurs éclairés se sont consumés de chagrin. Cependant, vous demeurez dans l’indolence, insouciants de la cruauté de vos actes.

Vous vous êtes obstinés jusqu’à vous lever contre nous, pourtant nous n’avions rien fait qui justifie votre inimitié. N’avez-vous donc aucune crainte du Dieu qui vous a créés et façonnés, à qui vous devez votre force et qui vous a comptés parmi ceux qui s’en sont remis à lui [Note : les musulmans] ? Jusqu’à quand vous obstinerez-vous ? Jusqu’à quand refuserez-vous de réfléchir ? Combien de temps vous faudra-t-il pour sortir de votre sommeil et de votre insouciance ? Jusqu’à quand méconnaîtrez-vous la vérité ?

Médite en ton cœur. Ta conduite et ce que tes mains ont forgé t’ont-ils permis d’étouffer le feu de Dieu ou d’éteindre la lumière de sa révélation, celle qui a enveloppé de son éclat ceux qui sont plongés dans les océans tumultueux de l’immortalité et attiré les âmes qui croient en son unité et la soutiennent ? Ne sais-tu pas que la puissance de Dieu prévaut sur la tienne, que son décret l’emporte sur tous tes stratagèmes ? Ne sais-tu pas qu’il domine ses serviteurs, qu’il est à la hauteur de son dessein, qu’il fait ce qu’il veut, qu’il ne lui sera point demandé compte de ce qu’il lui aura plu de faire, qu’il ordonne selon son bon plaisir, qu’il est le Tout-Puissant, l’Omnipotent ? Et si tu crois que c’est là la vérité, que ne cesses-tu alors de te tourmenter et que ne fais-tu la paix avec toi-même ?

Tu commets chaque jour une nouvelle injustice, et tu me traites comme tu m’as traité dans le passé, encore que je ne me sois jamais immiscé dans tes affaires. Jamais je ne suis entré en opposition avec toi, ni ne me suis rebellé contre tes lois. Et vois comment finalement tu as fait de moi un prisonnier en cette terre reculée ! Mais, quoi que vos mains ou les mains des infidèles aient forgé, sois assuré que la cause de Dieu n’en sera pas affectée, ni ses voies altérées, ainsi qu’il a en toujours été.

Prêtez attention à mes avertissements, ô habitants de la Perse ! Si je péris entre vos mains, Dieu en suscitera un autre qui occupera le siège que ma mort aura rendu vacant, car telle fut la manière dont Dieu a procédé dans le passé, et tu ne constates aucun changement dans cette méthode. Chercheriez-vous à éteindre sa lumière qui brille sur sa terre ? Dieu lui-même s’y oppose. Il ne cessera de rendre plus parfaite sa lumière, même si, dans le secret de vos cœurs, vous la détestez.

Ô Ministre, réfléchis, ne fût-ce qu’un instant, et sois équitable en ton jugement.

Qu’avons-nous commis qui justifie que tu nous aies dénigré devant les ministres du roi, suivant tes désirs, dénaturant la vérité et proférant des calomnies contre nous ? Nous ne nous sommes jamais rencontrés, sinon dans la maison de ton père, lors des commémorations du martyre de l’Imám Husayn. En ces rencontres, l’occasion ne s’est jamais offerte à aucun de nous de faire connaître aux autres ses vues et ses croyances, soit par des conversations, soit par des discours. Tu témoigneras toi-même de la vérité de mes paroles, si tu es sincère. Je n’ai fréquenté aucune autre assemblée où tu aurais pu, pas plus d’ailleurs que quiconque, connaître mes pensées. Comment donc, sans m’avoir entendu, peux-tu me condamner ? Ne sais-tu pas que Dieu, exaltée soit sa gloire, a dit : « Ne dites pas à celui qui vous offre la paix : “Tu n’es pas croyant” », « Ne repousse pas ceux qui prient matin et soir leur Seigneur et qui recherchent sa Face ». Tu as, en vérité, négligé de suivre les prescriptions du Livre de Dieu, et cependant tu prétends être un croyant !

En dépit de ce que tu as fait, et bien que toi et d’autres nous aient fait subir des offenses qu’aucun croyant en l’unité de Dieu ne saurait supporter, je ne nourris contre toi, ni contre qui que ce soit, aucune malveillance. Dieu m’en est témoin ! Ma cause est entre les mains de Dieu, et ma confiance n’est placée en personne d’autre qu’en lui. Avant peu, vos jours passeront comme passeront les jours de ceux qui, orgueilleusement, se croient aujourd’hui supérieurs à leur voisin. Bientôt, rassemblés en la présence de Dieu, il vous sera demandé compte de vos actions. Vous en recevrez le juste salaire, et misérable est la demeure des malfaiteurs.

Par Dieu ! Si tu prenais conscience de ce que tu as fait, il est certain que tu pleurerais amèrement sur toi-même, chercherais en Dieu un refuge, languirais et te lamenterais tous les jours de ta vie, jusqu’à ce que tu aies obtenu de Dieu son pardon, car il est, en vérité, le Très-Généreux, le Munificent. Mais occupé que tu es de tout ton cœur, de toute ton âme et de ton être le plus intime, par les vanités de ce monde, tu persisteras dans l’insouciance jusqu’à l’heure de ta mort. Et ce n’est qu’après avoir quitté ce monde que tu découvriras la vérité de ce que nous t’avons révélé. Tu trouveras alors tes actions consignées dans le Livre où sont inscrites les œuvres de ceux qui sont sur la terre, qu’elles soient d’un poids supérieur ou inférieur à celui d’un atome. Prête l’oreille à mes conseils et du fond de ton cœur écoute mes discours, ne néglige aucune de mes paroles, et ne sois pas de ceux qui rejettent ma vérité. Ne te fais point gloire des choses qui t’ont été données. Ne quitte pas des yeux ce qui a été révélé dans le livre du Seigneur, le Secours, le Très-Glorieux : « Lorsque ces gens eurent oublié ce qui leur avait été rappelé, nous leur avons ouvert les portes de toutes choses », comme nous vous avons ouvert, à toi et à tes homologues, les portes de cette terre et de tout ce qui l’orne. Attends-toi à ce qui a été promis dans la seconde partie de ce verset sacré,3 car c’est la promesse du Tout-Puissant, du Très-Sage, et ce n’est pas une vaine promesse.

Je ne sais quel chemin vous avez choisi de fouler, ô vous qui me voulez du mal ! Nous vous adjurons de vous tourner vers Dieu, nous vous rappelons son jour, nous vous annonçons la nouvelle de votre rencontre avec lui, nous vous permettons de vous approcher de sa cour, et nous faisons descendre sur vous les signes de sa merveilleuse sagesse. Et pourtant, voyez comment vous nous rejetez, comment vous nous condamnez par les mensonges que vous proférez comme si nous étions un infidèle, et comment vous ourdissez des complots contre nous ! Et quand nous manifestons à vos yeux ce qu’en sa bonté Dieu nous a accordé, vous dites : « Ce n’est là que pure magie ! » Les mêmes objections furent soulevées par les générations qui vous ont précédés et qui étaient toutes semblables à la vôtre, puissiez-vous le comprendre ! Vous vous êtes ainsi privés des bienfaits de Dieu et de sa grâce, et jamais vous ne les obtiendrez avant le jour où il jugera entre nous et vous. Il est, en vérité, le meilleur des juges.

Certains parmi vous disent : « Voilà celui qui a voulu se faire passer pour Dieu ! » Par Dieu lui-même ! C’est là une grossière calomnie : Je ne suis qu’un serviteur de Dieu, qui a cru en lui et en ses signes, en ses prophètes et en ses anges. Ma langue et mon cœur, tout mon être intime comme mon être extérieur, attestent qu’il n’est point d’autre Dieu que lui, que tous les autres êtres furent créés à son commandement et façonnés par l’opération de sa volonté. Il n’est d’autre Dieu que lui, le Créateur, celui qui peut ressusciter les morts, qui donne la vie à toutes choses, et qui la leur retire à son gré. Je suis celui qui répand au loin la nouvelle des bienfaits dont sa bonté m’a favorisé. Si c’est là une transgression contre Dieu, je suis, en vérité, le plus grand des transgresseurs. Nous sommes à votre merci, moi et les miens. Faites de nous ce qu’il vous plaira, et surtout n’hésitez point, que je puisse retourner vers Dieu, mon Seigneur, là où, enfin, je ne verrai plus vos visages. Tel est, en vérité, mon désir le plus cher, mon vœu le plus ardent. Dieu, qui me voit, en sait assez long sur mon état.

Imagine-toi sous le regard de Dieu, ô Ministre du chah ! Car si tu ne le vois pas, lui te voit clairement. Examine et juge équitablement notre cause. Si tu es juste, qu’avons-nous commis qui puisse ainsi te soulever contre nous, et t’inciter à nous calomnier auprès du peuple ? Nous avons quitté Téhéran sur l’ordre du roi et, avec sa permission, nous avons 3 Coran 6 :44. La suite du verset est la suivante : « mais après qu’ils eurent joui des biens qui leur avaient été accordés, nous les avons emportés brusquement et ils se trouvèrent désespérés. (NDT)

transféré notre résidence en Irak. Comment le roi nous aurait-il rendu la liberté s’il avait eu quelque chose à nous reprocher ? Et si je suis innocent, pourquoi nous infliges-tu des tribulations comme n’en a jamais souffert aucun de ceux qui professent ta foi ? Un seul de mes actes, depuis mon arrivée en Irak, a-t-il contribué à la subversion de l’autorité qui y est établie ? Qui pourrait prétendre avoir surpris en notre conduite quoi que ce soit de répréhensible ? Fais toi-même une enquête auprès des habitants de ce pays, afin d’être de ceux qui discernent la vérité.

Nous habitions ce pays depuis onze ans quand arriva, pour représenter ton gouvernement, ce ministre que notre plume se refuse à nommer, qui s’adonnait au vin et à la débauche, suivait ses passions, commettait des iniquités, et qui, corrompu, corrompit l’Irak. De cela porteront témoignage la plupart des habitants de Bagdad, si tu es de ceux qui cherchent à connaître la vérité et si tu t’en enquiers auprès d’eux. Au mépris de toute justice, il s’emparait du bien de son prochain, violait tous les commandements de Dieu et commettait ce que Dieu réprouve. Finalement, obéissant à ses penchants, il se leva contre nous et s’engagea dans les voies de l’iniquité. Dans une lettre qu’il t’adressa, il lança ses accusations et, bien qu’il n’apportât pas la moindre preuve contre nous, tu le crus sur parole et tu abondas dans son sens. Tu ne demandas aucune explication, tu ne procédas à aucune enquête, tu ne recherchas aucune preuve ni aucun témoignage dignes de foi qui eussent pu t’aider à distinguer l’erreur de la vérité et à juger avec discernement. Afin de découvrir quelle sorte d’homme il est, renseigne-toi personnellement, tant auprès des ministres qui se trouvaient alors en Irak que du gouverneur de la ville4 et de son haut conseiller, afin que la vérité te soit connue et que tu sois bien informé sur notre cas.

Dieu nous en est témoin ! jamais, en aucune circonstance, nous ne lui avons fait la moindre opposition, pas plus d’ailleurs qu’à d’autres.Nous n’avons jamais fait que suivre, en toute circonstance, les préceptes de Dieu, nous gardant soigneusement de nous ranger parmi les fauteurs de désordre. Lui-même en témoigne. Son intention était de mettre la main sur nous et de nous renvoyer en Perse afin d’exalter par là sa renommée. Tu as, aux mêmes fins, commis le même crime. Vous vous valez donc tous deux aux yeux de Dieu, le souverain Seigneur de tous, l’Omniscient.

Nous ne cherchons point, en t’adressant ces paroles, à alléger le fardeau de notre malheur ni à t’amener à intercéder pour nous auprès de personne. Non certes, par celui qui est le Seigneur de tous les mondes ! Nous t’avons exposé toute l’affaire pour que, prenant peut-être ainsi conscience de ce que tu as fait, tu t’abstiennes désormais d’infliger à d’autres ce que tu nous as infligé et que, sincèrement repentant devant Dieu qui t’a créé et qui a créé toutes choses, tu agisses à l’avenir avec plus de discernement. Cela vaudra mieux pour toi que tout ce que tu possèdes et que ton ministère dont les jours sont comptés.

Veille à ne point te faire le complice de l’injustice. Dirige résolument ton cœur vers l’équité, n’altère pas la cause de Dieu, et sois de ceux qui fixent leur regard sur les révélations de son Livre. Ne cède, en aucun cas, aux impulsions de tes mauvais désirs.

Observe la loi de Dieu, ton Seigneur, le Bienfaisant, l’Ancien des jours. Tu retourneras certainement en poussière, et tu périras ainsi que toutes les choses dont tu t’es délecté.

Voilà ce que te dit la Langue de vérité et de gloire.

Souviens-toi des avertissements de Dieu dans le passé, pour que tu sois de ceux qui prêtent attention à son conseil ? Il a dit, et la vérité parle par sa bouche : « De la terre, nous vous avons créés ; en elle nous vous ramènerons et d’elle nous vous ferons sortir une fois encore ».

Voilà ce que Dieu a décrété pour tous ceux, petits et grands, qui sont sur la terre. Il ne convient donc pas à celui qui a été créé avec de la poussière, qui y retournera et qui en sera tiré à nouveau, de s’enfler d’orgueil devant Dieu et devant ceux qu’aime celui-ci, de les 4 Bagdad.

considérer avec mépris et d’être rempli d’une dédaigneuse arrogance. Ce qui vous convient plutôt, à toi et à tes semblables, c’est de vous soumettre à ceux qui sont les Manifestations de l’unité de Dieu, de vous incliner humblement devant les fidèles qui ont tout quitté pour l’amour de lui et se sont détachés de toutes les choses qui, absorbant l’attention des hommes, les détournent de la voie du Seigneur, le Très-Glorieux, le Magnifié. Ainsi vous faisons-nous connaître ce qui vous sera profitable, et ce qui profitera à ceux qui ont placé dans le Seigneur toute leur confiance et tout leur espoir.

CXIV

Súratu’l-Mulúk.

Écoute, ô Roi,5 le discours de celui qui ne dit que la vérité, qui ne te demande pas en récompense les choses que Dieu t’a accordées et qui jamais ne s’écarte du droit chemin.

C’est lui qui t’appelle à Dieu, ton Seigneur, qui te montre le droit chemin conduisant au vrai bonheur, afin que tu rejoignes ceux pour qui tout ira bien.

Garde-toi, ô Roi, de t’entourer de ministres qui suivent leurs inclinations corrompues, négligent ce qui leur est confié et manifestement trahissent leur mission. Sois bienveillant envers les autres comme Dieu l’est envers toi, et ne laisse pas les intérêts de ton peuple à la merci de tels ministres. Ne méconnais pas la crainte de Dieu, et sois de ceux qui agissent avec droiture. Entoure-toi de ministres qui exhalent le parfum de la foi et de la justice, sollicite leur avis, retiens ce qui te semblera le mieux, et sois de ceux qui agissent avec générosité.

Tiens pour certain que quiconque ne croit pas en Dieu n’est ni digne de confiance ni véridique. Telle est, en effet, la vérité, l’indubitable vérité. Celui qui trahit Dieu trahit aussi son roi. Rien ne peut le détourner du mal, rien ne peut l’empêcher de trahir son voisin, rien ne peut l’amener à agir avec droiture.

Prends soin de ne pas remettre aux mains d’autrui les rênes des affaires de ton État, n’accorde pas ta confiance à des ministres qui ne la méritent point, ne sois pas de ceux qui vivent dans l’insouciance. Évite ceux dont le cœur se détourne de toi, ne leur accorde pas ta confiance, et ne les charge pas de tes affaires ni des affaires de ceux qui professent ta foi. Assure-toi de ne pas laisser le loup devenir le berger du troupeau de Dieu, et ne laisse pas à la merci des méchants le sort de ceux qu’il aime. N’attends pas de ceux qui violent les commandements de Dieu qu’ils soient dignes de quelque confiance, ou qu’ils puissent être sincères dans la foi qu’ils professent. Évite-les donc, et protège-toi soigneusement, de peur d’être victime de leurs ruses et de leurs méfaits. Détourne-toi d’eux, fixe ton regard sur Dieu, ton Seigneur, le Très-Glorieux, le Très-Bienfaisant. Dieu sera assurément avec celui qui se donne entièrement à lui ; il préservera de tout mal celui qui place toute sa confiance en lui et le protègera contre les complots des méchants.

Si tu prêtes l’oreille à mes discours et suis mes conseils, Dieu t’élèvera à un rang si éminent qu’aucun dessein humain ne pourra t’atteindre ni te nuire. Ô Roi, observe de tout ton cœur et de toutes tes forces, les commandements de Dieu, et ne marche pas dans les sentiers de l’oppresseur. Saisis-toi des rênes du gouvernement de ton peuple et tiens-les fermement, examine personnellement tout ce qui s’y rapporte. Que rien ne t’échappe, car c’est là le bien le plus grand.

Rends grâces à Dieu de t’avoir choisi entre tous comme chef suprême de ceux qui professent ta foi. Il te convient, en effet, d’apprécier les bienfaits dont Dieu t’a gratifié et de sans cesse magnifier son nom. La meilleure louange que tu puisses lui adresser est d’aimer ceux qu’il aime, de sauvegarder les intérêts de ses serviteurs, de les protéger contre les traîtres et de faire en sorte qu’ils ne soient plus opprimés. Tu dois, en outre, faire respecter parmi eux la loi de Dieu, afin d’être toi-même du nombre de ceux qui sont fermement établis dans cette loi.

5 le sultan ‘Abdu’l-‘Azíz.

Si, par toi, les rivières de la justice venaient à répandre leurs eaux sur tes sujets, Dieu assurément t’assisterait des armées de l’invisible et du visible, et te fortifierait dans tes affaires. Il n’est d’autre Dieu que lui. La création est sienne, avec tout son empire. À lui retourneront les œuvres des fidèles.

Ne place pas ta confiance dans tes trésors. Place-la plutôt dans la grâce de Dieu, ton Seigneur. Compte sur lui en tout ce que tu fais, et sois de ceux qui se soumettent à sa volonté. Laisse-le t’aider et t’enrichir de ses trésors car c’est à lui qu’appartiennent tous les trésors de la terre et du ciel. Il les accorde à qui lui plaît, et les retire à qui il veut. Il n’est pas d’autre Dieu que lui, le Possesseur de toutes choses, le Très-Loué. Tous sont pauvres au seuil de sa miséricorde ; tous sont impuissants devant la révélation de sa souveraineté et implorent ses faveurs.

Ne franchis jamais les bornes de la modération et traite équitablement ceux qui te servent. Donne-leur selon leurs besoins, mais pas dans une mesure qui leur permettrait d’entasser pour eux-mêmes des trésors, de parer leur personne, d’embellir leur foyer, d’acquérir ce qui ne leur serait d’aucun profit et les ferait compter au nombre des extravagants. Exerce envers eux une indéfectible justice, de sorte que nul d’entre eux ne soit dans le besoin ni ne regorge de richesses. Ce n’est là que justice manifeste.

Ne permets pas que l’abject domine ceux qui sont nobles et dignes d’honneur, et ne souffre pas que le juste soit à la merci du vil et du méprisable, car c’est ce que nous avons constaté lors de notre arrivée dans la cité,6 et nous en témoignons. Parmi ses habitants, nous en avons vu qui possédaient d’immenses fortunes et vivaient dans une richesse excessive, alors que d’autres vivaient dans une noire misère et une extrême pauvreté. Cela ne saurait convenir à ta souveraineté ni être digne de ton rang.

Accueille donc mes avis et efforce-toi de gouverner avec équité, afin que Dieu exalte ton nom et répande dans le monde entier la renommée de ta justice. Veille à ne pas favoriser tes ministres aux dépens de tes sujets. Crains les soupirs du pauvre et du juste qui, à chaque aurore, se lamentent sur leur triste sort, et sois pour eux un souverain bienveillant. Ils sont, en vérité, tes trésors sur la terre. Il t’appartient donc de mettre tes trésors à l’abri des assauts de ceux qui voudraient te les dérober. Enquiers-toi de leurs affaires et inquiète-toi chaque année, chaque mois même, de leur condition. Ne sois pas de ceux qui négligent leur devoir.

Garde les yeux rivés sur l’infaillible balance de Dieu et tel celui qui se tient en sa présence, pèse sur tes actions chaque jour, en chaque instant de ta vie. Fais ton examen de conscience chaque jour avant d’y être convié au jour du jugement, jour où personne n’aura la force de se tenir debout par crainte de Dieu, jour où le cœur des négligents se mettra à trembler.

Il incombe à tout roi d’être aussi bienveillant que le soleil qui assure la croissance de tous les êtres et donne à chacun son dû, et dont les bienfaits ne proviennent pas de luimême, mais de la volonté du Tout-Puissant, de l’Omnipotent. Un roi doit être aussi généreux, aussi libéral dans sa grâce que les nuages dont les ondées bienfaisantes arrosent tous les pays sur l’ordre de celui qui est l’Ordonnateur suprême, l’Omniscient.

Prends soin de ne pas t’en remettre entièrement à d’autres pour les affaires de l’État.

Nul mieux que toi-même ne pourrait remplir tes fonctions. Ainsi avec clarté, nous te donnons nos sages avis, nous t’envoyons ce qui te permettra de passer de la main gauche de l’oppression à la main droite de la justice et de t’approcher du resplendissant océan des faveurs de Dieu. Telle est la voie que suivirent, avant toi, les rois qui gouvernèrent avec équité et suivirent le droit chemin de la justice.

Tu es l’ombre de Dieu sur la terre. Efforce-toi donc d’agir de la manière qui convient à un rang aussi éminent et aussi majestueux. Tu ne saurais, sans déroger à un honneur aussi grand et inestimable, t’abstenir de suivre les enseignements qui, par nous, te sont envoyés 6 Constantinople.

du ciel. Retourne donc à Dieu, attache-toi fermement à lui, purifie ton cœur du monde et de ses vanités, et ne souffre pas que l’amour d’un étranger y pénètre pour s’y établir. Et tant que tu n’auras pas purifié ton cœur des traces d’un tel amour, l’éclat de la lumière divine n’y pourra briller car Dieu n’a donné à chacun qu’un seul cœur. Tel est, en vérité, le décret divin enregistré dans son livre antique. Et puisque le cœur humain, tel que Dieu l’a façonné, est un et entier, il t’incombe de veiller à ce que ses affections soient elles aussi unes et entières.

Attache-toi donc, avec toute la tendresse de ton cœur, à l’amour de Dieu et renonce à tout autre amour afin qu’il t’aide à te plonger ainsi dans l’océan de son unité et à devenir un vrai défenseur de son unicité. Dieu m’en est témoin : Je n’ai, en te révélant ces paroles, d’autre objet que de te détacher des choses éphémères de la terre, et de t’aider à entrer dans le royaume de la gloire éternelle, afin qu’avec la permission de Dieu, tu sois de ceux qui l’habitent et y règnent. […]

Par Dieu, je le jure, ô Roi : Je n’ai point dessein de me plaindre auprès de toi de ceux qui me persécutent. C’est à Dieu que j’expose mes griefs et mon chagrin, à Dieu qui m’a créé et qui les a créés, qui connaît bien notre situation, et qui veille sur toutes choses. Je veux seulement les mettre en garde contre les conséquences de leurs actions, dans l’espoir qu’ils s’abstiendront d’en traiter d’autres comme ils m’ont traité moi-même, et se rangeront finalement parmi ceux qui suivent mes avertissements.

Les tribulations qui nous accablent, le dénuement dont nous souffrons, les tourments divers qui de toutes parts nous assaillent, tout cela passera comme passeront les plaisirs dont se délectent nos ennemis et l’abondance dont ils jouissent. Telle est la vérité qu’aucun homme ne peut rejeter. Bientôt prendront fin les jours où nous aurons été abaissé dans la poussière, comme se termineront avant peu leurs jours de gloire. Dieu, assurément, jugera entre nous et eux, et il est, en vérité, le meilleur des juges.

Nous rendons grâces à Dieu pour tout ce qui nous est advenu, et nous endurons patiemment ce qu’il a ordonné dans le passé et ordonnera dans le futur. En lui je place ma confiance et entre ses mains, je remets ma cause. Il ne saurait manquer de récompenser qui souffre sans se plaindre et place en lui sa confiance. La création est sienne, avec tout son empire. Il exalte qui il veut, et abaisse qui bon lui semble. Il ne lui sera point demandé compte de ses actes. Il est, en vérité, le Très-Glorieux, le Tout-Puissant.

Que ton oreille, ô Roi, soit attentive aux paroles que nous t’adressons. Contrains l’oppresseur à renoncer à sa tyrannie, et sépare les artisans d’iniquité de ceux qui professent ta foi. Par la justice de Dieu ! L’angoisse ne peut que submerger celui qui relate les tribulations que nous avons subies. En supporter le récit dépasse d’ailleurs les forces de tout croyant en l’unité de Dieu et de tout défenseur de celle-ci. Si grandes sont nos souffrances que même nos ennemis pleurent sur nous ainsi que tout être doué de discernement. Et toutes ces épreuves nous ont été infligées bien que nous allions vers toi, et que nous ayons invité le peuple à se placer sous ta protection afin que tu sois une forteresse pour ceux qui croient en l’unité de Dieu et la soutiennent.

T’ai-je jamais désobéi, ô Roi ? Ai-je jamais transgressé une de tes lois ? Un de tes ambassadeurs en Irak peut-il établir contre moi la preuve du moindre manquement à ma loyauté envers toi ? Par celui qui est le Seigneur de tous les mondes ! Pas un moment nous ne nous sommes rebellé contre toi ni contre aucun de tes ministres. Et jamais, à Dieu ne plaise, nous ne le ferons à l’avenir, dussions-nous être soumis à des épreuves plus cruelles que celles qu’on nous a infligées dans le passé.

Jour et nuit, soir et matin, nous avons prié Dieu pour toi, le suppliant de te rendre obéissant à sa loi, et de te garder des assauts des méchants. Agis selon ton bon plaisir, et traite-nous comme il convient à ton état et comme il sied à ta souveraineté. En tout ce que tu désires ou désireras accomplir, n’oublie jamais la loi de Dieu. Dis : Louange à Dieu, le Seigneur de tous les mondes !

CXV

Lawḥ-i-Dhabíh.

Ô Dhabíh, dans la plupart des tablettes divinement révélées la plume de la révélation a transcrit ces paroles : Nous avons recommandé aux aimés de Dieu de toujours veiller à ce que le bord de notre vêtement sacré ne soit point souillé de la boue des actions défendues ni taché de la poussière d’une conduite répréhensible. Nous les avons en outre exhortés à tenir leurs regards fixés sur ce qui a été révélé dans nos tablettes. Si leurs oreilles internes avaient été attentives aux divins conseils provenant de l’aurore de la plume du TrèsMiséricordieux et s’ils avaient écouté sa voix, la plupart des peuples de la terre seraient maintenant ornés de la parure de sa direction. Ce qui avait été pré-ordonné s’est cependant accompli.

Une fois encore, de cette prison, la plus grande des prisons, la Langue de grandeur de l’Ancien des jours révèle ces paroles, enregistrées dans ce rouleau sacré, d’une blancheur de neige : « Ô vous, les bien-aimés du seul vrai Dieu, sortez des étroites retraites où vous confinent vos désirs corrompus, avancez hardiment dans la vaste immensité du royaume de Dieu et dans les prairies du détachement et de la sainteté établissez-vous afin que, guidée par le parfum de vos œuvres, l’humanité tout entière se dirige vers l’océan de l’éternelle gloire de Dieu. Défendez-vous de tout attachement aux affaires de ce monde et de toute ingérence dans les activités politiques de ceux qui le dirigent.

Le seul vrai Dieu - exaltée soit sa gloire - a donné aux rois le gouvernement de la terre, et nul n’a le droit d’aller à l’encontre des vues réfléchies de ceux qui détiennent l’autorité.

Dieu s’est réservé pour lui-même la cité du cœur des hommes dont les clefs, en ce jour, sont représentées sur la terre par les amis de celui qui est la Vérité souveraine. Que Dieu leur accorde, à tous et à chacun d’entre eux, de déverrouiller, par la puissance du PlusGrand-Nom, les portes de ces cités. Voilà ce que veut dire « aider le seul vrai Dieu », - thème que celui qui fait poindre l’aurore traite dans tous ses livres et ses tablettes.

Il convient, en outre, aux amis de Dieu d’être indulgents à l’égard de leur prochain, d’observer envers toutes choses le plus parfait détachement, et de montrer en toutes circonstances une sincérité et une droiture telles, que tous les peuples de la terre reconnaissent en eux les représentants de Dieu parmi les hommes. Considère à quelles hauteurs sublimes s’élèvent les injonctions du Tout-Puissant, et combien abjectes sont les demeures où habitent maintenant ces âmes faibles. Heureux ceux qui, sur les ailes de la certitude, s’envolent dans les cieux que leur ouvre la plume de ton Seigneur, le TrèsMiséricordieux.

Ô Dhabíh, admire les œuvres de Dieu, celui qui est la Vérité souveraine, et dis : Si grande, si grandiose est la force de sa puissance qui embrasse tous les mondes ! Exalté, immensément exalté est son détachement au-delà de la portée et de la connaissance de la création ! Glorifiée, glorifiée est sa douceur infinie qui a fait fondre le cœur de tous ceux qui ont été mis en présence de Dieu.

En dépit des tribulations sans nombre que nous avons subies aux mains de nos ennemis, nous n’avons cessé de proclamer devant les chefs d’État ce que Dieu voulait voir proclamé, afin que toutes les nations sachent qu’aucune affliction ne peut empêcher la Plume de l’Ancien des jours d’accomplir son dessein. Sa plume se meut par la permission de celui qui modèle les os putréfiés et réduits en poussière.

En vue d’une si grande entreprise, il convient que tous ceux qui l’aiment ceignent leurs reins et, au lieu de commettre des actions viles et méprisables, qu’ils fixent toutes leurs pensées sur ce qui est propre à assurer le triomphe de la cause de Dieu. Si tu considérais, ne fût-ce qu’un instant, les ouvrages visibles et les actes de celui qui est la Vérité éternelle, tu te jetterais à terre et, le front dans la poussière, tu t’écrierais : Ô toi qui es le Seigneur des seigneurs, j’atteste que tu es le Seigneur de la création et l’Educateur souverain de tous les êtres, tant visibles qu’invisibles ! J’atteste que ton pouvoir embrasse l’univers tout entier et que les armées de la terre ne sauraient t’effrayer, pas plus que ne sauraient t’empêcher d’accomplir ton dessein toutes les puissances conjuguées des peuples et des nations du monde. Je confesse que tu n’as d’autre désir que la régénération du monde, l’établissement de l’unité de ses peuples et le salut de tous ses habitants.

Réfléchis un instant et considère la conduite que doivent tenir les amis de Dieu, les hauteurs auxquelles ils doivent s’envoler. Prie à toute heure ton Seigneur, le Dieu de miséricorde, de les aider à faire sa volonté. Il est, en vérité, le Tout-Puissant, le TrèsGlorieux, l’Informé.

L’emprisonnement que subit cet Opprimé, ô Dhabíh, ne l’a pas affecté et ne le pourra jamais, pas plus d’ailleurs que la perte de ses biens matériels ou son exil, ou même son martyre, et les humiliations qui lui sont infligées ne peuvent le blesser.

Mais ce qui le chagrine, ce sont les mauvaises actions que commettent les aimés de Dieu, et qu’ils imputent à celui qui est la Vérité souveraine. Telle est, en vérité, la cause de mon affliction, et celui qui a pouvoir sur toutes choses m’en rend lui-même témoignage. Ce qui m’a cruellement peiné, ce sont les prétentions chaque jour renouvelées du peuple du Bayán. Quelques-uns ont proclamé leur allégeance à l’une de mes branches,7 tandis que d’autres, guidés par leurs propres ambitions, ont avancé des prétentions personnelles.

Ô Dhabíh, la Langue de grandeur dit : Par moi-même, qui dis la vérité ! toutes les dispensations du passé atteignent dans cette très puissante révélation leur consommation dernière. Quiconque, après lui, se prétend porteur d’une révélation n’est qu’un vil imposteur. Puisse Dieu l’aider à répudier pareille prétention. Nul doute, s’il se repent, que le Seigneur lui pardonne. Mais s’il s’obstine dans son erreur, Dieu assurément enverra quelqu’un qui le traitera sans miséricorde. Dieu est, en vérité, le Tout-Puissant, l’Omnipotent.

Vois comment le peuple du Bayán a été incapable de reconnaître que tout ce qu’a révélé ma précédente manifestation, annonciatrice de ma beauté, n’avait d’autre objet que de préparer ma révélation présente et la proclamation de ma cause. Jamais, si ce n’est pour moi - et celui qui est la Vérité souveraine m’en rend témoignage - elle n’aurait déclaré ce qu’elle a déclaré. Vois comment ces insensés ont considéré comme un divertissement et un passe-temps la cause de celui qui est l’Omnipossédant, l’Inaccessible. Ils inventent chaque jour un nouveau stratagème qui les oblige à un nouveau repli. Mais si ce qu’ils disent était vrai, comment la stabilité de la cause de Dieu pourrait-elle être établie ? Médite cela en toimême, et sois de ceux dont la vue est perçante, qui scrutent avec attention, qui restent fermes dans leur dessein et confiants en leur croyance. Ta foi doit être telle que si l’humanité tout entière venait à émettre des prétentions qu’aucun homme n’a jamais élevées et qu’aucun esprit ne conçut jamais, tu les ignorerais entièrement et les rejetterais résolument, pour te tourner vers celui qui est l’objet de l’adoration des mondes.

Par la justice de ma propre personne ! grande, grandiose est cette cause ! Puissant, inconcevablement puissant est ce jour ! Béni l’homme qui, en un tel jour, oublie toutes choses et ne détache pas ses regards de celui dont la face rayonne sur tous ceux qui sont dans les cieux et sur tous ceux qui sont sur la terre.

Il faut que ta vue soit perçante, ô Dhabíh, que ton âme soit de diamant et tes pieds d’airain, si tu veux rester inébranlable sous les assauts des désirs égoïstes qui grondent sourdement dans le cœur des hommes. Telle est la ferme injonction que t’adresse, mue par la volonté de l’ancien Roi, la plume du Plus-Grand-Nom. Garde-la comme la prunelle de tes yeux et sois de ceux qui rendent grâces. Efforce-toi, nuit et jour, de servir la cause de celui qui est la Vérité éternelle, et détache-toi de tout ce qui n’est pas lui. Par moi-même ! Tout ce que tu vois en ce jour périra. Et c’est à un état suprêmement élevé que tu parviendras toimême si tu restes ferme dans la cause de ton Seigneur. C’est à lui que doivent tendre tous les mouvements de ton activité et en lui que tu trouveras ta dernière demeure.

Les fils de Bahá’u’lláh.

CXVI

Súratu’l-Mulúk.

Ô rois de la chrétienté, n’avez-vous pas entendu la parole de Jésus, l’Esprit de Dieu : « Je m’en vais mais je vous reviendrai » ? Lorsqu’il vous est revenu dans les nuées, vous ne vous êtes pas approchés de lui pour contempler son visage, vous n’avez pas atteint sa présence. Pourquoi cette défaillance ? Dans un autre passage, il dit : « Lorsque celui qui est l’Esprit de vérité viendra, il vous conduira à toute la vérité. » Et pourtant, voyez comment, lorsqu’il vous a apporté la vérité, vous avez refusé de tourner vos visages vers lui et continué de vous vautrer dans vos loisirs et vos caprices. Vous ne l’avez pas accueilli ni n’avez recherché sa présence pour entendre les versets de Dieu coulant de ses propres lèvres et goûter à la sagesse infinie du Tout-Puissant, le Très-Glorieux, le Très-Sage. En raison de votre échec, vous avez empêché le souffle de Dieu de passer sur vous et privé vos âmes de la douceur de son parfum. Vous continuez à errer avec délices dans la vallée de vos désirs corrompus. Par Dieu ! Vous êtes vous-mêmes, ainsi que tout ce que vous possédez, appelés à disparaître. Vous allez assurément retourner à Dieu, et vous aurez à répondre de vos actes en présence de celui qui rassemblera la création tout entière.

Vingt années se sont écoulées durant lesquelles nous avons été soumis, chaque jour, à l’agonie d’une tribulation nouvelle. Aucun de ceux qui nous ont précédé n’a enduré ce que nous avons souffert. Puissiez-vous le comprendre ! Ceux qui se sont levés contre nous, nous ont mis à mort, ont répandu notre sang, pillé nos biens et violé notre honneur. Bien qu’informés de la plupart de nos maux, vous n’avez jamais arrêté la main de l’agresseur.

N’est-ce pas cependant votre devoir le plus clair que de refréner la tyrannie de l’oppresseur et de traiter équitablement vos sujets, afin que soit pleinement démontré à toute l’humanité votre haut sens de la justice.

Dieu a remis entre vos mains les rênes du gouvernement du peuple pour que vous le gouverniez avec équité, que vous sauvegardiez les droits des opprimés et punissiez les malfaiteurs. Si vous négligez les devoirs que Dieu vous a imposés dans son Livre, vos noms seront comptés parmi les noms de ceux qui sont injustes à ses yeux. Grave, en fait, serait votre erreur. Vous attachez-vous à ce que votre imagination a conçu, et rejetez-vous les commandements de Dieu, le Très-Loué, l’Inaccessible, l’Irrésistible, le Tout-Puissant ?

Rejetez ce que vous possédez et attachez-vous à ce que Dieu vous ordonne d’observer.

Sollicitez sa grâce, car celui qui la sollicite marche dans son droit chemin.

Considérez l’état auquel nous sommes réduit, voyez les maux et tribulations qui nous accablent. Ne vous désintéressez pas de notre cas, ne fût-ce qu’un instant, et jugez avec équité entre nous et nos ennemis. Cela sera pour vous un avantage manifeste. Nous vous faisons ce récit et nous vous rapportons ce qui nous est advenu, afin que vous puissiez nous délivrer de nos maux et alléger notre fardeau. Que celui qui le veut nous libère de nos épreuves ; quant à celui qui s’y refuse, mon Seigneur est assurément le meilleur des secours.

Avertis le peuple, ô Serviteur, et informe-le de ce que nous t’avons envoyé ; ne te laisse effrayer par rien ni personne et ne sois pas de ceux qui hésitent. Le jour approche où Dieu exaltera sa cause et magnifiera sa preuve aux yeux de tous ceux qui sont sur la terre et dans les cieux. En toute circonstance, place en Dieu ton entière confiance, fixe sur lui ton regard et détourne-toi de ceux qui répudient sa vérité. Que Dieu, ton Seigneur, soit ta seule aide, ton unique secours. Nous nous sommes engagé à assurer ton triomphe sur la terre et à exalter notre cause au-dessus de tous les hommes, bien qu’il ne se soit trouvé aucun roi pour se tourner vers toi.

CXVII

Lawḥ-i-Maqsúd (Acre).

Le grand Être, désireux de révéler les conditions nécessaires à la paix et à la tranquillité du monde ainsi qu’au progrès de ses peuples, a écrit : Le temps viendra où sera universellement reconnue la nécessité impérieuse d’une vaste assemblée mondiale. Les rois et les dirigeants de la terre devront impérativement y assister, prendre part à ses délibérations, et considérer les moyens de poser les fondations de la grande paix parmi les hommes. Une telle paix nécessitera de la part des grandes puissances la volonté de se réconcilier complètement pour assurer la tranquillité des peuples de la terre. Et si un roi prenait les armes contre un autre, tous conjointement devraient se lever et l’en empêcher.

Quand cela se fera, les nations du monde n’auront plus besoin d’autres armements que ceux qui sont nécessaires pour préserver la sécurité de leur pays et maintenir l’ordre intérieur. Ceci assurera la paix et la quiétude de tous les peuples, gouvernements et nations. Nous caressons l’espoir que les rois et les dirigeants de la terre, miroirs du nom de Dieu tout-puissant et magnanime, parviendront à ce rang et protègeront l’humanité des assauts de la tyrannie. […] Le jour approche où tous les peuples du monde adopteront une langue universelle et une écriture commune. Quand ceci sera réalisé, tout voyageur, dans quelque ville qu’il visite, aura l’impression d’entrer chez lui. Ce sont là choses absolument essentielles et obligatoires. Il incombe à tout homme intelligent et perspicace de faire passer ce qui est écrit dans la réalité et dans les faits. […] C’est être un homme aujourd’hui que de se consacrer au service du genre humain. Le grand Être dit : Béni celui qui se lève pour servir les plus hauts intérêts des peuples de la terre. Dans un autre passage, il proclame : Ce n’est point aimer son propre pays dont il convient de se glorifier, c’est aimer le monde entier. La terre est un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens.

CXVIII

Súratu’l-Mulúk.

Ne négligez pas la crainte de Dieu, ô rois de la terre, et prenez garde de ne pas transgresser les limites fixées par le Tout-Puissant. Obéissez aux injonctions de son livre, et gardez-vous d’en outrepasser les limites. Veillez à n’être injustes envers personne, ne fût-ce que dans la mesure d’un grain de moutarde. Suivez le sentier de la justice, car c’est là, en vérité, le droit sentier.

Résolvez vos différends et réduisez vos armements, afin d’alléger le fardeau de vos dépenses, et que vos esprits et vos cœurs soient apaisés. Réglez les discordes qui vous divisent, et vous n’aurez point besoin d’armements excepté pour la protection de vos villes et territoires. Craignez Dieu, et gardez-vous d’outrepasser les bornes de la modération et d’être comptés parmi les extravagants.

Nous avons appris que vous augmentez chaque année vos dépenses et que vous en faites peser le fardeau sur vos sujets. En vérité, c’est plus qu’ils ne peuvent supporter et cela constitue une grave injustice. Tranchez avec justice entre les hommes, ô rois, et soyez parmi eux l’emblème de la justice. C’est là, si vous jugez avec discernement, ce qui vous incombe et convient à votre rang.

Gardez-vous de traiter injustement celui qui en appelle à vous et se place sous votre protection. Vivez dans la crainte de Dieu, et soyez de ceux qui mènent une vie pieuse. Ne vous reposez jamais sur votre pouvoir, vos armées et vos trésors. Placez votre foi et votre confiance en Dieu qui vous a créés, et dans toutes vos affaires sollicitez son aide. Le secours ne vient que de lui et il le donne à qui il veut, grâce aux armées du ciel et de la terre.

Sachez que Dieu vous a confié les pauvres. Veillez à ne pas trahir sa confiance en les traitant injustement, et à ne pas suivre la voie des perfides. Vous serez certainement appelés à rendre compte de ce qui vous a été confié le jour où sera établie la balance de la justice, le jour où chacun recevra son dû, où les actes de tous, riches ou pauvres, seront rigoureusement pesés.

Si vous ne prenez garde aux conseils qu’en un clair et incomparable langage nous vous révélons dans cette épître, le châtiment de Dieu fondra sur vous de toutes parts, et la sentence de sa justice sera prononcée contre vous. Vous n’aurez, ce jour-là, aucun pouvoir de lui résister, et vous reconnaîtrez votre propre impuissance. Ayez pitié de vous-mêmes et de vos sujets. Jugez entre eux selon les préceptes édictés par Dieu dans sa sainte et sublime épître, une épître dans laquelle il assigne à toutes choses les limites fixées pour chacune d’elles et dans laquelle il donne une claire explication de toutes choses, une épître qui constitue en elle-même une admonition pour tous ceux qui croient en lui.

Examinez notre cause, informez-vous de ce qui nous est advenu, tranchez avec justice entre nous et nos ennemis, et soyez de ceux qui agissent équitablement envers leur prochain. Si vous ne retenez pas la main de l’oppresseur, si vous ne protégez pas les droits de l’opprimé, de quoi pouvez-vous vous glorifier parmi les hommes ? De quoi au juste pouvez-vous être fiers ? Vous ferez-vous gloire de ce que vous mangez et buvez, des richesses que vous amassez, du prix et de la variété des ornements dont vous vous parez ?

Si la vraie gloire consistait en la possession de ces choses périssables, la terre sur laquelle vous marchez devrait alors se vanter de vous être supérieure, car c’est elle qui, par décret du Tout-Puissant, vous fournit et vous accorde ces choses. Ses entrailles renferment, selon ce que Dieu a ordonné, tout ce que vous possédez. D’elle, en signe de sa miséricorde, vous tirez toutes vos richesses. Considérez donc votre condition, ce dont vous vous enorgueillissez ! Puissiez-vous en prendre conscience !

Non, par celui qui tient en sa main le royaume tout entier de la création ! Votre gloire constante et véritable ne réside que dans votre ferme adhésion aux préceptes de Dieu, dans votre observation sincère de ses lois, dans votre résolution de veiller à leur application et de suivre fermement le droit chemin.

CXIX

Lawḥ-i-Malikih (Reine Victoria).

Ô dirigeants de la terre, pourquoi obscurcir l’éclat du soleil et l’empêcher de briller ?

Écoutez le conseil que vous donne la Plume du Très-Haut afin d’atteindre, vous et le pauvre, la paix et la tranquillité. Nous supplions Dieu d’aider les rois à établir la paix sur la terre. En vérité, il fait ce qu’il veut.

Ô rois de la terre, nous vous voyons augmenter chaque jour vos dépenses et en faire peser le fardeau sur vos sujets. Quelle honte et quelle injustice ! Craignez les soupirs et les larmes de cet Opprimé, et n’imposez pas de charges trop lourdes sur vos peuples. Ne les dépouillez pas pour vous construire des palais ; au contraire, choisissez pour eux ce que vous choisissez pour vous-mêmes. Ainsi ouvrons-nous vos yeux sur ce qui vous profite, si vous pouvez le voir. Vos peuples sont votre trésor. Prenez garde de ne pas violer par vos décrets les commandements de Dieu et de ne pas livrer vos états aux mains des voleurs.

C’est par eux que vous régnez, par eux que vous vous maintenez et avec leur aide que vous conquérez. Et pourtant quel dédain dans le regard que vous leur jetez. Étrange, vraiment étrange !

Maintenant que vous refusez la très grande paix, attachez vous au moins à promouvoir une moindre paix, afin d’améliorer votre condition et celle de vos sujets.

Ô dirigeants de la terre, réconciliez-vous de manière à vous passer d’armements sauf pour maintenir la sécurité de vos territoires et possessions. Faites attention de ne pas méconnaître le conseil de l’Omniscient, du Fidèle.

Soyez unis, ô rois de la terre, pour apaiser la tempête de la discorde entre vous et apporter la tranquillité à vos peuples, si vous pouvez le comprendre. Si l’un de vous prend les armes contre un autre, levez-vous pour vous opposer à lui, car ce n’est que justice évidente

CXX

Lawḥ-i-Malikih (Reine Victoria).

Ô vous qui, en chaque pays, représentez les peuples ! Réunissez-vous pour vous consulter et souciez-vous seulement de ce qui profite à l’humanité et en améliore les conditions, si vous êtes de ceux qui sont scrupuleux. Considérez le monde comme s’il était un corps humain qui, bien que créé complet et parfait, souffre de désordres et de maladies graves pour beaucoup de raisons. Il n’est pas un jour où il s’améliore ; au contraire, sa maladie croît en sévérité car il est traité par des médecins ignorants qui donnent libre cours à leurs désirs et errent cruellement. Et même si de temps à autre, un organe de ce corps est guéri, les autres n’en restent pas moins affligés.

Nous le trouvons aujourd’hui à la merci de dirigeants si imbus d’orgueil qu’ils ne discernent même pas leurs propres avantages, encore moins une révélation aussi déroutante et aussi provocatrice que celle-ci. Et si l’un d’entre eux s’efforce d’améliorer sa condition, c’est par appât du gain, qu’il l’avoue ou non ; et l’indignité de ses motifs limite sa capacité à guérir ou soigner.

Le remède souverain et l’instrument tout puissant de la guérison du monde entier est l’union de ses peuples en une Cause universelle, une seule et même Foi : voilà ce qu’ordonne le Seigneur. Rien ne peut réaliser cela, sauf le pouvoir d’un médecin habile, tout puissant et inspiré. Voilà la seule vérité, tout le reste n’est qu’erreur.

CXXI

Javád.

Dis : Ô vous qui m’enviez et qui cherchez à me faire du mal ! que la fureur de votre rage contre moi vous confonde ! Voici que se lève le Soleil de gloire à l’horizon de ma révélation, enveloppant de son éclat toute l’humanité. Et voyez pourtant comme vous vous dérobez à sa splendeur et êtes plongés dans une complète indifférence ! Ayez pitié de vous-mêmes, ne rejetez pas l’appel de celui en qui vous avez déjà reconnu la vérité. Ne soyez pas parmi les transgresseurs.

Par la justice du seul vrai Dieu, si vous rejetez cette révélation, vous deviendrez un objet de mépris et de dérision pour toutes les nations de la terre, car c’est vous qui, pour défendre la vérité de votre cause, avez proclamé à la face du monde les témoignages de Dieu, le Protecteur souverain, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, l’Omniscient. Et maintenant qu’il vous envoie sa révélation nouvelle, parée de la gloire d’une irrésistible souveraineté, voilà que vous lui tournez le dos, ô étourdis que vous êtes !

Pensez-vous vraiment, au fond de votre cœur, avoir le pouvoir d’éteindre l’éclat du Soleil ou d’éclipser sa splendeur ? Par ma vie ! jamais, vous n’atteindrez votre but, dussiezvous appeler à votre aide tout ce qui vit sur la terre et dans les cieux. Vivez dans la crainte de Dieu, et ne rendez pas vos œuvres futiles. Tendez l’oreille à ses paroles, et ne soyez pas de ceux qui sont séparés de lui comme par un voile. Dis : Dieu m’en est témoin ! Je n’ai jamais rien souhaité pour moi-même. Mon unique désir est la victoire de Dieu et le triomphe de sa cause. Lui-même suffit à nous départager. Si vous purifiez vos yeux, vous verriez aisément que mes actes témoignent de la vérité de mes paroles, et que mes paroles guident toutes mes actions.

Aveugles sont vos yeux ! Ne percevez-vous pas la grandeur de la puissance et de la souveraineté de Dieu ! Ne voyez-vous pas sa gloire et sa majesté ? Malheur à vous, ramassis d’envieux et de méchants. Écoutez mes paroles et ne tardez pas, fût-ce un instant. Voilà ce que vous enjoint celui qui est la beauté du Très-Miséricordieux, afin que vous vous détachiez de ce que vous possédez et que vous montiez jusqu’aux sommets d’où vous découvrirez, reposant à l’ombre de sa révélation, la création tout entière.

Dis : Il n’est pour vous, en ce jour, ni abri ni refuge, ni personne qui puisse vous protéger ou vous défendre de la fureur de sa colère ou de la force de son pouvoir sauf si vous recherchez l’ombre de sa révélation. Et c’est cette révélation, en vérité, qui s’est manifestée à vous en la personne de cet Adolescent. Que Dieu soit donc glorifié pour une vision si resplendissante, si précieuse, si merveilleuse !

Détachez-vous de ce qui n’est pas moi, et tournez vos visages vers ma face, car cela sera meilleur pour vous que tout ce que vous possédez. Par ma parole même, qui exprime la vérité et embrasse toutes choses, la Langue de grandeur porte témoignage de la vérité de mes paroles.

Dis : Pensez-vous que votre allégeance à sa Cause puisse jamais lui profiter, ou qu’en répudiant la vérité de celle-ci vous puissiez lui causer quelque dommage ? Certes non, par moi-même, le Victorieux, l’Inaccessible, le Très-Haut ! Déchirez les voiles des noms et détruisez leur royaume. Par ma Beauté, il est maintenant venu celui qui est le Monarque de tous les noms, celui sur l’ordre de qui, depuis le commencement qui n’a pas de commencement, chacun de ces noms fut créé, lui qui continuera d’en créer autant que bon lui semblera. Il est, en vérité, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

Gardez-vous de vous dépouiller du vêtement de la Providence divine. Étanchez votre soif à la coupe que les Adolescents du ciel élèvent au-dessus de votre tête. Ainsi vous l’ordonne celui qui vous témoigne plus de pitié que vous n’en avez vous-mêmes, celui qui n’attend de vous ni récompense, ni gratitude. Sa récompense lui vient de celui qui, par le pouvoir de la vérité, l’a envoyé vers vous, qui l’a distingué et l’a désigné comme son propre témoignage devant la création tout entière. C’est lui qui l’a investi du pouvoir de manifester tous ses signes. Écoutez mieux afin de percevoir les choses auxquelles vous appelle la Voix de l’Ancien des jours et d’être de ceux qui saisissent la vérité. Avez-vous jamais entendu dire par vos ancêtres ou par les générations qui les ont précédés en remontant même jusqu’au premier Adam, que quelqu'un pourrait vous apporter un message qui ne soit pas de Dieu alors même qu’il est entouré du nimbe de la révélation, est investi d’une souveraineté manifeste et transcendante, a le royaume de Dieu à sa droite et toute la puissance et la gloire de son empire éternel à sa gauche, est précédé par les armées de Dieu, le Tout-Puissant, l’Irrésistible, l’Omnipotent, et révèle sans cesse des versets dont les esprits humains les plus savants et les plus sages sont incapables de saisir la signification ?

Soyez perspicace et dites la vérité, toute la vérité, si vous avez la prétention d’être honnêtes et d’esprit noble.

Dis : Les versets que nous avons révélés sont aussi nombreux que ceux qui furent envoyés au Báb dans la précédente révélation. Que celui qui doute des paroles prononcées par l’Esprit de Dieu cherche la cour de notre présence, qu’il entende nos versets divinement inspirés et qu’il constate de ses yeux les preuves évidentes de notre revendication.

Dis : Par la justice du Tout-Puissant, la mesure des bienfaits de Dieu est comble, sa parole est accomplie, la lumière de son visage est révélée. Sa souveraineté embrasse la création tout entière, la gloire de sa révélation est manifeste et ses largesses se répandent sur toute l’humanité.

CXXII

Lawḥ-i-Maqṣúd.

L’homme est le talisman suprême. Une éducation adéquate lui a cependant manqué pour bénéficier de ce qu'il possède par nature. D’un mot sorti de la bouche de Dieu, il fut appelé à l’existence ; d’un mot de plus, il fut amené à reconnaître la Source de son éducation ; d’un autre mot encore, son rang et sa destinée ont été assurés. Le grand Être dit : Considérez l’homme comme une mine riche en pierres précieuses d’une valeur inestimable. Seule l’éducation peut l’amener à en livrer les trésors et permettre à l’humanité d’en profiter. Quiconque médite sur ce que révèlent les Écritures envoyées du ciel de la volonté sacrée de Dieu reconnaîtra facilement que leur but est de voir tous les hommes considérés comme une seule âme, pour que le sceau gravé des mots « Le royaume sera à Dieu » soit imprimé sur chaque cœur et que la lumière de la générosité, de la grâce et de la miséricorde divines enveloppe l’humanité entière.

Le seul vrai Dieu – exaltée soit sa gloire – n’a rien désiré pour lui-même. L’allégeance des hommes ne lui est d’aucun profit, et leur perversité ne lui fait aucun tort. L’Oiseau du royaume de la parole lance continuellement cet appel : « Toutes choses, je les ai voulues pour toi, et toi, aussi, pour ton bien ». Si les savants et les sages d’aujourd’hui permettaient aux hommes de respirer le doux parfum de l’amitié et de l’amour, tout cœur pénétrant percevrait la signification de la vraie liberté et découvrirait le secret d’une paix permanente et d’un calme total. Si la terre atteignait ce niveau et était illuminée de sa lumière, on pourrait vraiment dire d’elle : « Tu n’y verras ni ondulation ni dépression. »

CXXIII

Où ont-elles fui les générations qui vous ont précédés ? Et ceux qu’entourait, pendant leur vie, ce que le monde contenait de plus beau et de plus aimable, où sont-ils maintenant ? Profitez du moins de la leçon, ô peuples, et ne soyez pas de ceux qui dévient du droit chemin.

D’autres, avant peu, saisiront ce que vous possédez et occuperont vos demeures.

Prêtez l’oreille à mes paroles et ne soyez pas du nombre des insensés.

Pour chacun de vous, le devoir suprême est de choisir pour lui-même ce sur quoi nul autre ne saurait empiéter et que personne ne pourrait usurper. Et cela, le Tout-Puissant en porte témoignage, c’est l’amour de Dieu, puissiez-vous le comprendre !

Bâtissez-vous des maisons que ni la pluie ni les inondations ne peuvent détruire, et où vous serez à l’abri des changements et des hasards de cette vie. Telles sont les instructions que vous donne celui que le monde a lésé et rejeté.

CXXIV

Lawḥ-i-Hádí.

Combien merveilleuse est l’unité du Dieu vivant et éternel – une unité qui s’élève audessus de toutes les limitations et dépasse la compréhension de toutes choses créées. Il a, de toute éternité, résidé dans son inaccessible séjour de gloire et de sainteté et, pour l’éternité, il continuera de siéger sur les sommets de sa grandeur et de sa souveraineté particulières. Combien sublime est son Essence incorruptible, entièrement indépendante de la connaissance qu’en peuvent avoir toutes choses créées, et incommensurablement exaltée au-dessus de la louange de tous les habitants des cieux et de la terre !

En vertu de sa faveur et de sa générosité, il a confié à toute chose créée un signe de son savoir, puisé à la source sublime, afin qu’aucune d’elles ne soit privée de sa part lorsqu'elles exprimeront ce savoir, chacune selon sa capacité et son rang. Ce signe est le miroir de sa beauté dans le monde de la création. Plus grand sera l'effort pour le purifier, plus ce noble et sublime miroir recevra la capacité de réfléchir fidèlement la gloire des noms et attributs de Dieu, et de révéler les merveilles de ses signes et de sa science. À chacune des choses créées, il sera donné - tant est grand ce pouvoir de réflexion - de révéler le potentiel de son état pré-ordonné, elles reconnaîtront leurs propres capacités et limites, et témoigneront de cette vérité : « En vérité, il est Dieu ; il n’est pas d’autre Dieu que lui. » […]

Il n’est pas douteux qu’en conséquence des efforts consentis par chaque homme, et en raison de l’exercice de ses facultés spirituelles, ce miroir soit purifié de toutes souillures terrestres et de toute insinuation satanique, au point de pouvoir s’approcher des prairies de la sainteté et d’atteindre les cours de la fraternité éternelle. Cependant, en vertu du principe qu’il est un temps pour chaque chose et une saison pour chaque fruit, les énergies latentes d’une telle générosité ne seront complètement libérées, et la gloire vernale d’un tel don manifestée, qu’aux jours de Dieu. Bien que chaque jour ait sa part pré-établie de la merveilleuse grâce divine, les jours associés à la présence de la Manifestation de Dieu ont un caractère unique et un rang qui dépasse la compréhension de l’esprit humain. La vertu qui leur est insufflée est telle que, si les cœurs de tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre étaient, en ces jours d’éternelles délices, mis en présence de ce Soleil de gloire inaltérable et accordés à sa volonté, chacun d’eux se trouverait exalté au-dessus de toutes choses terrestres, rayonnant de sa lumière et sanctifié par sa grâce. Louange à cette grâce qu’aucune bénédiction, si grande soit-elle, ne saurait surpasser, et honneur à cette tendre bonté que l’œil de la création n’a jamais vue ! Incommensurablement exalté est-il au-dessus de tout ce qu’on rapporte de lui ou de tout ce qu’on lui attribue.

C’est pourquoi, en ces jours, aucun homme n’aura besoin de son voisin. Il s’est déjà amplement avéré qu’en ces temps fixés par Dieu, la majorité de ceux qui ont cherché et atteint sa cour sacrée manifestent une science et une sagesse telles qu'en dehors de ces saintes âmes, nulle autre n’en a jamais compris et n’en comprendra jamais la moindre parcelle, malgré le temps passé à enseigner ou à étudier. C’est en vertu de ce pouvoir qu’aux jours de la manifestation du Soleil de la vérité, les bien-aimés de Dieu sont exaltés au-dessus de tout savoir humain et s’en détachent. Bien mieux, de leurs cœurs et des sources de leurs pouvoirs innés jaillit, sans discontinuer, la plus pure essence du savoir et de la sagesse humaine.

CXXV

Kitáb-i-Iqán.

Ô mon frère ! quand un vrai chercheur décide de s’engager dans la voie de la recherche qui mène à la connaissance de l’Ancien des jours, il doit avant toute chose laver et purifier son cœur, siège de la révélation des mystères profonds de Dieu, du voile de la poussière de toute connaissance acquise et des insinuations émises par les incarnations des chimères sataniques. Il doit épurer son sein, sanctuaire de l’amour éternel du BienAimé, de toute souillure et purifier son âme de tout ce qui a trait à l’eau et la boue, aux choses éphémères et chimériques. Il lui faut si bien laver son cœur qu’il n’y reste aucune trace d’amour ou de haine, de crainte que l’amour ne l’aveugle et ne l’incline à l’erreur, ou que la haine ne le détourne de la vérité. En ce jour, ainsi que tu en es témoin, la plupart des gens se privent par amour ou par haine de contempler la Face immortelle, se détournent de ceux qui incarnent les mystères divins et s’égarent sans berger dans le désert de l’erreur et de l’oubli.

Ce chercheur doit, à tout instant, mettre sa confiance en Dieu, se tenir à l’écart des gens et se détacher du monde de poussière pour s’attacher à celui qui est le Seigneur des seigneurs. Il ne doit jamais chercher à se placer au-dessus des autres, il doit effacer de la tablette de son cœur toute trace d’orgueil et de vanité, s’armer de patience et de résignation, observer le silence et s’abstenir de tout vain bavardage. Car la langue est un feu qui couve, et l’abus des paroles est un poison mortel. Si le feu matériel consume le corps, le feu de la langue dévore à la fois l’âme et le cœur. La force du premier ne dure qu’un moment mais les effets du second persistent durant un siècle..

Ce chercheur devrait aussi regarder la médisance comme une faute grave et se garder de son emprise car la médisance éteint le feu du cœur et étouffe la vie de l’âme. Il devrait se contenter de peu et s’affranchir de tout désir excessif. Il devrait chérir la compagnie de ceux qui ont renoncé au monde et considérer comme un précieux avantage de se soustraire aux vaniteux et aux mondains. Il devrait, à l’aube de chaque jour, communier avec Dieu et persévérer de toute son âme dans la quête de son Bien-Aimé. Il devrait consumer toute pensée perverse à la flamme de son évocation aimante de Dieu et, vif comme l’éclair, s’écarter de tout ce qui n’est pas lui. Il devrait secourir les déshérités et ne jamais refuser sa faveur aux indigents. Il devrait se montrer bon envers les animaux, et plus encore à l’égard de son prochain qui, lui, est doué du pouvoir de la parole. Il ne devrait pas hésiter à offrir sa vie pour son Bien-Aimé, ni permettre au blâme des gens de le détourner de la vérité. Ce qu’il ne désire pas pour lui-même, il ne devrait pas le souhaiter aux autres ni ne jamais promettre au-delà de ce qu’il peut tenir. De tout son cœur, le chercheur devrait éviter la fréquentation des malfaisants et prier pour la rémission de leurs péchés. Il devrait pardonner au pécheur et ne jamais mépriser sa condition misérable, car nul ne sait comment sera sa propre fin. Il arrive bien souvent qu’un pécheur atteigne, à l’heure de sa mort, l’essence même de la foi, boive à la coupe de l’immortalité et prenne son envol vers l’Assemblée céleste. Et que de fois à l’heure fixée pour l’ascension de son âme, un croyant fervent subit un changement tel qu’il en tombe dans le feu des profondeurs.

Nous révélons ces paroles graves et convaincantes dans l’intention de persuader le chercheur qu’il devrait tenir pour transitoire tout ce qui n’est pas Dieu et pour pur néant tout ce qui n’est pas lui, l’objet de toute adoration.

Voilà quelques-uns des attributs des âmes élevées, ils constituent la marque distinctive de ceux dont l’esprit est porté aux choses spirituelles. Il en a déjà été fait mention à propos des qualités requises pour les voyageurs engagés dans la voie de la connaissance positive. Lorsque le voyageur détaché, le chercheur sincère, remplit ces conditions essentielles, alors et alors seulement, on peut dire qu’il est un véritable chercheur. Quand il remplit les conditions comprises dans le verset : « Quiconque fait des efforts à notre intention… », il jouit des faveurs conférées par ces paroles : « Dans nos chemins, nous le guiderons en vérité. “

Les ténèbres de l’erreur ne seront chassées de l’esprit du chercheur, les brumes du doute et de la crainte n’en seront dissipées, et les lumières de la connaissance et de la certitude n’envelopperont tout son être, que lorsqu’en son cœur s’allumera la lampe de la recherche, de l’effort soutenu, du désir ardent, de la dévotion passionnée, de l’amour fervent, du ravissement et de l’extase et qu’en son âme soufflera la brise de sa tendre bonté. Alors le Héraut mystique, apportant la joyeuse nouvelle de l’Esprit, rayonnera de la cité de Dieu resplendissant comme l’aurore et, faisant retentir la trompette du savoir, tirera du sommeil de l’insouciance le cœur, l’âme et l’esprit. Alors la multitude des bienfaits et les torrents de grâce de l’Esprit saint et éternel conféreront au chercheur une vie si nouvelle qu’il se découvrira une vue nouvelle, une ouïe nouvelle, un cœur nouveau et un esprit nouveau. Il contemplera les signes manifestes de l’univers, et il pénétrera les mystères cachés de l’âme. Regardant avec l’œil de Dieu, il percevra dans chaque atome une porte qui ouvre vers les domaines de certitude absolue. En toutes choses, il découvrira les mystères de la révélation divine et les preuves d’une manifestation éternelle.

Je jure par Dieu ! Si celui qui est guidé par cette voie et s’efforce de gravir les sommets de la droiture atteignait ce sublime et glorieux état, il percevrait, à mille lieues de distance, le parfum de Dieu et verrait se lever, au-dessus de l’aube de toutes choses, le matin resplendissant d’une direction divine. Chacune de ces choses, si petite soit-elle, sera pour lui une révélation et le conduira à son Bien-Aimé, l’objet de sa quête. Si grand sera le discernement de ce chercheur qu’il distinguera le vrai du faux comme il distingue le soleil de l’ombre. Si des coins les plus reculés de l’Orient, se répandaient les parfums suaves de Dieu, il en reconnaîtrait et en humerait la fragrance, même s’il séjournait dans les régions les plus lointaines de l’Occident. De même pour tous les signes de Dieu – ses paroles merveilleuses, ses œuvres grandioses et ses actions puissantes –, il les distinguerait clairement des actes, des paroles et des manières des hommes, tel l’orfèvre qui reconnaît une pierre précieuse d’un caillou ou l’homme qui distingue le printemps de l’automne, la chaleur du froid. Quand le canal de l’âme humaine sera libéré des entraves et des attaches terrestres, elle percevra infailliblement le souffle du Bien-Aimé à des distances incommensurables et, guidée par son parfum, elle atteindra la cité de certitude et y pénètrera.

Là, le chercheur découvrira les merveilles de l’antique sagesse du Bien-Aimé et percevra tous les enseignements cachés dans le bruissement des feuilles de l’arbre qui s’épanouit dans cette cité. Il entendra de son oreille spirituelle et de son oreille matérielle les hymnes de gloire et de louange qui, de la poussière de cette cité, montent vers le Seigneur des seigneurs, et de son œil spirituel il découvrira les mystères du « retour » et de la « résurrection ».

Quelle gloire ineffable dans les signes, les indices, les révélations et les splendeurs réserve à cette cité celui qui est le Roi des noms et des attributs ! Qui atteint cette cité, sans eau étanche sa soif et sans feu s’embrase de l’amour de Dieu. Dans chaque brin d’herbe sont enfermés les mystères d’une impénétrable sagesse, et des myriades de rossignols en extase radieuse inondent de leur mélodie tous les buissons de roses. Ses tulipes merveilleuses dévoilent le mystère du feu inextinguible du Buisson ardent et ses doux aromes de sainteté font ressentir le parfum de l’Esprit messianique. Sans l’or, la richesse y est dispensée, et sans la mort, l’immortalité conférée. Dans chaque feuille se gardent précieusement des délices ineffables et dans chaque salle se cachent d’innombrables mystères.

Quand ils auront renoncé à tout sauf à Dieu, ceux qui vaillamment se consacrent à la quête de sa volonté seront si attachés et unis à cette cité que l’idée d’en être séparés, fûtce un instant, leur sera inconcevable. De la jacinthe de cette assemblée ils entendront des preuves infaillibles, de la beauté de sa Rose et de la mélodie de son Rossignol ils recevront les témoignages les plus sûrs. Dans mille ans environ, cette cité sera renouvelée et de nouveau ornée. […]

Cette cité n’est autre que le verbe de Dieu, révélé en chaque âge et en chaque dispensation. Au temps de Moïse ce fut le Pentateuque, au temps de Jésus l’Évangile, au temps de Muḥammad, le Messager de Dieu, le Coran. En ce jour, c’est le Bayán et dans la révélation de Celui-que-Dieu-rendra-manifeste ce sera son propre Livre auquel les Livres de toutes les révélations précédentes se réfèreront nécessairement, Livre sublime et transcendant entre tous.

CXXVI

Mírzá Ḥaydar-‘Alí.

Quels que soient le lieu où l’on nous bannisse et la rigueur des tribulations qu’on nous inflige, ceux qui forment le peuple de Dieu doivent, avec une ferme résolution et la plus entière confiance, tenir les yeux fixés sur l’Orient de gloire, et se consacrer à ce qui peut conduire à l’amélioration du monde et à l’éducation de ses peuples. Tout ce qui nous est advenu dans le passé a servi les intérêts de notre révélation et accru sa renommée : il en sera de même de tout ce qui pourra nous advenir dans l’avenir. Attachez-vous du fond du cœur à la cause de Dieu, une cause envoyée par celui qui est l’Ordonnateur, le Très-Sage.

Avec la plus parfaite bonté et la plus grande miséricorde, nous avons convié et conduit les peuples et les nations à ce qui leur sera vraiment profitable.

Le Soleil de vérité qui brille dans toute sa gloire nous en rend témoignage ! Ceux qui forment le peuple de Dieu n’ont d’autre ambition que de revivifier le monde, d’ennoblir sa vie et de régénérer ses peuples. Droiture et bon vouloir ont été de tout temps la marque de leurs relations avec tous les hommes. Leur conduite reflète leur vie intérieure, et celle-ci est un miroir de leur conduite. Aucun voile ne cache ni n’obscurcit les vérités qui fondent leur foi. Ces vérités ont été dévoilées aux yeux des hommes et seront immanquablement reconnues. Leurs actes mêmes attestent la vérité de ces paroles.

Tout œil capable de discernement peut, en ce jour, percevoir l’aube de la révélation divine et toute oreille attentive reconnaîtra la voix qui sortit du Buisson ardent. Telle est l’impétuosité du torrent de la miséricorde divine, que celui qui est l’Aurore des signes de Dieu et le Révélateur des témoignages de sa gloire se tient au milieu des peuples de la terre et converse familièrement avec eux sans qu’aucun voile ne le cache à leurs yeux. Combien vinrent à nous d’un cœur enclin à la malice et cependant nous quittèrent en amis loyaux et dévoués ! Les portes de la grâce sont ouvertes toutes grandes à la face des hommes. En apparence dans nos rapports avec eux, nous avons les mêmes égards pour le juste et pour le pécheur, afin que celui qui a fait le mal ait une chance d’atteindre l’océan sans limites du pardon divin. Notre nom, Celui qui ne dévoile pas, répand une telle lumière sur les hommes que le pervers s’imagine qu’il pourra se ranger parmi les vertueux. Aucun de ceux qui nous cherchent ne sera déçu, et l’accès de notre cour ne sera point refusé à celui qui tourne sa face vers nous. […]

Ô amis, par vos bonnes actions, par une conduite et un caractère qui trouvent grâce à ses yeux, soutenez la cause du seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire ! Que celui qui, en ce jour, s’efforce d’aider Dieu, ferme les yeux à tout ce qu’il possède pour les ouvrir aux choses de Dieu. Qu’il cesse de s’occuper de ses intérêts et n’ait souci que de ce qui peut servir à exalter le nom irrésistible du Tout-Puissant. Qu’il débarrasse son cœur de toute passion mauvaise et de toute inclination corrompue, car la crainte de Dieu est l’épée qui lui donnera la victoire, l’instrument primordial par lequel il réalisera son dessein. La crainte de Dieu est le bouclier qui défend sa cause et rend son peuple victorieux. Elle est l’étendard qu’aucun homme ne peut abattre, elle représente une force avec laquelle aucun pouvoir terrestre ne saurait rivaliser. Par son aide et avec la permission du Seigneur des armées, ceux qui se sont approchés de Dieu ont pu soumettre et conquérir la citadelle du cœur des hommes.

CXXVII

À Muḥammad Ibráhím-i-Khalíl-i-Qazvíní (dit Muḥalim, enseignant)

Ô peuple, si vous désirez connaître Dieu et découvrir la grandeur de sa puissance, regardez-moi avec mes propres yeux et non avec les yeux d’un autre. Autrement vous n’arriverez jamais à me reconnaître, alors même que vous méditeriez sur ma cause aussi longtemps que durera mon royaume, et que vous réfléchiriez sur toutes choses créées pendant l’éternité de Dieu, le souverain Seigneur de tous, l’Omnipotent, l’Éternel, le TrèsSage.

Ainsi avons-nous manifesté la vérité de notre révélation, afin que les négligents sortent de leur torpeur et se rangent au nombre de ceux qui comprennent.

Voyez la bassesse de ces hommes qui savent fort bien que je me suis offert avec les miens dans le chemin de Dieu pour qu’ils gardent leur foi envers lui, de ces hommes qui savent bien que mes ennemis m'ont assailli de toutes parts aux jours où tous les cœurs étaient saisis de crainte et tremblaient, aux jours où eux-mêmes se dérobaient aux yeux des amis de Dieu et de ses ennemis, pour ne s’assurer que de leur propre sûreté et tranquillité.

Nous avons finalement réussi à manifester la cause de Dieu et nous avons même porté si haut sa grandeur que tous ont reconnu la souveraineté de Dieu et la puissance de son empire, excepté ceux qui, dans leur cœur, voulaient du mal à cet Adolescent et ceux qui donnent des associés au Tout-Puissant. Et pourtant voyez comment les fidèles du Bayán refusent de croire en moi et ne cessent de me combattre, en dépit de cette révélation dont l’influence pénètre toutes choses créées et malgré l’éclat de cette lumière sans précédent. Quelques-uns se sont détournés du chemin de Dieu, ont rejeté l’autorité de celui en qui ils avaient d’abord cru et pris une attitude insolente envers Dieu, le Tout-Puissant, le Protecteur suprême, le Sublime, le Très-Grand. D’autres ont hésité et se sont arrêtés en son chemin, considérant que la cause du Créateur ne serait valable, en sa vérité la plus profonde, qu’à condition de recevoir l’approbation de celui qui fut créé par ma volonté. Ainsi leurs œuvres ont été réduites à néant, et ils ne l’ont pas compris. Parmi eux se trouve celui qui, jaugeant Dieu à sa propre mesure, a méconnu les noms de Dieu au point de se lever contre moi, de me condamner comme digne du dernier supplice, et de m’imputer les offenses dont il s’est lui-même rendu coupable.

C’est pourquoi j’expose ma peine et ma souffrance à celui qui m’a créé et m’a chargé de son message. À lui je rends grâces et louanges pour ce qu’il a voulu, pour la solitude et l’angoisse dont j’ai souffert aux mains de ces hommes qui errent si loin de lui. J'ai enduré patiemment et continuerai d’endurer les tribulations qui m’assaillent et persisterai à mettre en Dieu mon entière confiance. Je lui adresserai cette supplication : Ô mon Dieu, guide tes serviteurs jusqu’à la cour de ta faveur et de ta générosité, et ne souffre point qu’ils soient privés des merveilles de ta grâce et de la multitude de tes bénédictions. Car ils ne savent pas ce que leur réserve ta miséricorde qui embrasse toute la création. Ô Seigneur, ils paraissent faibles et impuissants, en fait ce ne sont que des orphelins. Tu es le Généreux, le Munificent, le Sublime, le Très-Grand. Ô mon Dieu, ne déchaîne pas contre eux la fureur de ton courroux ; fais-les attendre jusqu’à ce que soient manifestées les merveilles de ta miséricorde afin qu’ils te reviennent et demandent pardon des fautes qu’ils ont commises contre toi. Car tu es, en vérité, le Clément, le Très-Miséricordieux.

CXXVIII

Súratu’l-Bayán (Acre) Khalíl.

Dis : Convient-il à un homme de se dire le disciple de son Seigneur, le Tout-Puissant et d'accomplir en même temps en son cœur les œuvres du Malin ? Non, cela ne convient pas ; celui qui est la Beauté du Très-Glorieux m’en rend témoignage. Puissiez-vous le comprendre !

Purgez vos cœurs de l’amour des choses de ce monde, vos langues de tout souvenir qui n’est point son souvenir, votre être tout entier de ce qui vous empêche de contempler sa face ou vous incite à céder aux impulsions de vos désirs corrompus. Que Dieu soit votre crainte, ô peuple, et rangez-vous parmi ceux qui suivent le sentier de la justice.

Dis : Si votre conduite, ô peuple, est en opposition avec ce que vous professez, comment pourrez-vous vous distinguer de ceux qui, tout en confessant leur foi dans le Seigneur, leur Dieu, refusèrent de le reconnaître et répudièrent sa vérité, lorsqu’il vint à eux, enveloppé des nuées de la sainteté ? Dépouillez-vous de tout attachement au monde et à ses vanités. Prenez garde de les approcher dans la mesure où ils vous incitent à la cupidité et vous empêchent de vous engager dans le sentier droit et glorieux.

Sachez que, par « le monde », il faut entendre votre ignorance de celui qui est votre Créateur et votre absorbation par tout ce qui n’est pas lui. La « vie à venir » signifie, au contraire, ce qui vous rapproche sûrement de Dieu, le Très-Glorieux, l’Incomparable. Ce qui, en ce jour, vous détourne de l’amour de Dieu n’est rien d’autre que le monde. Fuyez-le donc afin d’être parmi ceux qui sont bénis. Si, toutefois, un homme épris de la beauté des choses terrestres désire s’en parer et prendre sa part des bienfaits que le monde procure, il peut le faire sans dommage, à condition de ne permettre à quoi que ce soit de s’interposer entre Dieu et lui, car Dieu a, en effet, créé pour ceux de ses serviteurs qui croient en lui, toutes les bonnes choses de la terre et des cieux. Goûtez, ô peuple, à ces bonnes choses que Dieu vous a accordées, et ne vous privez d’aucun de ses merveilleux bienfaits. Sachez lui rendre grâces et louanges, et lui en être sincèrement reconnaissants.

Ô toi qui as fui ta demeure et as cherché Dieu, proclame devant les hommes le message de ton Seigneur, afin qu’il les empêche de céder aux impulsions de leurs désirs corrompus et les rapprochent du souvenir de leur Seigneur, le Sublime, le Très-Grand. Dis : Craignez Dieu, ô peuple et défendez-vous de jamais répandre le sang d’aucun de vos semblables. Ne vous disputez pas avec votre voisin, et soyez de ceux qui font le bien.

Gardez-vous de troubler l’ordre sur la terre lorsque règne celui-ci, et ne suivez pas les traces de ceux qui s’égarent.

Quiconque parmi vous se lève pour enseigner la cause de son Seigneur doit d’abord s’instruire lui-même afin que ses discours attirent le cœur de ceux qui l’écoutent. S’il ne s’instruit pas lui-même, les paroles qui sortiront de sa bouche ne pourront influencer le cœur du chercheur. Prenez garde, ô peuple, d’être du nombre de ceux qui donnent aux autres de bons conseils qu’eux-mêmes oublient de suivre. Leurs paroles, et par-delà ces paroles la réalité de toutes choses, et par-delà cette réalité, les anges qui approchent Dieu, les accuseraient de mensonge.

Si toutefois, un de ces hommes réussissait jamais à influencer quelqu’un, ce succès ne devrait pas lui être attribué, mais attribué plutôt à l’influence des paroles de Dieu, ainsi qu’il a été décrété par celui qui est le Tout-Puissant, le Très-Sage. Aux yeux de Dieu, il est considéré comme une lampe qui répand sa lumière et qui, cependant, ne cesse de se consumer au-dedans d’elle-même.

Dis : Ô peuple, ne commettez pas ce qui attirerait sur vous la honte ou ce qui déshonorerait la cause de Dieu devant les hommes, et ne soyez pas du nombre des artisans d’iniquité. Évitez ce que votre esprit condamne. Fuyez le mal sous toutes ses formes, selon le commandement qui vous en est fait dans le Livre que nul n’a touché sauf celui que Dieu a lavé de toute trace de culpabilité et qu'il considère comme pur.

Soyez équitables envers vous-mêmes et envers autrui, afin que vos actes manifestent les signes de la justice parmi nos serviteurs fidèles. Gardez-vous de jamais empiéter sur le bien de votre prochain. Montrez-vous dignes de sa confiance, et ne refusez pas aux pauvres les bienfaits que la grâce de Dieu vous a accordés. En vérité, il récompensera l’homme charitable et lui rendra le double de ce qu’il aura donné. Il n’est pas d’autre Dieu que lui. La création toute entière lui appartient. Il accorde ses bienfaits à qui il veut, et à qui il lui plaît, il les refuse. Il est, en vérité, le grand Dispensateur, le Très-Généreux, le Bienveillant.

Dis : Enseignez la cause de Dieu, ô peuple de Bahá, car Dieu a prescrit à chacun la tâche de proclamer son message, et il tient cette proclamation pour l’acte le plus méritoire de tous. Un tel acte n’est acceptable que lorsque celui qui enseigne la cause croit lui-même fermement en Dieu, le Protecteur suprême, l’Indulgent, le Tout-Puissant. Il a, de plus, ordonné que sa cause soit enseignée par la puissance de la parole humaine et sans recours à la violence. Tel est le commandement envoyé du royaume de celui qui est le Sublime, le Très-Sage.

Gardez-vous d’entrer en contestation avec qui que ce soit ; au contraire, efforcezvous, par vos manières affables et vos exhortations les plus convaincantes, de faire pénétrer la vérité dans l’esprit de votre auditeur. Si celui-ci se laisse persuader, ce sera pour son plus grand bien ; s’il n’en est rien, détournez-vous de lui et tournez votre visage vers la cour sacrée de Dieu, la demeure de resplendissante sainteté.

N’entrez en conflit avec personne concernant les biens et affaires de ce monde, car Dieu les a abandonnés aux mains de ceux qui y cherchent leur bonheur. Parmi tout ce qui existe dans le monde, il a choisi pour lui-même le cœur de l’homme, ce cœur qui peut être conquis par les armées de la révélation et de la parole. Ainsi que l'a prescrit le doigt de Bahá, dans la tablette de l’irrévocable décret de Dieu, selon le commandement de l’Ordonnateur suprême, l’Omniscient.

CXXIX

Súratu’l-Bayán (Acre) Khalíl.

Ô voyageur dans le chemin de Dieu, prends ta part de l’océan de sa grâce, ne te prive pas des choses qui gisent cachées dans ses profondeurs. Sois de ceux qui ont reçu leur part de ses trésors. Une seule goutte de cet océan, si elle était versée sur tous ceux qui sont sur la terre et dans les cieux, suffirait à les enrichir des bienfaits de Dieu, le ToutPuissant, l’Omniscient, le Très-Sage. Avec les mains du renoncement, puise dans ses eaux vivifiantes et répands-les sur toutes choses créées, afin qu’ainsi purifiées et affranchies de toutes les limitations humaines, elles accèdent à ce lieu saint et resplendissant du trône puissant de Dieu.

Ne t’afflige point si tu te trouves seul à le faire. Que Dieu te suffise. Communie intimement avec son esprit et sois de ceux qui rendent grâces. Proclame la cause de ton Seigneur à tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. Si quelqu’un répond à ton appel, dévoile devant lui les perles de la sagesse du Seigneur, ton Dieu, que son Esprit t’a envoyées, et sois de ceux qui croient sincèrement. Et si quelqu'un d’autre rejette ton offre, détourne-toi de lui et mets ta confiance dans le Seigneur, ton Dieu, le Seigneur de tous les mondes.

Par la justice de Dieu ! quiconque, en ce jour, ouvre les lèvres pour prononcer le nom de son Seigneur verra les armées de l’inspiration divine descendre sur lui du ciel de mon nom, l’Omniscient, le Très-Sage. Sur lui descendra aussi toute l’Assemblée céleste, chacun portant haut un calice de pure lumière. Ainsi en est-il pré-ordonné dans le royaume de la révélation de Dieu, au commandement de celui qui est le Très-Glorieux, le Tout-Puissant.

Là se tient cachée sous le saint voile, prête à servir Dieu, une milice de ses élus qui sera manifestée aux hommes, servira sa cause et n’aura peur de personne, alors même que se lèverait pour lui faire la guerre l’espèce humaine tout entière.

Ce sont eux qui, aux regards des habitants de la terre et des citoyens du ciel, se lèveront un jour pour acclamer à grands cris le nom du Tout-Puissant et appeler les enfants des hommes dans le chemin de Dieu, le Très-Glorieux, le Loué. Suis-les et n’aie peur de personne. Sois de ceux qui, si troublés soient-ils dans le sentier du Créateur par le tumulte du monde, ne peuvent jamais s’attrister et dont la résolution reste inébranlable sous le blâme de la critique.

Va de l’avant, armé de la tablette de Dieu et de ses signes, rejoins ceux qui ont cru en moi et annonce-leur la nouvelle de notre très saint paradis. Avertis ensuite ceux qui se prétendent ses pairs. Dis : Je viens à vous du trône de gloire, ô peuple, porteur d’une déclaration de Dieu, le Tout-Puissant, le Sublime, le Très-Grand. Dans ma main, je tiens le témoignage de Dieu, votre Seigneur et le Seigneur de vos ancêtres. Pesez-le dans la balance juste que vous possédez, la balance du témoignage des prophètes et messagers de Dieu. Si vous le trouvez fondé et croyez qu’il vient de Dieu, prenez garde d’ergoter à son sujet, de rendre ainsi vos œuvres vaines et d’être comptés parmi les infidèles. Ce témoignage est vraiment le signe de Dieu, envoyé par le pouvoir de la vérité. C’est par lui que la validité de la cause de Dieu est démontrée aux hommes, et par lui que l’emblème de la pureté est hissé entre la terre et le ciel.

Dis : C’est le rouleau mystique et scellé, dépositaire de l’irrévocable décret de Dieu, portant les mots tracés par le Doigt de sainteté, enveloppé du voile de l’impénétrable mystère et envoyé en gage de la grâce de celui qui est le Tout-Puissant, l’Ancien des jours.

Nous y avons décrété le destin de tous les habitants de la terre et de tous les citoyens du ciel, et consigné la science de toutes choses, de la première à la dernière. Rien de tout ce qui a été créé dans le passé ou qui sera créé à l’avenir ne peut lui échapper ni le mettre en échec, puissiez-vous le comprendre !

Dis : La révélation envoyée par Dieu s’est très certainement répétée, et la main de notre puissance étendue sur la création a couvert de son ombre tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre. Par le pouvoir de la vérité elle-même, nous avons fait apparaître une lueur infinitésimale de notre impénétrable mystère, et voici qu’expirent ceux qui avaient reconnu l’éclat de la splendeur du Sinaï à l’instant où ils entrevoient cette lumière vermeille enveloppant le Sinaï de notre révélation. Ainsi est descendu, enveloppé des nuées de son témoignage, celui qui est la Beauté du Très-Miséricordieux, et le décret se trouve accompli par la vertu de la volonté de Dieu, le Très-Glorieux, le Très-Sage.

Dis : Sors de ta chambre sacrée, ô vierge céleste du paradis sublime ! Drape-toi, comme il te convient, du vêtement de soie de l’immortalité, et revêts la tunique de lumière, au nom du Très-Glorieux. Écoute ensuite les accents doux et merveilleux de la voix qui vient du trône de ton Seigneur, l’Inaccessible, le Très-Haut. Dévoile ta face, révèle la beauté de la demoiselle aux yeux noirs, et ne souffre pas que les serviteurs de Dieu soient privés de la lumière de ton visage resplendissant. Ne t’afflige pas des soupirs des habitants de la terre ni des lamentations des citoyens du ciel. Laisse-les périr dans la poussière de l’extinction.

Qu’ils rentrent dans le néant puisque dans leur poitrine brûle la flamme de la haine ! Entonne ensuite de ta voix la plus mélodieuse, à la face des peuples de la terre et du ciel, l’hymne de louange en souvenir de celui qui est le Roi des noms et attributs de Dieu. Telle est la destinée que nous t’avons fixée. Rien ne peut nous empêcher d’accomplir notre dessein.

Ô toi, Essence de pureté, garde-toi de te dépouiller de ton manteau de gloire resplendissante. Mieux, enrichis-toi sans cesse dans le royaume de la création, en te parant des vêtements incorruptibles de ton Dieu, afin que par toi soit reflétée dans toutes choses créées l’image sublime du Tout-Puissant et que la grâce de ton Seigneur, dans la plénitude de sa puissance, soit insufflée dans toute la création.

Si sur quelqu’un, tu respires le parfum de l’amour de ton Seigneur, sacrifie-toi pour lui, car nous t’avons créé à cette fin, et de temps immémorial, en présence de l’assemblée de nos élus, nous avons fait alliance avec toi dans ce but précis. Ne perds pas patience lorsque ceux dont le cœur est aveuglé t’accablent des traits de leurs vaines imaginations.

Abandonnes-les à eux-mêmes, car ils obéissent aux suggestions des malveillants.

Sous l’œil attentif des habitants du ciel, écrie-toi : Je suis la Beauté céleste, rejeton engendré de l’esprit de Bahá. Mon habitation est la demeure de son nom, le Très-Glorieux.

Devant l’Assemblée céleste, je suis parée de l’ornement de ses noms. Enveloppée du voile de l’inviolable sécurité, j’étais cachée aux yeux des hommes. Il me sembla entendre une voix, d’une douceur divine incomparable, venant de la droite du Dieu de miséricorde, et voici que le paradis tout entier se mit à trembler devant moi, en son désir d’entendre ses accents et de contempler la beauté de celui qui les émettait. Ainsi avons-nous révélé, dans le plus doux des langages, en cette lumineuse tablette, les versets que proféra, dans le Quayyúmu’l-Asmá, la Langue d’éternité.

Dis : Il ordonne ce que bon lui semble par la vertu de sa souveraineté, et d’un seul commandement, il fait tout ce qu’il veut. Et il ne lui sera pas demandé compte de ce qu’il lui aura plu d’ordonner. Il est, en vérité, l’Irréductible, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

Ceux qui ont refusé de croire en Dieu et se sont rebellés contre sa souveraineté sont les victimes impuissantes de leurs inclinations et de leurs désirs corrompus. Ils retourneront à leur demeure, dans le feu de l’enfer ; pitoyable est la demeure des négateurs de la foi !

CXXX

Abú-Ḍálib et les amis.

Sois généreux dans la prospérité, et dans l’adversité ne cesse de rendre grâces.

Mérite la confiance de ton voisin, et ne lui montre jamais qu’un visage amical et souriant.

Sois le trésor du pauvre, admoneste le riche, réponds à la plainte du nécessiteux et garde la sainteté de tes promesses. Sois équitable en ton jugement et réservé dans tes paroles. Ne sois injuste envers personne, et montre à tous une douceur parfaite. Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres, une consolation pour les affligés, une mer pour ceux qui ont soif, un refuge pour ceux qui sont dans la détresse, un soutien et un défenseur des victimes de l’oppression. Que la droiture et l’intégrité marquent tous tes actes. Sois un foyer pour l’étranger, un baume pour ceux qui souffrent, une forteresse pour le fugitif, des yeux pour les aveugles, un phare pour les égarés. Sois une parure pour le visage de la vérité, une couronne sur le front de la fidélité, un pilier du temple de la rectitude, un souffle de vie pour le corps de l’humanité, un drapeau des armées de la justice, un flambeau qui brille à l’horizon de la vertu, une rosée pour le sol desséché du cœur humain, une arche sur l’océan de la connaissance, un soleil dans le ciel de la générosité, une gemme au diadème de la sagesse, une lumière qui brille au firmament de ta génération, un fruit de l’arbre d’humilité.

CXXXI

La plume de l’ancien Roi n’a jamais cessé de rappeler le souvenir des aimés de Dieu.

Tantôt, des rivières de miséricorde coulent de sa plume, tantôt, par son mouvement, le livre manifeste de Dieu est révélé. Il est celui qui ne souffre aucune comparaison, dont la parole ne peut être égalée par aucun mortel. Il est, de toute éternité, établi sur le trône de majesté et de puissance, ses lèvres dispensent les avis qui comblent les besoins de toute l’humanité et les exhortations qui lui sont profitables.

Le seul vrai Dieu m’en est témoin, et ses créatures attesteront que pas un seul instant je ne me suis pas dérobé aux yeux des hommes ni n’ai consenti à protéger ma personne de leurs coups. Je me suis levé aux yeux de tous les hommes et je les ai priés d’accomplir mon bon plaisir. Je n’ai d’autre objet que d’améliorer le monde et d’assurer la tranquillité de ses peuples. Le bien-être de l’humanité, sa paix et sa sécurité ne pourront être obtenus que si son unité est fermement établie. Et cette unité ne pourra être réalisée tant que seront négligés les conseils révélés par la Plume du Très-Haut.

La puissance de ses paroles peut illuminer l’ensemble de l’humanité de la lumière d’unité, et le souvenir de son nom a le pouvoir d’embraser le cœur des hommes et de brûler tous les voiles qui leur cachent sa gloire. Une seule action juste est douée d’une force capable de faire voler la poussière si haut qu’elle dépasse les cieux. Elle peut rompre tous les liens et faire renaître la force qui s’est consumée jusqu'à disparaître. […]

Sois pur, ô peuple de Dieu, sois pur ; sois juste, sois juste. […] Dis : O peuple de Dieu ! tout ce qui peut assurer la victoire de celui qui est la Vérité éternelle, de ses armées et ses auxiliaires sur la terre, est consigné, aussi clair et manifeste que le soleil, dans les Livres sacrés et les Écritures. Ces armées ne sont autres que les actions justes, la conduite et le caractère qui trouvent grâce devant lui. Quiconque, en ce jour, se lève pour servir notre cause et appelle à son aide les armées du caractère louable et de la bonne conduite, accomplit un acte dont l’influence se fera très certainement sentir à travers le monde entier.

CXXXII

Lawḥ-i-Shaykh, Shaykh Muḥammad-Taqíy-i-Mujtahid-i-Iṣfahání.

En se révélant aux hommes, l’intention du seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire, est de faire apparaître les perles enfouies dans les profondeurs de leur être intime. Qu’il ne soit jamais permis aux diverses confessions de la terre ni aux multiples systèmes de croyances religieuses de susciter des sentiments d’animosité parmi les hommes, telle est en ce jour l’essence de la foi de Dieu et de sa religion. Ces principes et ces lois, ces systèmes fermement établis procèdent d’une même source et sont les rayons d’une seule lumière. Il faut attribuer le fait qu’ils diffèrent les uns des autres à la diversité des besoins que présentaient les âges où ils furent promulgués.

Ô peuple de Bahá, ceins tes reins et prépare-toi à l’effort, afin que s’apaise le tumulte des luttes et des dissensions religieuses qui agitent les nations de la terre et qu’il n’en reste aucune trace. Pour l’amour de Dieu et de ceux qui le servent, lève-toi pour soutenir cette révélation capitale et sublime. La haine et le fanatisme religieux sont un feu dévorant dont nul ne saurait étouffer la violence. Seule, la main du pouvoir divin peut délivrer l’humanité de ce terrible malheur. […]

La parole de Dieu est une lampe dont la lumière tient dans ces mots : Vous êtes les fruits d’un même arbre, les feuilles d’une même branche. Que vos relations avec vos semblables soient toujours empreintes d’amour et d’harmonie, d’amitié et de camaraderie.

Celui qui est le Soleil de vérité m’en est témoin ! Si puissante est la lumière de l’unité qu’elle peut illuminer toute la terre. Le seul vrai Dieu, celui qui connaît toutes choses, témoigne de la vérité de ces paroles.

Efforcez-vous d’atteindre cet état transcendant et sublime qui assurera la protection et la sécurité de l’humanité tout entière. Cet objectif dépasse tous les autres, cette aspiration est la plus noble des aspirations. Mais, tant que ne seront pas dissipés les épais nuages de l’oppression qui obscurcissent le soleil de la justice, il sera difficile de dévoiler aux yeux des hommes la gloire de cet état. […]

Fréquentez tous les hommes, ô peuple de Bahá, dans un esprit amical et fraternel. Si vous êtes conscients d’une certaine vérité, si vous possédez un joyau dont les autres sont privés, partagez-le avec bonté et bonne grâce. S’il est accepté et s’il accomplit son dessein, votre but est atteint. Si quelqu’un le refuse, abandonnez-le à lui-même, et priez Dieu de le guider. Gardez-vous de toute rudesse à son égard. Un langage bienveillant est l’aimant qui attire le cœur des hommes. C’est le pain de l’esprit, il revêt les mots de signification, il est la source de la lumière de sagesse et de compréhension. […]

CXXXIII

Shaykh Salmán Hindíjání.

Les commandements de Dieu sont envoyés du ciel de sa très auguste révélation.

Chacun doit les observer diligemment. L’excellence de l’homme, son réel avancement et sa victoire finale en dépendent et en dépendront toujours. Qui observe les commandements de Dieu obtiendra la félicité éternelle.

Une double obligation s’impose à qui a reconnu l’Aurore de l’unité de Dieu et professé la vérité de celui qui est la manifestation de son unité. La première est la fermeté dans son amour, une fermeté telle que ni les clameurs de l’ennemi ni les prétentions vaines de l’ambitieux ne le détournent de son attachement à celui qui est la Vérité éternelle, une fermeté qui ne leur accorde aucune attention. La seconde est la stricte observance des lois qu’il a prescrites, lois qu’il a toujours ordonnées et continuera d’ordonner aux hommes, lois qui distinguent la vérité de l’erreur.

CXXXIV

Le premier et principal devoir de l'homme, immédiatement après avoir reconnu celui qui est la Vérité éternelle, est d'être ferme dans sa cause. Attachez-vous à ce devoir, et soyez de ceux dont l’esprit est solidement ancré en Dieu. Il n’est pas d’acte, si méritoire soit-il, qui lui soit comparable. Il est le roi des actes, ainsi qu’en témoigne ton Seigneur, le Très-Haut, l’Omnipotent. […]

Les vertus et attributs procédant de Dieu sont tous évidents et manifestes ; ils se trouvent mentionnés et décrits dans tous les Livres célestes. Parmi eux sont la droiture, la rectitude, la pureté du cœur dans la communion avec Dieu, la longanimité, la résignation à tout ce que décrète le Tout-Puissant, l’acceptation de ce que sa volonté accorde, la patience et même la gratitude dans les tribulations et l’abandon complet à Dieu. Ils se rangent aux yeux de Dieu parmi les actes les plus élevés et les plus louables. Tous les autres leur sont et leur seront toujours subordonnés. […]

L’esprit qui anime le cœur humain est la connaissance de Dieu, et son plus bel ornement est la connaissance de cette vérité qu’« il fait ce qu’il veut et qu’il ordonne ce que bon lui semble ». Son vêtement est la crainte de Dieu et sa perfection réside dans la fermeté en sa foi. C’est ainsi que Dieu instruit celui qui le cherche. Il aime, en vérité, celui qui se tourne vers lui. Il n’est d’autre Dieu que lui, le Clément, le Généreux. Toute louange à Dieu, le Seigneur de tous les mondes !

CXXXV

Muḥammad-Báqir (Lettre-du-Vivant)

Ô Lettre-du-Vivant, l’oreille de Dieu a entendu ton appel, et ses yeux ont lu ta supplique. Il s’adresse à toi de son séjour de gloire, et te révèle les versets envoyés par l’Absolu, le Secours.

Tu es bénie pour avoir entièrement aboli l’idole de l’ego et des vaines imaginations, et pour avoir déchiré le voile des chimères par le pouvoir de la puissance de ton Seigneur, le Protecteur suprême, le Tout-Puissant, l’unique Bien-Aimé. Tu es, en vérité, de ces Lettres qui surpassent chacune des autres. C’est pourquoi Dieu t’a élue, par la bouche de ton Seigneur, le Báb, dont le visage enveloppe et enveloppera à jamais de son éclat la création tout entière. Rends grâces au Tout-Puissant et magnifie son nom, pour t’avoir aidée à reconnaître une cause qui fait trembler le cœur des habitants des cieux et de la terre, qui provoque les cris de tous les hôtes des royaumes de la création et de la révélation, et par laquelle les secrets intimes des hommes sont débusqués et mis à l’épreuve.

De son royaume de gloire, ton Seigneur, le Très-Élevé (le Báb) t’adresse ces paroles : Grande est la bénédiction qui t’attend, ô Lettre-du-Vivant, pour avoir cru en moi et refusé de m’humilier devant l’Assemblée céleste, pour avoir tenu ton engagement, déchiré le voile des imaginations futiles et fixé tes regards sur le Seigneur, ton Dieu, le Seigneur de l’invisible et du visible, le Seigneur du sanctuaire assidûment fréquenté. Je suis content de toi, car au jour où tous les visages devinrent mornes et sombres, j’ai trouvé le tien rayonnant de lumière.

Dis : Ô peuple du Bayán, dans toutes nos Tablettes et dans nos Écritures cachées, ne vous avions-nous pas adjuré de ne point céder à vos passions mauvaises et à vos inclinations corrompues, mais de tenir vos yeux fixés sur la scène de gloire transcendante, au jour où serait dressée la Balance toute-puissante, et où les douces mélodies de l’Esprit de Dieu couleraient à flots de la droite du trône de votre Seigneur, le Protecteur omnipotent, le Tout-Puissant, le Saint des saints ? Ne vous avions-nous pas défendu tout attachement aux choses propres à vous séparer de la manifestation de notre Beauté dans sa révélation ultérieure, ces choses fussent-elles l’incarnation des noms de Dieu et leur gloire tout entière ou celles qui révèlent ses attributs et leur pouvoir ? Voyez comment, à peine m’étais-je révélé, vous avez rejeté ma vérité et vous vous êtes détournés de moi, pour vous joindre à ceux qui considèrent les signes de Dieu comme un jeu et un passe-temps.

Par ma Beauté ! rien de vous, en ce jour, ne sera agréé, dussiez-vous continuer à vous prosterner en adoration devant Dieu pendant l’éternité de son empire. Car toute chose dépend de sa volonté, et la valeur de chaque acte est conditionnée par son consentement et son bon plaisir. L’univers entier n’est qu’une poignée d’argile en sa main. En ce jour, Dieu n’entendra pas le cri de celui qui ne l’aura pas reconnu et aimé. Telle est l’essence de sa foi, si vous pouviez le savoir.

Vous contenterez-vous de ce qui n’est que brume dans la plaine, et renoncerez-vous à l’Océan dont les eaux, par la vertu de la volonté de Dieu, rafraîchissent les âmes des hommes ? Malheur à vous pour avoir répondu de façon si futile et si méprisable à la générosité de votre Dieu ! Vous êtes, en vérité, de ceux qui m’ont rejeté dans ma révélation précédente. Puissent vos cœurs le comprendre !

Levez-vous et, devant Dieu, faites pénitence pour vos manquements à votre devoir envers lui. Telle est mon injonction, si vous pouvez l’entendre. Par mon propre moi ! ni le peuple du Coran, ni celui de la Torah ou de l’Evangile, ni ceux d’aucun autre Livre n’ont jamais commis ce que vos mains ont perpétré ! J’ai, moi-même, consacré ma vie à la défense de la vérité de cette foi. J’ai, moi-même, annoncé dans toutes mes tablettes l’avènement de sa révélation. Et pourtant, il ne s’était pas plutôt manifesté dans sa révélation ultérieure, revêtu de la gloire de Bahá et paré du vêtement de sa grandeur, que vous vous rebelliez contre lui qui est le Protecteur suprême, l’Absolu. Prenez garde, ô peuple ! Ayez honte de ce qui m’est advenu par vos mains dans le chemin de Dieu. Veillez à ne pas être de ceux qui rejettent ce qui leur est envoyé du ciel de la gloire transcendante de Dieu !

Telles sont, ô Lettre-du-Vivant, les paroles que ton Seigneur prononce et qu’il t'adresse des royaumes célestes. Proclame les paroles de ton Seigneur devant ses serviteurs, afin qu’ils sortent de leur sommeil et demandent pardon à Dieu qui les a façonnés et transmet-leur cette très resplendissante, très sainte et manifeste révélation de sa beauté.

CXXXVI

Ismu’lláhi’l-Ákhir.

Dis : Ô peuple, libérez vos âmes des entraves de l’ego et purifiez-les de tout attachement à ce qui n’est pas moi. Mon souvenir purifie toutes choses de la corruption, puissiez-vous le comprendre. Dis : Si toutes les choses créées dépouillaient le voile des vanités et désirs terrestres, la main de Dieu, en ce jour, les revêtirait, toutes et chacune, de ce vêtement : « il fait ce qu’il lui plaît dans le royaume de la création », afin que toutes, par là, manifestent sa souveraineté. Exalté soit le souverain Seigneur de toutes choses, le ToutPuissant, le Protecteur suprême, le Très-Glorieux, l’Omnipotent.

Ô mon serviteur, entonne les versets que Dieu t’a envoyés, comme le font ceux qu’il a attirés auprès de lui, et que la douceur de ta mélodie embrase ton âme et gagne le cœur de tous ! Les anges annonciateurs du Tout-Puissant diffuseront le parfum des paroles que prononcent les lèvres de celui qui récite dans l’intimité les versets révélés par Dieu, et qui feront frémir le cœur de tout homme juste. La vertu de la grâce qui lui est conférée exercera tôt ou tard une influence sur son âme, même s’il est tout d’abord inconscient de son effet.

Tels sont les mystères de la révélation de Dieu, décrétés par la volonté de celui qui est la Source du pouvoir et de la sagesse.

Ô Khalíl, Dieu m’est témoin ! Bien que ma plume coure encore sur le papier, elle pleure et s’afflige cruellement, au plus profond d’elle-même. La lampe, qui brûle devant son trône, gémit et se lamente sur les souffrances infligées à la Beauté antique par ceux qui n’existent que par sa volonté. Dieu connaît la vérité de mes paroles et en témoigne.

L’homme, sourd aux clameurs bruyantes des infidèles et dont l’oreille se tend vers la voix de toutes choses créées, ne peut qu’entendre les lamentations et les sanglots que leur arrachent les tribulations que nous avons endurées de la part de ceux de nos serviteurs qui n’ont pas cru en nous et se sont rebellés contre nous. Ainsi te faisons-nous entrevoir une parcelle de ce qui nous advint pour que tu sois conscient de nos souffrances et que tu endures tes afflictions avec patience.

Lève-toi pour aider ton Seigneur en tous temps et toutes circonstances et sois de ceux qui le soutiennent. Invite alors le peuple à prêter une oreille attentive aux paroles consignées dans cette radieuse et resplendissante tablette par l’esprit de Dieu. Dis : Ô peuple, ne semez pas les germes de la discorde parmi les hommes, ne vous querellez pas avec votre voisin. Soyez patients en toutes circonstances et mettez votre entière confiance en Dieu. Servez votre Seigneur par l’épée de la sagesse et de la parole. C’est là ce qui sied à la condition de l’homme. Se départir d’une telle attitude est indigne de Dieu, le souverain Seigneur de tous, le Glorifié. Cependant, le peuple conduit à l’égarement est plongé dans l’insouciance.

Ô peuple, ouvrez la porte du cœur des hommes, avec les clefs de la mémoire de celui qui est le Souvenir de Dieu et la Source de la sagesse parmi vous. Dans toute la création, il a choisi le cœur de ses serviteurs pour en faire le siège de la révélation de sa gloire. Purifiez donc ces cœurs de toute souillure, afin qu’y puisse être gravé ce pour quoi ils furent créés.

C’est là, en vérité, un gage de la bienfaisante faveur de Dieu.

Ô peuple, parez vos langues de sincérité et ornez vos âmes de la parure de l’honnêteté. Ô peuple, gardez-vous d’agir traîtreusement envers qui que ce soit. Soyez les représentants de Dieu parmi ses créatures, et les emblèmes de sa générosité au milieu de son peuple. Ceux qui cèdent à leur convoitise et à leurs inclinations corrompues errent gravement et dispersent leurs efforts. Ils sont, en vérité, du nombre des égarés. Ô peuple, efforcez-vous de diriger vos regards vers la miséricorde de Dieu, afin que vos cœurs soient sensibles à son merveilleux souvenir, que vos âmes s’appuient avec confiance sur sa grâce et sa générosité et que vos pieds foulent le sentier de son bon plaisir. Tels sont les conseils que je vous lègue. Puissiez-vous suivre mes conseils !

CXXXVII

Il en est qui tiennent pour permis d’empiéter sur le bien de leur prochain et font peu de cas de l’injonction de Dieu, prescrite dans son Livre. Malheur à eux ! qu’ils soient frappés du châtiment de Dieu, le Tout-puissant, l’Omnipotent ! Par celui qui brille au-dessus de l’aurore de la sainteté, aucun de ceux qui se sont élevés véritablement jusqu’au ciel de la foi n’aurait un regard pour la terre, fût-elle convertie en or et en argent, et moins encore daignerait-il en saisir et retenir la moindre parcelle. Nous avons déjà traité ce thème dans des passages révélés en arabe, dans une langue d’une beauté exquise. Dieu nous en est témoin ! Celui qui goûte à la douceur de ces paroles ne consent jamais à dépasser les bornes fixées par Dieu ni à tourner ses regards vers un autre que son Bien-Aimé. De son regard spirituel, il reconnaît aisément la vanité et l’impermanence des choses de ce monde et il place ses affections dans les choses d’en haut.

Dis : Honte à vous qui osez vous prétendre les amants de l’ancienne Beauté ! Que les tribulations qu’elle a subies et le fardeau d’angoisse qu’elle a porté pour l’amour de Dieu vous soient une leçon. Laissez s’ouvrir vos yeux ! À quoi serviront ses œuvres si les épreuves innombrables qu’elle a endurées n’aboutissent qu’à une profession de foi si méprisable et à une conduite si pitoyable ? Aux jours qui ont précédé ma révélation, le voleur, l’artisan d’iniquité a prononcé ces mêmes paroles et accompli ces mêmes actes.

En vérité, je vous le dis : Tendez l’oreille aux doux accents de ma voix, et purifiez-vous de la souillure de vos passions mauvaises et de vos désirs corrompus. Ceux qui demeurent sous la tente de Dieu, qui sont installés sur le siège de gloire éternelle refuseront, mourraient-ils de faim, de mettre la main sur les biens de leur voisin, aussi vil et méprisable qu’il soit, et de se les approprier illégalement.

En se manifestant, l’intention du seul vrai Dieu est d’appeler les hommes à la droiture et à la sincérité, à la piété et à la loyauté, à la résignation et à la soumission à la volonté divine, à la patience et à la bonté, à la justice et à la sagesse. Son dessein est de revêtir tout homme du manteau d’une nature sainte et de le parer de l’ornement d’actes purs et irréprochables.

Dis : Ayez pitié de vous-mêmes et de vos semblables, et ne souffrez pas que la cause de Dieu - une cause qui dépasse infiniment l’essence même de la sainteté - soit souillée de la tache de vos vaines fantaisies et de vos imaginations inconvenantes et corrompues.

CXXXVIII

Lawḥ-i-Ṣiyám (jeûne) (Andrinople)

Ô toi, Dieu de miséricorde, toi dont la puissance pénètre toutes choses créées, tu vois tes serviteurs, tes adorateurs, observer durant le jour et selon ton bon plaisir, le jeûne que tu as prescrit. Tu les vois se lever dès l’aurore pour prononcer ton nom et célébrer ta louange dans l’espoir d’obtenir leur part des choses admirables précieusement conservées dans les coffres de ta grâce et de ta générosité. Ô toi qui tiens dans tes mains les rênes de toute la création et sous ta poigne le royaume tout entier de tes noms et de tes attributs, je te supplie de ne pas les priver en ce jour des averses qui pleuvent des nuages de ta miséricorde ni de leur interdire de prendre leur part de l’océan de ton bon plaisir.

Ô mon Seigneur, tous les atomes de la terre témoignent de la grandeur de ta puissance et de ta souveraineté, et tous les signes de l’univers attestent la gloire de ta majesté et de ton pouvoir. Ô toi qui es le souverain Seigneur de tous, le Roi des jours qui n’ont point de fin, le Maître de toutes les nations, sois miséricordieux pour tes serviteurs qui tiennent fermement la corde de tes commandements et qui s’inclinent devant la révélation de tes lois, envoyées du ciel de ta volonté.

Tu vois, ô mon Seigneur, comme leurs yeux sont levés vers le ciel de ta tendre bonté, comme leur cœur est tourné vers l’océan de tes bienfaits, comme leurs voix s’effacent aux doux accents de ta voix qui les appelle des hauteurs de ta condition sublime, en ton nom, le Très-Glorieux. Ô mon Seigneur, assiste tes bien-aimés qui ont tout abandonné afin d’obtenir les choses que tu possèdes et qui sont accablés d’épreuves et de tribulations pour avoir renoncé au monde et placé leurs affections dans ton royaume de gloire. Protègeles, je t’en supplie, ô mon Seigneur, des assauts de leurs passions mauvaises et de leurs désirs corrompus, et aide-les à obtenir ce qui leur sera profitable en ce monde et dans l’autre.

Ô mon Seigneur, par ton nom, nom caché et précieux qui appelle à grands cris dans le royaume de la création, qui convoque tous les peuples au séjour de gloire transcendante sous l’arbre au-delà duquel il n’est point de passage, je te prie de faire pleuvoir sur nous et sur tes serviteurs les torrents de ta miséricorde, afin qu’elle nous purifie du souvenir de tout ce qui n’est pas toi et nous permette d’aborder les rivages de l’océan de ta grâce. Ô Seigneur, de ta plume sublime, ordonne ce qui immortalisera nos âmes dans le séjour de gloire, perpétuera nos noms dans ton royaume, abritera nos vies dans l’écrin de ta protection et nos corps dans la forteresse de ta retraite inviolable. Ton pouvoir s’étend sur toutes choses passées ou futures. Il n’est d’autre Dieu que toi, le Protecteur omnipotent, l’Absolu.

Ô Seigneur, tu vois nos mains suppliantes tendues vers le ciel de ta faveur et de ta générosité. Permets qu’elles soient remplies des trésors de ta munificence et de ta faveur généreuse. Pardonne-nous, pardonne à nos pères et à nos mères, et accorde-nous ce que nous désirons de l’océan de ta grâce et de ta divine générosité. Ô Bien-Aimé de nos cœurs, accepte ce que nous accomplissons dans ton chemin. Tu es, en vérité, le Très-Puissant, le Sublime, l’Incomparable, l’Unique, le Clément, le Bienveillant.

CXXXIX

Nabíl-i-A‘ẓam (Muḥammad-i-Zarandí)

Ô Nabíl-i-A‘ẓam, que ton oreille soit attentive à la voix de l’Ancien des jours qui t’appelle à grands cris du royaume de son nom, le Très-Glorieux. Il est celui qui maintenant proclame, depuis les royaumes célestes jusqu’à l’essence intime de toutes choses créées : « Je suis Dieu, en vérité, et il n’est pas d’autre Dieu que moi. Je suis celui qui depuis toujours fut la source de toute souveraineté, de tout pouvoir, et qui, pour l’éternité, continuera d’exercer son pouvoir et d’étendre sa protection sur toutes choses créées. La grandeur de mon pouvoir et de ma souveraineté qui embrassent toute la création témoigne pour moi. » […]

Béni sois-tu, ô mon nom, d’être entré dans mon arche et, par le pouvoir de ma souveraine et très sublime puissance, de te hâter sur l’océan de la grandeur et d’être compté parmi mes favoris dont les noms sont inscrits par la main de Dieu. Tu as vidé à long traits la coupe de vie offerte par cet Adolescent autour de qui gravitent les manifestations du Très-Glorieux et dont les Aurores de miséricorde exaltent, jour et nuit, la présence radieuse.

Que sa gloire soit sur toi, car venu de Dieu, tu es retourné à Dieu, tu as franchi l’enceinte de la cour de gloire impérissable, le lieu qu’un mortel ne peut jamais décrire. Là, soulevée par la brise de sainteté imprégnée de l’amour de ton Seigneur, ton âme s’est émue et les eaux de l’entendement ont effacé en toi toutes traces d’éloignement et d’impiété. En reconnaissant, parmi les hommes celui qui est l’incarnation du Souvenir de Dieu, tu as obtenu l’accès à son paradis.

Rends donc grâce à Dieu qui t’a fortifié dans la défense de sa cause, et a fait éclore les fleurs de la connaissance et de l’entendement dans le jardin de ton cœur. Ainsi, sa grâce t’a enveloppé et a enveloppé la création tout entière. Prends garde d’être affligé par quoi que ce soit. Libère-toi de tout attachement aux vaines insinuations des hommes et tourne le dos aux controverses stériles et captieuses de ceux qu’un voile sépare de Dieu. Proclame ensuite ce que l’esprit t’inspirera dans le service de la cause de ton Seigneur, afin de remuer profondément l’âme des hommes et d’incliner leur cœur vers cette cour bénie et toute glorieuse. […]

Sache que nous avons aboli la loi de l’épée comme moyen d’aider notre cause et que nous lui avons substitué le pouvoir né de la parole des hommes. Ainsi en avons-nous décrété irrévocablement en vertu de notre grâce. Dis : Ô peuple, ne semez point les germes de la discorde parmi les hommes et abstenez-vous de toute querelle avec votre voisin, car le Seigneur a remis le monde et ses cités aux soins des rois de la terre et il a fait d’eux des emblèmes de sa propre puissance, en vertu de la souveraineté qu’il lui a plu de leur conférer. Il a refusé de garder pour lui-même aucune part de cette domination du monde. Celui qui est la Vérité éternelle en témoigne. Ce qu’il s’est réservé, c’est la cité du cœur des hommes, afin de les purifier de toutes souillures terrestres et de les rendre capables d’approcher le sanctuaire sacré que les mains des infidèles ne peuvent jamais profaner. Ô peuple, ouvrez la cité du cœur humain avec les clefs de la parole. Ainsi vous avons-nous prescrit votre devoir, selon un décret pré-établi.

Par la justice de Dieu ! le monde et ses vanités, et sa gloire, et tous les plaisirs qu’il peut offrir sont aux yeux de Dieu d’aussi peu de valeur, que dis-je ! sont aussi méprisables que la poussière et que les cendres. Puisse le cœur des hommes le comprendre ! Ô peuple de Bahá, purifiez-vous entièrement des souillures du monde et de tout ce qui lui appartient.

Dieu lui-même m’en rend témoignage. Les choses de la terre ne sont pas dignes de vous, abandonnez-les à ceux qui les désirent, et fixez vos yeux sur cette sainte et étincelante vision.

Ce qui vous convient, c’est l’amour de Dieu et de celui qui est la manifestation de son Essence, ainsi que l’observance de tout ce qu’il lui a plu de vous prescrire, puissiez-vous le savoir.

Dis : Que la droiture et la courtoisie soient votre parure. Ne vous dépouillez jamais du vêtement de la justice et de la tolérance, afin que, de vos cœurs, les doux parfums de la sainteté se répandent sur toutes choses créées. Dis : Gardez-vous, ô peuple de Bahá, de marcher dans les voies de ceux dont les actes démentent les paroles. Évertuez-vous à manifester les signes de Dieu devant les peuples de la terre et à être les miroirs de ses commandements. Que vos actes soient un guide pour toute l’humanité, car la conduite de la plupart des hommes, qu’ils soient de haute ou basse condition, diffère de ce qu’ils professent. C’est par vos actes que vous vous distinguerez des autres et c’est grâce à eux que l’éclat de votre lumière se répandra sur la terre. Heureux l’homme qui suit mes conseils et les préceptes donnés par l’Omniscient, le Très-Sage !

CXL

Muḥammad-‘Alí.

Ô Muḥammad-‘Alí, grande est la bénédiction qui t’attend pour avoir orné ton cœur de la parure de l’amour de ton Seigneur, le Très-Glorieux, le Loué. Celui qui, en ce jour, a atteint ce glorieux état, possède le bien souverain.

N’attache aucune importance à l’humiliation à laquelle les bien-aimés de Dieu ont été soumis en ce jour. De cette humiliation découlent la fierté et la gloire de tous les honneurs temporels et élévations terrestres. Comment imaginer plus grand honneur que celui conféré par la langue de l’Ancien des jours quand il évoque le souvenir de ses bien-aimés dans sa Prison suprême ? Le jour approche où les nuages seront complètement dissipés et où la lumière de ces paroles « Tout honneur appartient à Dieu et à ceux qui l’aiment » apparaîtra à l’horizon de la volonté du Tout-Puissant, aussi manifeste que la lumière du soleil.

Tous les hommes, les puissants et les humbles, ont cherché et cherchent à atteindre un honneur si grand. Et pourtant, aussitôt que le Soleil de vérité eut répandu son rayonnement sur le monde, tous furent privés de ses bienfaits et séparés, comme par un voile, de sa gloire resplendissante, à l’exception de ceux qui tinrent fermement la corde de l’indéfectible providence du seul vrai Dieu et qui, détachés de tout ce qui n’est pas lui, se tournèrent vers sa sainte cour.

Rends grâces à celui qui est le Désir de tous les hommes pour t’avoir accordé ce grand honneur. Avant peu, le monde et tout ce qu’il contient seront choses oubliées, et tout honneur appartiendra à ceux qu’aime ton Seigneur, le Très-Glorieux, le Très-Généreux.

CXLI

En vérité, un Livre révélé aux hommes perspicaces ! Il prescrit d’observer la justice et d’accomplir des œuvres vertueuses et il défend de céder aux inclinations corrompues et aux désirs charnels. Puissent les enfants des hommes être tirés de leur sommeil !

Dis : Ô peuple, observez ce qui vous est prescrit dans nos épîtres et ne suivez pas les machinations ourdies par ceux qui sèment la discorde, commettent le mal et l’imputent à Dieu, le Très-Saint, le Très-Glorieux, le Sublime. Dis : Nous avons accepté de subir toutes sortes de maux et de tourments pour que vous vous purifiiez de toutes souillures terrestres.

Pourquoi, alors, refusez-vous de peser notre dessein en votre cœur ? Par la justice de Dieu !

celui qui médite sur les tribulations que nous avons endurées, son âme assurément en fondra de douleur. Ton Seigneur témoigne lui-même de la vérité de mes paroles. Nous avons supporté le poids de toutes les calamités pour vous purifier de toute corruption terrestre, et pourtant vous restez indifférents.

Dis : il convient à celui qui tient fermement le pan de notre manteau de ne pas être sali par tout ce qui répugne à l’Assemblée céleste. Ainsi en a décrété ton Seigneur, le TrèsGlorieux, dans son épître manifeste. Dis : Rejetterez-vous mon amour et commettrez-vous ce qui attriste mon cœur ? Qu’est-ce qui vous empêche de comprendre ce qui vous est révélé par celui qui est l’Omniscient, le Très-Sage ?

Nous voyons parfaitement vos actions. Si nous y percevons le doux parfum de la pureté et de la sainteté, nous ne manquerons pas de vous bénir. Alors, les habitants du paradis chanteront votre louange et magnifieront votre nom avec le nom de ceux qui sont près de Dieu.

Accroche-toi au pan du vêtement de Dieu et tiens-toi fermement à sa corde, une corde que personne ne peut rompre. Prends garde que les vaines clameurs de ceux qui ont répudié cette proclamation sublime t’empêchent d’accomplir ton dessein. Annonce ce qui t’est prescrit dans cette épître, même si tous les peuples se lèvent pour t’en empêcher. Ton Seigneur est, en vérité, l’Irrésistible, l’indéfectible Protecteur.

Ma gloire soit sur toi et sur ceux de mes aimés qui se sont joints à toi. Ils sont, en vérité, de ceux pour qui tout ira bien.

CXLII

Muḥammad-‘Alí.

Je jure par la beauté du Bien-Aimé ! Voici la miséricorde qui embrasse toute la création, voici le jour où la grâce de Dieu imprègne et pénètre toutes choses. Les eaux vives de ma clémence, ô ‘Alí, se déversent en pluie torrentielle, et mon propre cœur s’émeut sous la chaleur de ma tendresse et de mon amour. Jamais je n’ai pu me résigner aux malheurs advenus à mes aimés ni aux peines qui pouvaient assombrir la joie de leur cœur.

Chaque fois que mon nom le « Très-Miséricordieux » apprenait que l’un de mes aimés avait prononcé une parole contraire à mon désir, il regagnait sa demeure, frappé de douleur et de désolation. Et chaque fois que mon nom « Celui qui ne dévoile point » découvrait qu’un de mes fidèles avait infligé à son prochain honte ou humiliation, il s’en retournait de même vers sa retraite de gloire, triste et chagriné, pour y pleurer et s’y affliger amèrement.

Et quand il arrivait que mon nom « le Magnanime » s’apercevait que l’un de mes amis avait désobéi, il jetait des cris de détresse et, terrassé par l’angoisse, s’abattait dans la poussière d’où une milice d’anges invisibles venait le relever pour le transporter dans son habitation des royaumes célestes.

Ô ‘Alí ! par moi-même, le Véritable, le feu qui embrase le cœur de Bahá est plus ardent que le feu qui brûle dans ton cœur, et sa plainte couvre le bruit de ta lamentation. Toutes les fois qu’un péché commis par l’un d’entre eux était murmuré à la cour de sa présence, la Beauté ancienne en était honteuse au point de vouloir cacher aux yeux de tous les hommes la gloire de son visage, car elle n’avait, à tout moment, qu’observé leur fidélité et ce qu’elle implique d’essentiel.

Les paroles que tu as écrites n’ont pas plutôt été lues en ma présence, que l’océan de ma fidélité s’enfla en moi, la brise de mon pardon souffla sur ton âme, l’arbre de ma tendre bonté te couvrit de son ombre et les nuages de ma générosité fit pleuvoir sur toi leurs bienfaits. Je le jure par le Soleil qui brille à l’horizon de l’éternité, je compatis à tes chagrins et pleure avec toi sur tes tribulations. […] Je porte témoignage des services que tu m’as rendus et des tourments que tu as subis pour l’amour de moi. Tous les atomes de la terre proclament l’amour que je te porte.

Ô ‘Alí, l’appel que tu as lancé est hautement recevable à mes yeux. Proclame ma cause à la fois par ta langue et par ta plume. Appelle à grands cris les hommes auprès de celui qui est le souverain Seigneur de tous les mondes, avec tant de zèle et de ferveur que tous en soient enflammés.

Dis : Ô mon Seigneur, mon Bien-Aimé, moteur souverain de tous mes actes, étoile, guide de mon âme, voix qui crie au plus profond de mon être, objet de l’adoration de mon cœur ! sois loué pour m’avoir permis de me tourner vers toi, pour avoir enflammé mon âme à ton souvenir, pour m’avoir aidé à proclamer ton nom et à chanter tes louanges.

Mon Dieu, mon Dieu ! si personne ne se trouvait qui s’écartât de ton sentier, comment pourrait être hissé l’emblème de ta clémence et se déployer la bannière de ta faveur généreuse ? Et si l’iniquité n’était point commise, comment pourrais-tu être proclamé Celui qui cache les péchés des hommes, le Clément, l’Omniscient, le Très-Sage ? Que ma vie soit offerte en sacrifice pour les offenses de ceux qui pèchent contre toi, car sur ces offenses se répandent les doux effluves de la tendre miséricorde de ton nom, le Compatissant, le TrèsMiséricordieux.

Que ma vie soit sacrifiée pour les fautes de ceux qui te désobéissent, car par elles le souffle de ta grâce et le parfum de ta tendre bonté se répandent parmi les hommes. Que mon être intime soit offert pour les manquements de ceux qui ont péché contre toi, car ils font briller à l’horizon de ta générosité le soleil de tes faveurs sans nombre, et pleuvoir sur toutes choses créées les dons des nuages de ton infaillible providence.

Ô mon Seigneur, je suis celui qui t’a confessé la multitude de ses méfaits, qui reconnaît ce qu’aucun homme n’a jamais reconnu. Je me hâte vers l’océan de ton pardon et cherche un refuge à l’ombre de ta gracieuse faveur. Ô toi qui es le Roi éternel et le Protecteur souverain de tous les hommes, permets-moi, je t’en supplie, de manifester ce qui soulèvera les âmes et les cœurs jusqu’à l’immensité sans limite de ton amour, et les fera communier avec ton Esprit. Fortifie-moi par le pouvoir de ta souveraineté, afin que je puisse aider toutes choses créées à se tourner vers l’Aurore de ta manifestation et la Source de ta révélation. Ô mon Seigneur, aide-moi à m’abandonner entièrement à ta volonté et à me lever pour te servir, car j’affectionne cette vie terrestre dans la seule intention d’atteindre le tabernacle de ta révélation et le séjour de ta gloire. Ô mon Dieu, tu me vois détaché de tout ce qui n’est pas toi et humblement soumis à ta volonté. Traite-moi selon ce qui te convient et comme il sied à ta grandeur et à ta gloire.

Ô ‘Alí, les bienfaits de celui qui est le Seigneur de tous les mondes te sont accordés depuis toujours. Arme-toi de sa force et de sa puissance et lève-toi pour servir sa cause et magnifier son saint nom. Que ton ignorance du savoir humain, ton incapacité de lire et d’écrire ne chagrinent point ton cœur. Le seul vrai Dieu tient en ses mains puissantes les clefs des portes de sa grâce infinie, il les ouvre depuis toujours devant tous ceux qui le servent. Je souhaite qu’en tout temps cette brise de la douceur divine continue à souffler de la prairie de ton cœur sur le monde entier, de telle sorte que ses effets se manifestent en tous pays. Il est celui qui a pouvoir sur toutes choses. Il est, en vérité, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, l’Omnipotent.

CXLIII

Jináb-i-Ḥájí Faraj.

Ô mon serviteur, sois béni pour avoir reconnu la vérité et rompu avec celui qui répudia le Très-Miséricordieux et fut jugé mauvais dans la Tablette-Mère. Marche fermement dans l’amour de Dieu, reste inébranlable en sa foi et soutiens sa cause par le pouvoir de ta parole. Ainsi te commande le Très-Miséricordieux, prisonnier aux mains de ses oppresseurs.

Si jamais des afflictions t’atteignent à cause de moi, rappelle-toi mes malheurs et mes tourments, souviens-toi de mon emprisonnement et de mon exil. C’est pour cela que nous te transmettons ce qui nous est advenu par la volonté du Très-Glorieux, le Très-Sage.

Par mon Être même ! le jour approche où nous aurons enroulé le monde et tout ce qu’il contient, et déployé à sa place un ordre nouveau. Il a, en vérité, pouvoir sur toutes choses.

Purifie ton cœur afin de garder mon souvenir et ton oreille pour entendre mes paroles.

Tourne ensuite ton visage vers le sanctuaire où est édifié le trône de ton Seigneur, le Dieu de miséricorde, et dis : Sois loué, ô mon Seigneur, pour m’avoir permis de reconnaître la Manifestation de ton Être même et de tourner mon cœur vers la cour de ta présence, objet de l’adoration de mon âme. Par ton nom qui déchire les cieux et fend la terre, je te supplie d’ordonner pour moi ce que tu ordonnes pour ceux qui se détournent de tout sauf de toi et dont les cœurs te sont fermement attachés. Permets-moi de m’établir en ta présence sur le siège de vérité et dans la tente de gloire. Tu as le pouvoir de faire ce que tu veux. Il n’est pas d’autre Dieu que toi, le Très-Glorieux, le Très-Sage.

CXLIV

La Plume du Très-Haut a décrété pour chacun l’obligation d’enseigner cette cause.

[...] Dieu, sans aucun doute, inspirera quiconque se détache de tout ce qui n’est pas lui, et de son cœur, il fera jaillir à profusion les eaux pures de la sagesse et de la parole. En vérité, ton Seigneur, le Très-Miséricordieux, a le pouvoir de faire ce qu’il lui plaît et d’ordonner ce que bon lui semble.

Si, considérant le monde, tu arrives à prendre conscience du caractère éphémère des choses qui lui appartiennent, tu ne choisiras pas d’autre voie que de servir la cause de ton Seigneur. Rien ne pourra te détourner de célébrer sa louange, dussent tous les hommes se lever pour t’en empêcher.

Avance et persévère dans son service. Dis : Ô peuple, le jour est venu, qui vous est promis dans toutes les Écritures. Craignez Dieu et ne vous refusez pas à reconnaître celui pour qui vous fûtes créés. Hâtez-vous de le rejoindre. Cela est mieux pour vous que le monde et tout ce qu’il contient. Puissiez-vous le comprendre !

CXLV

Súratu’l-Bayán (Khalíl)

Si tu rencontres le destitué ou l’opprimé, ne te détourne pas de lui avec dédain, car le Roi de gloire veille sans cesse sur lui et l’entoure d’une tendresse dont, seuls, peuvent se faire une idée ceux qui ont conformé leurs aspirations et leurs désirs à la volonté de leur Seigneur, le Clément, le Très-Sage. Ô vous, les riches de la terre, ne fuyez pas le pauvre qui gît dans la poussière ; au contraire, traitez-le en ami et souffrez qu’il vous fasse le récit des malheurs dont l’impénétrable décret de Dieu l’a affligé. Par la justice du Tout-Puissant !

tandis que vous l’accueillez avec bonté, l’Assemblée céleste vous regarde, elle exalte votre nom et glorifie votre action. Bénis les savants qui ne s’enorgueillissent pas de leur réussite ; heureux les justes qui ne bafouent pas les pécheurs et cachent leurs mauvaises actions, afin que leurs propres défauts ne soient point dévoilés aux yeux des hommes.

CXLVI

Muḥammad Muṣṭafá Baghdádí.

C’est notre souhait que chacun de vous devienne, pour les hommes, une source de bonté et un exemple de droiture. Prenez garde à ne pas vous préférer à votre prochain.

Tenez vos regards fixés sur celui qui est le Temple de Dieu parmi les hommes. Il a véritablement offert sa vie en rançon pour le salut du monde. Il est, en vérité, le TrèsGénéreux, le Clément, le Très-Haut. Si quelque différend s’élève entre vous, voyez, je me tiens devant vous, et par égard pour mon nom, en témoignage de votre amour pour ma cause manifeste et resplendissante, fermez les yeux sur vos fautes réciproques. Nous aimons vous voir vivre en tous temps dans l’amitié et la concorde, au paradis de notre bon plaisir, et sentir se dégager de tous vos actes un parfum de bienveillance et d’unité, de tendre bonté et de parfaite fraternité. Ainsi vous conseille l’Omniscient, le Fidèle. Nous sommes toujours avec vous, et si nous respirons au milieu de vous ce parfum d’amitié, notre cœur se réjouit, car rien d’autre ne peut nous satisfaire. Tout homme perspicace en témoigne.

CXLVII

Quelle tristesse si les cœurs, en ce jour, devaient pencher vers les choses transitoires de ce monde ! Levez-vous et attachez-vous fermement à la cause de Dieu. Aimez-vous énormément les uns les autres. Tout à l’amour du Bien-Aimé, brûlez le voile de l’ego à la flamme du feu inextinguible et fréquentez votre prochain, le visage rayonnant de lumière et de joie. Vous avez pu observer tous les aspects de la conduite de celui qui est la Parole de vérité au milieu de vous. Vous savez parfaitement comme il est dur pour cet Adolescent de laisser, ne fût-ce qu’une nuit, le cœur d’un aimé de Dieu s’attrister à cause de lui.

Le Verbe divin enflamme le cœur du monde ; quel regret si vous n’étiez pas embrasés par sa flamme ! Plaise à Dieu ! regardez cette nuit bénie comme la nuit de l’unité, unissez étroitement vos âmes, et prenez la détermination de vous parer des attributs d’une nature bonne et méritoire. Que votre principal souci soit de sauver l’être déchu du marécage de l’extinction imminente et de l’amener à embrasser l’ancienne foi de Dieu. Votre conduite envers votre prochain doit être telle qu’elle manifeste clairement les signes du seul vrai Dieu. Car, parmi les hommes, vous êtes les premiers à être recréés par son Esprit, les premiers à l’adorer, à plier le genou devant lui et à graviter autour de son trône de gloire. Je le jure par celui qui m’a amené à révéler ce qui lui semble bon ! Les habitants du royaume céleste vous connaissent mieux que vous ne vous connaissez vous-mêmes. Pensez-vous que ce soient là paroles vides et vaines ? Si seulement vous aviez la capacité de percevoir les choses que voit votre Seigneur, le Très-Miséricordieux - choses qui attestent l’excellence de votre rang, qui témoignent de la grandeur de votre mérite, et proclament la sublimité de votre condition ! Dieu veuille que vos désirs et vos passions indomptées ne vous privent pas de ce qui vous est destiné !

CXLVIII

Lawḥ-i-Salmán (Acre) (Shaykh Salmán Hindíjání)

Ô Salmán, tout ce qu’ont pu dire ou écrire les sages et les mystiques n’a jamais dépassé et n’a aucun espoir de jamais dépasser les limites strictement assignées à l’esprit fini de l’homme. À quelque hauteur que s’élève l’esprit des hommes les plus sublimes, et si grandes que soient les profondeurs où peuvent pénétrer les cœurs détachés et perspicaces, ils ne pourront jamais aller au-delà des conceptions qu’ils créent et des pensées qu’ils produisent. Les méditations des penseurs les plus grands, les dévotions du plus saint d’entre les saints, les plus hautes expressions de louange que la plume ou la parole peuvent énoncer ne sont jamais qu’un reflet de ce qui est créé en eux par la révélation du Seigneur, leur Dieu. Qui médite cette vérité admettra sans peine qu’il est certaines limites que ne pourra jamais franchir l’être humain. Depuis le commencement qui n’a pas de commencement, toute tentative d’imaginer et de connaître Dieu s’est heurtée aux limites dues aux exigences de sa création, création qu’il a appelée à l’être par une opération de sa volonté et qui n’a d’autre fin que son propre Soi. Il est incommensurablement exalté au-dessus de tous les efforts de l’esprit humain pour comprendre son essence, ou de toute langue pour décrire son mystère. Aucune relation directe ne peut jamais le lier aux choses qu’il a créées, pas plus que ses créatures ne peuvent, par les allusions les plus abstruses et les plus infimes, rendre justice à sa personne. Par sa volonté omni-pénétrante, il a appelé à l’existence toutes les choses créées. Il est depuis toujours voilé dans l’éternité de son Essence sublime et indivisible, et il restera caché à jamais dans sa gloire et sa majesté inaccessibles. Tout ce qui est dans le ciel et tout ce qui est sur la terre n’existe que par son ordre et n’est passé du pur néant au royaume de l’être que par sa seule volonté. Comment donc la créature ainsi formée par le Verbe de Dieu pourrait-elle comprendre la nature de celui qui est l’Ancien des jours ?

CXLIX

Quiconque se lève en ce jour, entièrement détaché de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, et met ses affections en celui qui est l’Aurore de la sainte révélation de Dieu, aura le pouvoir de soumettre toutes choses créées par la vertu d’un des noms du Seigneur son Dieu, l’Omniscient, le Très-Sage. Sache, à n’en point douter, que le Soleil de vérité répand, en ce jour, sur le monde un éclat dont les âges passés n’ont jamais contemplé la splendeur. Ô peuple, laissez briller sur vous la lumière de sa gloire, et ne soyez pas du nombre des négligents.

CL

Ismá‘il-i-Ṣabbágh.

Quand vient la victoire, tout homme s’affirme croyant et se hâte vers le refuge de la foi de Dieu. Heureux ceux qui restent fermes dans la cause et refusent de dévier tant soit peu de sa vérité dans les jours d’épreuves mondiales.

CLI

Ô rossignols de Dieu, dégagez-vous des épines et des ronces de la misère et du malheur, prenez votre essor vers le jardin de roses d’inaltérable splendeur. Ô mes amis qui habitez la poussière, hâtez-vous vers votre habitation céleste. Annoncez-vous la joyeuse nouvelle : « Il est venu celui qui est le Bien-Aimé ! Il s’est couronné de la gloire de la révélation de Dieu et il a ouvert devant les hommes les portes de son antique Paradis. » Que les yeux se réjouissent et l’oreille jubile car le temps est venu de contempler sa beauté et d’écouter sa voix. Proclamez à tous les amants impatients : « Voyez, votre Bien-Aimé est venu parmi les hommes ! », et aux messagers du Monarque d’amour, apprenez la nouvelle : « Voici que l’Adoré est apparu dans la plénitude de sa gloire ! » Ô amants de sa beauté, que l’angoisse de la séparation fasse place à la joie de l’éternelle réunion, et que la douceur de sa présence dissipe l’amertume de l’éloignement de sa cour !

Voyez, des nuages de la gloire divine se déversent aujourd’hui sur le monde entier les multiples grâces de Dieu. Tandis qu’aux jours passés, l’amant implorait et cherchait son Bien-Aimé, en ce jour, c’est le Bien-Aimé lui-même qui appelle ses amants et les invite en sa présence. Veillez à ne point perdre une faveur si précieuse, gardez-vous de sous-estimer pareil gage de sa grâce. N’abandonnez pas les biens incorruptibles pour vous satisfaire de ce qui périt. Levez le voile qui obscurcit votre vision, dissipez l’obscurité qui l’enveloppe afin de contempler la beauté dénudée du visage du Bien-Aimé, de voir ce qu’aucun œil n’a vu et d’entendre ce qu’aucune oreille n’a entendu.

Oiseaux mortels, entendez-moi ! Dans la roseraie de splendeur inaltérable, une Fleur est sur le point d’éclore auprès de laquelle toute autre fleur n’est qu’une épine et dont l’éclat glorieux fait pâlir et se flétrir l’essence même de la beauté. Levez-vous et, de tout l’enthousiasme de votre cœur, de toute l’ardeur de votre âme, de toute la ferveur de votre volonté et des efforts intenses de tout votre être, efforcez-vous d’atteindre le paradis de sa présence, de respirer le parfum de la Fleur incorruptible et les douces saveurs de sainteté, et d’obtenir une part de cette fragrance de gloire céleste. Celui qui suit ce conseil brisera ses chaînes, goûtera aux abandons de l’amour passionné, comblera le désir de son cœur et remettra son âme entre les mains de son Aimé. Jaillissant de sa cage, tel l’oiseau de l’esprit, il prendra son essor vers son nid éternel et sacré.

La nuit succède au jour et le jour à la nuit, les heures et les moments de votre vie sont venus et sont passés, et pourtant aucun de vous n’a jamais encore consenti, ne fût-ce qu’un instant, à se détacher de ce qui périt. Faites diligence afin que les courts instants qui vous appartiennent encore ne soient pas dissipés et perdus. Tel l’éclair, vos jours passeront et vos corps reposeront sous une couche de poussière. Que pourrez-vous accomplir alors ?

Comment pourrez-vous expier vos fautes passées ?

Le Flambeau inextinguible brille dans la nudité de sa gloire. Voyez, il consume tous les voiles mortels. Ô vous, papillons amoureux de sa lumière, bravez tout danger et livrez vos âmes à sa flamme dévorante. Ô vous qui avez soif de lui, libérez-vous de toute affection terrestre et hâtez-vous d’enlacer votre Bien-Aimé. D’une ardeur sans égale, empressezvous de le rejoindre. La Fleur jusqu’ici cachée à la vue des hommes est dévoilée devant vos yeux. Elle se tient devant vous dans le plein éclat de sa gloire. Sa voix convoque pour s’unir à lui tous les êtres saints. Heureux qui répond à cet appel. Heureux qui parvient jusqu’à lui et contemple la lumière d’un visage si merveilleux.

CLII

Lawḥ-i-Aḥmad, en persan (Aḥmad Káshání)

Ton œil est un dépôt qui m’appartient ; ne souffre pas que la poussière des vains désirs en ternisse l’éclat. Ton oreille est un signe de ma munificence ; ne permets pas que le tumulte des impulsions inconvenantes l’empêche d’entendre ma parole qui pénètre toute la création. Ton cœur est mon trésor, ne laisse pas la main traîtresse de l’ego dérober les perles que j’y ai amassées. Ta main est le symbole de ma tendre bonté, ne l’empêche pas de tenir fermement mes tablettes saintes et celées. [...] Sans que tu m’en aies prié, j’ai répandu sur toi ma grâce. Sans que tu aies rien demandé, j’ai réalisé ton désir. Encore que tu en sois indigne, j’ai choisi de t’offrir un nombre infini de mes faveurs les plus précieuses. […] Ô mes serviteurs, soyez aussi résignés et soumis que la terre, afin que du sol de votre être fleurissent les jacinthes de ma connaissance, diaprées, saintes et parfumées. Embrasez-vous tel le feu afin de consumer les voiles de l’insouciance et d’enflammer par l’énergie vivifiante de l’amour de Dieu les cœurs glacés et obstinés. Soyez libérés et légers telle la brise afin d’accéder aux abords de ma cour et de mon inviolable sanctuaire.

CLIII

Lawḥ-i-Aḥmad, en persan (Aḥmad Káshání)

Ô fidèle ami victime de l’exil ! étanche la soif de l’insouciance par les saintes eaux de ma grâce et dissipe les ténèbres de mon éloignement par la lumière matinale de ma présence divine. Ne souffre pas que le lieu où demeure l’éternel amour que je te porte soit détruit par la tyrannie des désirs cupides, et ne voile pas la beauté de l’Adolescent céleste par la poussière des passions et de l’ego. Revêts-toi de l’essence de la droiture et que ton cœur ne craigne que Dieu seul. Ne dissimule pas la source lumineuse de ton âme sous les épines et les ronces des imaginations vaines et immodérées, et ne perturbe pas le cours de l’eau vive de la fontaine de ton cœur. Mets en Dieu toutes tes espérances et attache-toi fermement à son infaillible miséricorde. Qui d’autre peut enrichir le destitué et relever le déchu de son abaissement ?

Ô mes serviteurs, si vous pouviez découvrir les océans cachés, les océans sans rivage de mon incorruptible richesse, vous tiendriez certainement pour rien le monde et la création tout entière. Puisse la flamme de la recherche brûler en vos cœurs d’une ardeur telle qu’elle vous permette d’atteindre votre but suprême et glorieux, cet état glorieux où vous approcherez votre Bien-Aimé et lui serez unis. […]

Ô mes serviteurs, ne laissez pas vos espoirs vains et vos imaginations futiles saper les fondements de votre croyance en Dieu, le Très-Glorieux, car de telles chimères ne sont d’aucun profit pour les hommes et les empêchent de diriger leurs pas sur le droit chemin. Ô mes serviteurs, pensez-vous que la main de ma souveraineté universelle, tutélaire et transcendante soit enchaînée ? que le flot de mon antique miséricorde, éternelle et pénétrante soit tari ? que les nuages de mes bienfaits sublimes et incomparables cessent de déverser leurs présents sur les hommes ? Pouvez-vous imaginer que les œuvres merveilleuses qui proclament mon pouvoir divin et irrésistible soient abolies ou que la puissance de ma volonté soit dissuadée de présider aux destins de l’humanité ? S’il n’en est pas ainsi, pourquoi vous efforcez-vous d’empêcher l’immortelle beauté de mon saint visage d’être dévoilée aux yeux des hommes ? Pourquoi luttez-vous pour empêcher la Manifestation de cet Être tout-puissant et glorieux de répandre sur la terre l’éclat de sa révélation ? Si vous étiez équitables en votre jugement, vous reconnaîtriez sans peine la joie qui enivre la réalité essentielle de toutes choses créées devant cette révélation nouvelle et merveilleuse, et la lumière que reçoivent de l’éclat de sa gloire tous les atomes de la terre.

Vaines et misérables sont vos imaginations !

Ô mes serviteurs, revenez sur vos pas et que vos cœurs s’inclinent devant la Source de votre création. Libérez-vous de vos affections mauvaises et corrompues, hâtez-vous d’étreindre la lumière du feu immortel qui brille au Sinaï de cette révélation mystérieuse et transcendante. N’altérez pas le Verbe premier de Dieu, Verbe saint et universel, et ne cherchez pas à le profaner ni à en rabaisser le caractère sublime. Étourdis ! les merveilles de ma clémence embrassent toutes choses créées, tant visibles qu’invisibles, et les révélations de ma grâce pénètrent chaque atome de l’univers, pourtant, redoutable est la verge avec laquelle je châtie les méchants et terrible le déchaînement de ma colère. D’une oreille purifiée de toute gloriole et de tous désirs terrestres, écoutez les avis que je vous donne dans ma bonté miséricordieuse et, de votre œil spirituel et de votre œil physique, contemplez les preuves de ma révélation merveilleuse. […]

Ô mes serviteurs, ne vous privez pas de l’éternelle et resplendissante lumière qui brille dans la lampe de la gloire divine. Que la flamme éclatante de l’amour divin éclaire votre cœur radieux. Nourrissez-la de l’huile de la providence divine et que votre fidélité la protège.

Sous le globe de la confiance et du détachement, gardez-la de tout ce qui n’est pas Dieu, de peur que les murmures néfastes de l’impie n’en éteignent la lumière. Ô mes serviteurs !

ma sainte révélation, ma révélation d’ordre divin peut être comparée à un océan dont les profondeurs recèlent d’innombrables perles d’un grand prix et d’un incomparable orient.

C’est le devoir de tout chercheur de s’empresser d’atteindre les rivages de cet océan, afin qu’à proportion de l’ardeur de sa recherche et des efforts qu’il déploie il participe aux bienfaits pré-ordonnés dans les tablettes de Dieu, celées et irrévocables. S’il ne s’en trouve aucun qui veuille diriger ses pas vers ces rivages, si personne ne fait l’effort de se lever pour le trouver, peut-on dire que ces manquements privent l’océan de sa puissance ou diminuent tant soit peu les trésors qu’il recèle ? Vaines et méprisables sont les imaginations que votre cœur a forgées et forge encore ! Ô mes serviteurs, le seul vrai Dieu m’en est témoin ! cet immense, cet insondable océan est là qui déferle tout près, étonnamment près de vous.

Voyez, il est plus près de vous que la veine de votre cœur ! En un clin d’œil, si vous le voulez, vous pouvez l’atteindre et prendre votre part de cette impérissable faveur, de cette grâce donnée par Dieu, de ce don incorruptible, de ce puissant bienfait d’une gloire ineffable.

Ô mes serviteurs ! si vous pouviez concevoir les merveilles de munificence et de générosité dont j’ai voulu faire de vos âmes les dépositaires, en vérité, vous rompriez tout attachement aux choses créées et vous parviendriez ainsi à une connaissance de vousmême qui équivaut à la compréhension de mon propre Être. Vous vous trouveriez indépendants de tout ce qui n’est pas moi ; de votre œil spirituel et de votre œil physique, vous verriez s’agiter au-dedans de vous les océans de ma tendre bonté et de ma générosité, aussi manifestes que la révélation de mon nom resplendissant. Ne souffrez pas que vos vains caprices, vos passions mauvaises, votre hypocrisie et l’aveuglement de votre cœur ternissent l’éclat ou souillent la sainteté d’un si sublime état. Vous êtes dans la situation de l’oiseau qui, de ses ailes puissantes, plane dans l’immensité des cieux, avec joie et entière confiance, jusqu’au moment où, sollicité par la faim, il fonce avidement sur l’eau et la boue de la terre, et là, pris dans les rets de ses désirs, se trouve incapable de reprendre son vol vers les royaumes d’où il vient. Impuissant à secouer le fardeau qui pèse sur ses ailes souillées, cet oiseau, jusque-là hôte du paradis, doit maintenant chercher une demeure dans la poussière. Ô mes serviteurs, ne polluez donc pas vos ailes de la boue de l’entêtement et des vains désirs, et ne souffrez pas que la poussière de l’envie et de la haine en ternisse le lustre, afin de pouvoir vous envoler dans les cieux de mon divin savoir.

Ô mes serviteurs, par le pouvoir de Dieu, j’ai retiré du trésor de sa sagesse et de sa science, pour vous les révéler, les perles que recelaient les profondeurs de son éternel océan. J’ai appelé les célestes houris à sortir de derrière le voile qui les cachait et je les ai vêtues de ces paroles qui sont les miennes, paroles de pouvoir et de sagesse suprêmes.

J’ai également, de la main du divin pouvoir, descellé le vin choisi de ma révélation et j’en ai répandu sur toutes choses créées le parfum sacré, caché et musqué. Qui d’autre que vous sera à blâmer si vous vous privez délibérément de telles effusions de la grâce universelle et transcendante de Dieu et de la révélation si éclatante de sa miséricorde resplendissante. […]

Ô mes serviteurs ! rien d’autre ne brille en mon cœur que l’immortelle lumière de l’aurore de la Providence divine, et de ma bouche ne sort que l’essence de la vérité révélée par le Seigneur, votre Dieu. Ne suivez donc pas vos désirs terrestres, ne violez pas l’alliance de Dieu, ne rompez pas votre engagement envers lui. Résolument, de tout votre cœur et de toute la force de vos paroles, tournez-vous vers lui et ne marchez pas dans les voies de l’insensé. Le monde n’est qu’une parade, futile et vide, un pur néant, une semblance de réalité. Ne mettez pas en lui vos affections. Ne brisez pas le lien qui vous unit à votre Créateur, ne soyez pas de ceux qui se sont écartés de ses sentiers pour errer loin de lui. En vérité, je vous le dis, le monde est semblable à ces mirages du désert que le voyageur altéré prend pour de l’eau et qu’il s’efforce d’atteindre jusqu’à s’apercevoir que c’est une pure illusion au moment où il y parvient. Le monde peut être encore comparé au portrait de la bien-aimée que l’amant trouve enfin après une longue quête et qui se révèle, à sa grande déception, incapable de « satisfaire ou d’apaiser sa faim ».

Ô mes serviteurs, ne vous attristez pas si, en ces jours et sur ce plan terrestre, Dieu ordonne et manifeste des choses qui sont contraires à vos désirs, car des jours de joie bénie et de délices célestes vous sont assurément réservés. Des mondes sacrés, resplendissants de spiritualité, vous seront dévoilés. Dieu vous appelle à participer, maintenant et plus tard, à leurs bienfaits, à en partager les joies, à avoir votre part de leur grâce vivifiante. Vous atteindrez chacun d’eux sans aucun doute.

CLIV

Lawḥ-i-Salmán (Acre) Shaykh Salmán Hindíjání.

Ô Salmán, avertis les bien-aimés du seul vrai Dieu de ne pas voir d’un œil trop critique les dires et les écrits des hommes. Qu’ils les abordent plutôt dans un esprit d’ouverture et de cordiale sympathie. Toutefois, ceux qui ont été amenés à attaquer les enseignements de la cause de Dieu dans leurs écrits incendiaires doivent être traités différemment. Il incombe à chacun de réfuter, selon sa capacité, les arguments de ceux qui attaquent la foi de Dieu.

Ainsi en décrète celui qui est le Tout-Puissant, l’Omnipotent. Qui désire servir la cause du seul vrai Dieu doit la soutenir de sa plume et de sa parole, sans recourir à l’épée ni à aucune autre forme de violence. Nous avons déjà révélé cette injonction et nous la confirmons aujourd’hui, si vous êtes de ceux qui comprennent. Par la justice de celui qui crie en ce jour au cœur de toutes choses créées : « Dieu, il n’est pas d’autre Dieu que moi ! » tout homme qui se lève pour défendre par ses écrits la cause de Dieu contre ses assaillants, recevra dans le monde à venir un si grand honneur que sa gloire sera enviée par l’Assemblée céleste, si petite soit sa participation. Il n’est pas de plume pour dépeindre l’élévation de son rang, pas de langue pour décrire sa splendeur. Car qui reste inébranlable dans cette sainte et sublime révélation recevra un tel pouvoir qu’il pourra résister à toutes les forces du ciel et de la terre. Dieu lui-même en témoigne.

Ô bien-aimés de Dieu ! ne demeurez pas sur votre couche ; au contraire, dès que vous reconnaissez votre Seigneur, le Créateur, et que vous entendez parler de ce qui lui est advenu, levez-vous et empressez-vous de lui venir en aide. Déliez vos langues pour proclamer sans cesse sa cause. Cela vaudra mieux pour vous que tous les trésors tant passés que futurs, si vous êtes de ceux qui comprennent cette vérité.

CLV

Kitáb-i-Aqdas.

Le premier devoir que Dieu prescrit à ses serviteurs est de reconnaître celui qui est l’Aurore de sa révélation, la Fontaine de ses lois, et qui représente la Divinité à la fois dans le royaume de sa cause et dans le monde de la création. Quiconque accomplit ce devoir atteint au bien souverain et quiconque s’en prive s’égare, même s’il accomplit toutes les bonnes actions possibles. Il convient à tous ceux qui atteignent ce rang sublime, cette cime de gloire transcendante, d’observer chaque ordonnance de celui qui est le Désir du monde.

Ces devoirs jumeaux sont inséparables. L’un est inacceptable sans l’autre. Ainsi en décide celui qui est la Source de l’inspiration divine.

Ceux que Dieu a dotés de discernement reconnaîtront volontiers que les préceptes qu’il a établis constituent les moyens suprêmes pour maintenir l’ordre dans le monde et assurer la sécurité des peuples. Celui qui s’en détourne est compté parmi les êtres misérables, les insensés. En vérité, nous vous commandons de ne pas céder aux impulsions de vos passions mauvaises, de vos désirs corrompus, et de ne pas dépasser les limites fixées par la Plume du Très-Haut, car elles sont le souffle de vie pour toutes choses créées. Les océans de la sagesse et de la parole divines s’agitent sous le souffle de la brise du TrèsMiséricordieux.

Hâtez-vous d’étancher votre soif, ô hommes d’entendement. Ceux qui rompent l’alliance de Dieu en violant ses commandements et qui tournent les talons, se trompent gravement trompés aux yeux de Dieu, le Possesseur de toutes choses, le Sublime.

Ô peuples du monde, sachez avec certitude que mes commandements sont les lampes de ma sollicitude parmi mes serviteurs, les clés de ma miséricorde pour mes créatures. Ainsi vous sont-ils envoyé du ciel de la volonté de votre Seigneur, le Seigneur de la révélation. Si un homme goûtait à la douceur des paroles que les lèvres du Très- Miséricordieux décident de prononcer, il renoncerait à tous les trésors de la terre, s’il les possédait, pour pouvoir défendre la vérité d’un seul de ses commandements qui brillent à l’orient de sa généreuse sollicitude et de sa tendre bonté.

Dis : De mes lois, s’élève le doux parfum de mon vêtement et, grâce à elles, les étendards de la victoire seront plantés sur les cimes les plus élevées. Du ciel de ma gloire omnipotente, la Langue de mon pouvoir adresse ces paroles à ma création : « Observez mes commandements pour l’amour de ma beauté ». Heureux l’amant qui respire le divin parfum de son Bien-Aimé dans ces paroles imprégnées de l’arôme d’une grâce qu’aucune langue ne peut décrire. Par ma vie ! celui qui boit le vin choisi de l’équité, offert des mains de ma généreuse faveur, gravitera autour de mes commandements brillant à l’aurore de ma création.

Ne croyez pas que nous vous révélons un simple code de lois. Nous décachetons plutôt, avec les doigts du pouvoir, le vin de choix. De ceci porte témoignage ce que dévoile la plume de la révélation. Méditez cela, ô hommes perspicaces.[…]

Toutes les fois que mes lois apparaissent au ciel de ma parole, tel le soleil, elles doivent être fidèlement obéies de tous, même si mon décret devait fendre le ciel de toutes les religions. Il fait ce qu’il lui plaît. Il choisit, et nul ne peut discuter son choix. En vérité est aimé tout ce que lui, le Bien-Aimé, ordonne. Le Seigneur de toute la création en témoigne.

Quiconque respire le parfum suave du Très-Miséricordieux et reconnaît la source de cette parole, verra arriver avec joie les flèches de l’ennemi afin d’établir la vérité des lois de Dieu parmi les hommes. Heureux qui se tourne vers elles et comprend le sens de son décret péremptoire.

CLVI

De l’Orient de gloire, celui qui est la Vérité éternelle dirige son regard vers le peuple de Bahá et lui adresse ces paroles : « Appliquez-vous à développer parmi les enfants des hommes le bien-être et la tranquillité. Que votre esprit et votre volonté se consacrent à l’éducation des peuples et phratries de la terre, afin que, par le pouvoir du Plus-Grand-Nom, disparaissent de sa surface toutes les dissensions qui la divisent, et que les hommes soient les défenseurs d’un même ordre et les habitants d’une même cité. Illuminez et sanctifiez votre cœur. Ne permettez pas qu’il soit souillé par les épines de la haine et les ronces de la méchanceté. Vous êtes les habitants d’un seul monde et vous avez été créés par une seule volonté. Béni celui qui fréquente tous les hommes dans un esprit de bonté et d’amour parfaits.

CLVII

L’esprit de fidélité fortifiera de son pouvoir ceux qui, pour enseigner notre cause, abandonnent leur pays. Selon l’ordre donné par le Tout-Puissant, le Très-Sage, une milice de nos anges élus les escortera. Grande est la bénédiction réservée à celui qui a l’honneur de servir le Tout-Puissant ! Par ma vie, à l’exception des actions ordonnées par Dieu, le Tout-Puissant, il n’est pas d’œuvre, si grande soit-elle, qui lui soit comparable. Un tel service est le prince de tous les actes vertueux et la parure de toute bonne action. Ainsi l’ordonne le Révélateur souverain, l’Ancien des jours.

Quiconque se lève pour enseigner notre cause doit se détacher des choses terrestres et faire du triomphe de notre foi son objectif premier. Ainsi en est-il décrété dans la Tablette préservée. Et lorsque, pour l’amour de la cause de son Seigneur, il se résout à quitter sa maison, qu’il mette toute sa confiance en Dieu, meilleur viatique pour son voyage, et qu’il revête le manteau de la vertu. Ainsi Dieu, le Tout-Puissant, le Loué, en a-t-il décrété.

S’il est embrasé de son amour et s’il renonce à toutes choses créées, les paroles qu’il prononcera enflammeront son auditoire. En vérité, ton Seigneur est l’ Omni-scient, l’Informé.

Heureux l’homme qui entend notre voix et répond à notre appel. Il est, en vérité, de ceux qui nous sont proches.

CLVIII

Lawḥ-i-Malik-i-Párís (2ème tablette à Napoléon III).

Dieu prescrit à chacun d’enseigner sa cause. Qui se lève pour accomplir ce devoir doit, avant de proclamer son message, s’orner d’un caractère empreint de droiture et digne de louange pour que ses paroles captivent le cœur de ceux qui entendent son appel. Sans cela, il n’a aucune chance de toucher ses auditeurs.

CLIX

Kitáb-i-Aqdas.

Considérez l’étroitesse d’esprit des hommes. Ils demandent ce qui leur est nuisible et rejettent ce qui leur est profitable. Ils sont vraiment de ceux qui s’égarent. Nous en trouvons quelques-uns qui désirent la liberté et s’en font gloire. De tels hommes sont plongés dans les abîmes de l’ignorance.

La liberté conduit inéluctablement à la sédition dont nul ne peut étouffer les flammes.

Ainsi vous prévient le Juge, l’Omniscient. Sachez que l’animal est l’incarnation et le symbole de la liberté. Ce qui convient à l’homme, c’est de se soumettre à ces contraintes qui le protégeront de sa propre ignorance et le garderont du mal causé par les semeurs de discorde. La liberté pousse l’homme à dépasser les limites de la bienséance et à porter atteinte à la dignité de sa condition. Elle l’abaisse au dernier degré de la dépravation et de la méchanceté.

Considérez les hommes comme un troupeau de brebis qui a besoin d’un berger pour le protéger. Voilà la vérité, l’indubitable vérité. Nous approuvons la liberté dans certaines circonstances ; dans d’autres, nous refusons de l’approuver. Nous sommes, en vérité, l’Omniscient.

Dis : La vraie liberté pour l’homme consiste à se soumettre à mes commandements, pour peu que vous le sachiez. Si les hommes observaient ce que nous leur avons envoyé du ciel de la révélation, ils atteindraient certainement à la liberté parfaite. Heureux l’homme qui a compris le dessein de Dieu dans tout ce qu’il a révélé du ciel de sa volonté, laquelle imprègne toutes choses créées. Dis : La liberté qui vous est profitable ne se trouve nulle part, si ce n’est dans la sujétion complète envers Dieu, l’éternelle Vérité. Quiconque a goûté à sa douceur refusera de l’échanger pour tout l’empire de la terre et du ciel.

CLX

Lawḥ-i-Shaykh-i-Fání (Acre)

En ce jour, le vrai croyant en l’unité de Dieu le regarde comme immensément exalté au-dessus de toutes les comparaisons et les images qu’en ont pu faire les hommes. Il erre gravement celui qui confond ces images, ces comparaisons, avec Dieu lui-même.

Considérez la relation qui existe entre l’artisan et son ouvrage, entre le peintre et sa peinture. Pourrait-on soutenir que l’œuvre de leurs mains se confond avec eux-mêmes ?

Par celui qui est le Seigneur du trône exalté et de la terre ! on ne saurait voir dans cette œuvre qu’une illustration de l’excellence et de la perfection de son auteur.

Ô Shaykh, toi qui as fait à Dieu l’abandon de ta volonté ! il faut entendre par abandon et union perpétuelle à Dieu, que les hommes doivent fondre complètement leur volonté dans la volonté de Dieu et considérer leurs propres désirs comme pur néant devant son dessein. Quoi que commande le Créateur à ses créatures, elles doivent se lever pour l’accomplir diligemment, avec la plus vive ardeur et la plus parfaite allégresse. Elles ne doivent en aucune façon permettre à leur imagination d’obscurcir leur jugement ni prendre leurs propres chimères pour la voix de l’Éternel. Dans la prière du jeûne, nous avons révélé : « Si, par un décret de ta volonté, tes lèvres leur adressaient ces paroles : “Observez le jeûne par amour pour ma beauté, ô peuple, et ne fixez aucune limite à sa durée”, je jure par la majesté de ta gloire que chacun d’eux l’observerait fidèlement, qu’il s’abstiendrait de tout ce qui viole ta loi et continuerait à le faire jusqu’à ce qu’il te rende son âme. » Voilà en quoi consiste le total abandon de sa volonté à la volonté de Dieu. Médite ceci, afin de boire les eaux de vie éternelle qui s’écoulent des paroles du Seigneur de toute l’humanité, et d’attester que le seul vrai Dieu a toujours été immensément exalté au-dessus de ses créatures. Il est en vérité, l’Incomparable, l’Éternel, l’Omniscient, le Très-Sage. L’état d’absolue soumission transcende pour toujours tout autre rang.

Il est de ton devoir de consacrer ta vie à obéir à la volonté divine. Absolument tout ce qui est révélé dans sa tablette est le reflet de sa volonté. Ton dévouement doit être si complet que toute trace de désir terrestre en est bannie de ton cœur. Voilà ce que la véritable unité signifie.

Implore l’aide de Dieu afin de rester inébranlable en ce chemin et de guider les peuples du monde vers le Maître souverain et manifeste qui s’est révélé dans un habit différent et proclame un message divin particulier. C’est là l’essence de la foi et de la certitude. Ceux qui adorent l’idole sculptée par leurs imaginations et l’appellent réalité intérieure, méritent d’être comptés parmi les idolâtres. De cela le Très-Miséricordieux témoigne en ses tablettes. Il est en vérité l’Omniscient, le Très-Sage.

CLXI

Lawḥ-i-Tafsír-i-Bayt-i-Sa’dí (Shaykh Salmán)

Ceins tes reins et prépare-toi à l’effort afin d’amener ton prochain à la loi de Dieu, le Très-Miséricordieux. En vérité, un tel acte surpasse tous les autres aux yeux de Dieu, l’Omnipossédant, le Très-Haut. Ta fermeté dans sa cause doit être telle qu’aucune chose terrestre ne puisse te détourner de ton devoir. Tu dois rester inébranlable, alors même que tous les pouvoirs de la terre se ligueraient contre toi et que tous les hommes te combattraient.

Sois aussi libre que le vent lorsque tu transmets le message de celui qui fait se lever le jour de la Providence divine. Vois comme le vent, fidèle aux ordres qu’il reçoit de Dieu, souffle sur toutes les régions de la terre, même inhabitées ou dévastées. Ni la vue de la désolation, ni les marques de la prospérité ne sauraient le peiner ou le réjouir. Il souffle dans toutes les directions, selon l’ordre de son Créateur. Ainsi doit se comporter quiconque prétend aimer le seul vrai Dieu. Il lui faut fixer son regard sur les fondements de sa foi et travailler assidûment à sa propagation. Que tout à l’amour de Dieu, il proclame son message et accepte dans le même esprit l’écho qu’ont ses paroles auprès de son interlocuteur. Qui accepte et croit reçoit sa récompense ; et qui se détourne ne reçoit rien d’autre que son propre châtiment.

À la veille de notre départ d’Irak, nous avons averti nos fidèles qu’ils devaient s’attendre à voir apparaître les oiseaux de ténèbres. Nul doute, en effet, que ne s’élève dans certains pays le croassement du corbeau comme on l’a entendu ces temps derniers. Quoi qu’il arrive, cherchez refuge dans le seul vrai Dieu, afin qu’il vous protège des ruses de l’imposteur.

En vérité, je vous le dis, toutes les révélations du passé ont atteint leur ultime et suprême consommation dans cette très puissante révélation. Ainsi vous en avise votre Seigneur, l’Omniscient, le Très-Sage. Louange à Dieu, le Seigneur de tous les mondes.

CLXII

Zaynu’l-Muqarrabín.

Le Très-Miséricordieux a conféré à l’homme la faculté de voir et l’a doué du pouvoir d’entendre. D’aucuns l’ont appelé le « microcosme », alors qu’il doit être considéré comme le « macrocosme ». Les potentialités inhérentes à la condition de l’homme, la pleine mesure de sa destinée sur la terre, l’excellence innée de sa réalité essentielle doivent toutes être manifestées en ce jour promis de Dieu.

De tous temps et en toutes circonstances, la Plume du Très-Haut s’est souvenu avec joie et tendresse de ses bien-aimés et les a engagés à marcher dans sa voie. Heureux celui que les vicissitudes de ce monde n’ont pu détourner de reconnaître l’Orient de l’unité de Dieu, et qui résolument, au nom de l’Absolu, a bu le vin cacheté de sa révélation. Dans le livre de Dieu, Seigneur de tous les mondes, un tel homme sera compté parmi les hôtes du paradis.

CLXIII

Loué soit Dieu qui a orné le monde d’une parure et l’a revêtu d’un habit d’apparat dont aucune puissance terrestre ne pourrait le dépouiller si forts que soient ses bataillons, si grande sa richesse et si profonde son influence. Dis : L’essence de tout pouvoir appartient à Dieu, but suprême de toute la création. La source de toute majesté appartient à Dieu, objet de l’adoration de tout ce qui est sur la terre et dans les cieux. Les forces qui ont leur origine dans ce monde de poussière sont, en raison même de leur nature, indignes de toute considération.

Dis : Les fontaines qui soutiennent la vie de ces oiseaux ne sont pas de ce monde.

Leur source est hors de portée de la compréhension humaine. Se trouve-il quelqu’un qui puisse éteindre la lumière allumée par la main nivéenne de Dieu ? Où est celui qui étouffera le feu allumé par la puissance de ton Seigneur, le Tout-Puissant, l’Irrésistible, l’Omnipotent ? C’est la main du pouvoir divin qui a éteint les flammes de la dissension. Il a le pouvoir de faire ce qu’il veut. Il dit : Que cela soit, et cela est. Dis : Les tempêtes furieuses, les tourbillons du monde et ses habitants ne pourront jamais faire chanceler les fondations sur lesquelles repose l’inébranlable stabilité de mes élus. Miséricorde ! par quoi ces gens furent-ils incités à réduire en esclavage et à emprisonner les bien-aimés de celui qui est la Vérité éternelle ? [...] Le jour approche cependant où les fidèles verront la pleine splendeur du Soleil de justice briller à l’Orient de gloire. Ainsi t’instruit, en sa prison cruelle, le Seigneur de tous les êtres.

CLXIV

Membres du genre humain ! tenez-vous fermement à la corde que nul ne saurait rompre. Tous les jours de votre vie, vous en tirerez profit car sa force vient de Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Attachez-vous à la justice et à l’équité, et détournez-vous des murmures des insensés, ceux qui sont loin de Dieu, qui se parent des ornements du savoir et condamnent à mort celui qui est la Fontaine de sagesse. Mon nom les a placés à des niveaux élevés, et pourtant je ne m’étais pas plutôt manifesté à leurs yeux, qu’au mépris de toute justice, ils prononçaient contre moi la sentence de mort. Ainsi notre plume révèle la vérité, et cependant les gens restent plongés dans l’insouciance.

Quiconque s’attache à la justice ne peut, en aucun cas, dépasser les bornes de la modération. Guidé par le Clairvoyant, il discerne la vérité en toutes choses. La civilisation, si souvent célébrée par les représentants érudits des arts et des sciences, causera de grands maux à l’humanité, si on lui laisse franchir les limites de la modération. Ainsi vous prévient celui qui est l’Omniscient. La civilisation, portée à l’excès, se révèle une source aussi prolifique de mal qu’elle l’est de bien lorsqu’elle reste modérée. Méditez ceci, ô peuples, et ne soyez pas du nombre de ceux qui errent dans le désert de l’erreur. Le jour approche où elle dévorera de ses flammes toutes les cités du monde, alors que la Langue de grandeur proclamera : « Le royaume est à Dieu, le Tout-Puissant, le Loué ! “

Toute chose est soumise à ce même principe de modération. Remercie ton Seigneur qui se souvient de toi dans cette tablette merveilleuse. Loué soit Dieu, le Seigneur du trône glorieux !

Tout homme qui examine en son cœur ce que révèle la Plume du Très-Haut et qui en ressent la douceur, se trouvera assurément vidé, délivré de ses propres désirs, et entièrement asservi à la volonté du Tout-Puissant. Heureux l’homme qui parvient à cette condition élevée et ne se prive pas d’une faveur si précieuse !

En ce jour, nous ne pouvons ni approuver la conduite du timoré qui cherche à dissimuler sa foi, ni sanctionner celle du croyant déclaré qui proclame bruyamment son allégeance à cette cause. Tous deux devraient obéir à la voix de la sagesse et s’évertuer diligemment à servir aux mieux les intérêts de la Foi.

Que chaque homme observe la conduite de cet Opprimé et médite. Depuis l’aube de cette révélation jusqu’à maintenant, nous avons refusé de nous cacher de nos ennemis ou de nous retirer de la société de nos amis. Bien qu’accablé d’une myriade d’afflictions et de chagrins, nous avons appelé en toute confiance les peuples de la terre à se tourner vers l’Orient de gloire. À ce sujet, la Plume du Très-Haut répugne à faire le récit des malheurs qu’elle a endurés. Les révéler plongerait certainement dans la douleur les meilleurs de nos fidèles, ceux qui sont les soutiens véritables de l’unité de Dieu et sont entièrement dévoués à sa cause. Certes, il dit la vérité, il est celui qui entend tout, l’Omniscient. Nous avons passé la plus grande partie de notre existence au milieu de nos ennemis, et voyez comment nous vivons aujourd’hui dans un nid de serpents.

Cette Terre sainte est mentionnée et louée dans toutes les saintes Écritures. C’est en son sein que sont apparus les prophètes de Dieu et ses élus. Elle est le désert dans lequel ont erré tous les messagers de Dieu et d’où s’est élevé leur cri « Me voici, ô mon Dieu, me voici ! » Elle est la Terre promise sur laquelle celui qui est la révélation de Dieu était destiné à se manifester. Elle est la vallée de l’insondable décret de Dieu, le lieu nivéen, la terre d’inaltérable splendeur. Tout ce qui arrive en ce jour est prédit par les Écritures du passé, ces mêmes Écritures qui, pourtant, ont unanimement condamné les habitants de cette terre.

À une époque, ils furent stigmatisés du nom de « génération de vipères ». Et voyez comment aujourd’hui, bien qu’entouré d’une « génération de vipères », cet Opprimé appelle à grands cris tous les hommes vers celui qui est le Désir ultime du monde, le Sommet et l’Orient de gloire. Heureux l’homme qui a écouté la voix du Seigneur du royaume de la parole, et malheur aux négligents qui se sont écartés loin de sa vérité.

CLXV

La sœur de la femme du Báb.

Sache que toute oreille capable d’entendre, lorsqu’elle reste pure et sans tache, doit écouter, en tous temps et d’où qu’elle vienne, la voix qui prononce ces paroles sacrées : « En vérité nous appartenons à Dieu, et à lui nous retournerons. » Les mystères de la mort physique de l’homme et de son retour n’ont pas été divulgués et restent encore cachés. Par la justice de Dieu ! s’ils étaient révélés, ils provoqueraient un tel effroi et un tel chagrin que certains périraient, tandis que d’autres seraient saisis d’une telle joie qu’ils souhaiteraient mourir et que, d’une ardeur incessante, ils supplieraient le seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire, de hâter leur fin.

La mort tend à tout croyant sincère une coupe qui est la vraie vie. Elle dispense la joie et apporte le bonheur. Elle confère le don de la vie éternelle.

Quant à ceux qui ont goûté au fruit de l’existence terrestre, qui est la reconnaissance du seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire, leur existence dans l’au-delà sera telle que nous ne pouvons la décrire. Dieu seul, le Seigneur de tous les mondes, en a connaissance.

CLXVI

Kitáb-i-Aqdas.

Quiconque prétend à une révélation directe de Dieu avant l’expiration de mille ans révolus est, assurément, un imposteur et un menteur. Nous prions Dieu de l’aider par sa grâce à se rétracter et à désavouer pareille prétention. S’il se repent, Dieu lui pardonnera sans nul doute. Si toutefois il s’obstine dans son erreur, Dieu enverra certainement celui qui le traitera sans miséricorde. Certes, Dieu est terrible dans son châtiment. Quiconque donne à ce verset une signification autre que celle qu’il offre de toute évidence est privé de l’Esprit de Dieu, et de sa miséricorde qui embrasse toutes choses créées. Craignez Dieu et ne suivez pas vos vaines imaginations. Suivez plutôt le commandement de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

Bahá'u'lláh

Windows / Mac